Etoile filante

Texte paru dans la revue Diérèse n°32 au printemps 2006

Muriel se réveille et regarde autour d'elle. Un appartement tout blanc avec de la moquette épaisse. C'est sur cette toison douce qu'il l'a prise la première fois. Ce garçon, comment s'appelle-t-il déjà et où donc est-il passé? Elle aperçoit un petit mot sur la table basse du salon. Il est parti travailler, qu'elle prenne un petit-déjeuner et qu'elle mette la clé dans la boîte à lettres en sortant. C'est signé Manuel et ça rime avec elle, se dit Muriel. Combien de fois l'a-t-il baisée au cours de cette nuit? Elle se revoit à quatre pattes, assise sur lui, debout contre l'armoire, sur la moquette, écartelée. Elle compte sur ses doigts et une main ne suffit pas. Se promène toute nue dans l'appartement et va se doucher. Danse, lascive, sous le jet puissant comme hier aux Etoiles la salsa avec Manuel. Pauvre petite chatte toute martyrisée, se dit-elle, tout en écartant les lèvres. L'eau chaude y pénètre et l'apaise, bouillonnante. Elle se sèche et part à la recherche de ses vêtements épars et froissés. Petit-déjeune et note son numéro de téléphone sur le paquet de biscottes, en tout petit, juste sous la date de péremption. Refait le lit, ferme à clé derrière elle et jette celle-ci dans la fente.
Dehors, Paris a la fièvre et s'agite sous le soleil. Muriel marche droit devant elle sur le trottoir d'une rue qu'elle ne connaît pas. Elle songe à ce que lui a dit son père, il y a presque un mois. Elle venait de lui annoncer qu'elle partait faire ses études à la Sorbonne. Ne t'approche pas trop près des garçons; c'est dangereux, le vertige et tout ce qui s'ensuit; on se réveille un matin et on ne sait plus où on a mis sa culotte.
 


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