Cette fois elle a définitivement quitté la copropriété, la vieille voisine du duplex d’en face de ma chambre, celle qui un jour a balancé ses affaires par la fenêtre. Au fil des mois, j’ai assisté à sa déchéance physique et mentale. Combien de fois l’ai-je vue ramenée chez elle par les pompiers ou par des touristes l’ayant trouvée errant dans la rue. Parfois, elle se contentait de parcourir le jardin à la recherche de ses deux chats (le nom de son préféré Chat Pristi). Depuis que je suis ici, j’ai dû venir au secours de deux vieilles voisines, l’une tombée sous le porche, l’autre tombée devant sa porte (toutes deux sont mortes peu après). Cette troisième aura évité la chute qu’à la voir tanguer sans sa canne, je craignais pour elle. Autrefois, quand elle allait bien, elle ne manquait aucun spectacle de danse à l’Opéra de Rouen. Ces derniers temps, des infirmières passaient tous les jours et parfois une amie à elle, encore plus âgée, la visitait. Cette amie venait me parler quand elle me voyait sur le banc. « Je fais pour elle ce que je n’ai pas fait pour ma mère », m’a-t-elle confié. La dernière fois, elle m’a dit que le diagnostic était désormais établi : « C’est bien Alzheimer ». Sur l’ascenseur de la station de métro Palais de Justice Gisèle Halimi, une affiche pour Septembre Mauve rappelle qu’il y a un million quatre cent mille personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et zéro guérison.
Il n’y a donc plus qu’un chat au jardin, celui du jeune couple ayant désormais un bébé que j’entends parfois pleurer quand je lis. C’est peu de bruit comparé à celui que faisait la tribu qui vivait avant eux dans cet appartement du rez-de-chaussée situé à gauche du banc. À droite de ce banc, l’appartement de rez-de-chaussée autrefois occupé par les chiens Abrutus et Aboyus est lui aussi redevenu calme. Nul n’y habite. Il a été transformé en local professionnel. Quatre jeunes hommes y sont assis devant des ordinateurs en journée. Dans les deux logements loués via Air Bibi défilent des familles le plus souvent étrangères ne générant pas de nuisances sonores. Le troisième Air Bibi, celui situé derrière ma salle de bains, a réintégré la location courante. Un homme seul y dort certaines nuits, que je n’entends pas du tout. Le soir, quand je lis sur le banc du jardin jusqu’à l’arrivée de la nuit, j’ai parfois l’impression d’être le seul occupant de cet ancien monastère.
*
Deux livres pour moi cette semaine au Bibliovore, Lettres à Colette de Sido (Phébus) et une étrangeté : Les voyages extraordinaires de L. Moreau Gottschalk pianiste et aventurier (Éditions Pierre-Marcel Fabre). J’avais vu ce dernier la semaine précédente dans le bac des arrivages, sans l’ouvrir, le prenant pour un roman en raison de son titre. La sympathique libraire l’ayant mis cette semaine au rayon Voyages, j’ai vu qu’il n’en était rien. Il s’agit du récit par lui-même des pérégrinations en Amérique du Nord et du Sud du musicien compositeur chef d’orchestre Louis Moreau Gottschalk, dont je découvre l’existence mouvementée grâce à ses lettres et journaux ordonnés par Serge Berthier. Un énorme livre que je lis aux terrasses des cafés rouennais. Six euros pour ces deux ouvrages. Comme je venais d’en vendre six kilos, ils ne m’ont rien coûté.
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Si j’étais encore à cette période heureuse, où comme de 17 à 20 ans, les brillantes illusions de la jeunesse vous emmènent d’un vol rapide sur leurs ailes panachées, où un seul regard de l’objet aimé, une seule pression de sa main vous remplit d’extases, je ne doute pas que je serais tombé amoureux de beaucoup des charmantes créatures qui honoraient de leur beauté les rangées de loges du théâtre à chacun de mes concerts. (Louis Moreau Gottschalk)
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Le même un peu plus tard :
Corps souple, démarche serpentine, épaules magnifiques, nues ou presque, sa robe légère était ouverte sur sa poitrine dorée.
Je me suis perdu, dear nina hermosa, dans le noir profond de tes grands yeux. Ô faible nature humaine.
Il n’y a donc plus qu’un chat au jardin, celui du jeune couple ayant désormais un bébé que j’entends parfois pleurer quand je lis. C’est peu de bruit comparé à celui que faisait la tribu qui vivait avant eux dans cet appartement du rez-de-chaussée situé à gauche du banc. À droite de ce banc, l’appartement de rez-de-chaussée autrefois occupé par les chiens Abrutus et Aboyus est lui aussi redevenu calme. Nul n’y habite. Il a été transformé en local professionnel. Quatre jeunes hommes y sont assis devant des ordinateurs en journée. Dans les deux logements loués via Air Bibi défilent des familles le plus souvent étrangères ne générant pas de nuisances sonores. Le troisième Air Bibi, celui situé derrière ma salle de bains, a réintégré la location courante. Un homme seul y dort certaines nuits, que je n’entends pas du tout. Le soir, quand je lis sur le banc du jardin jusqu’à l’arrivée de la nuit, j’ai parfois l’impression d’être le seul occupant de cet ancien monastère.
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Deux livres pour moi cette semaine au Bibliovore, Lettres à Colette de Sido (Phébus) et une étrangeté : Les voyages extraordinaires de L. Moreau Gottschalk pianiste et aventurier (Éditions Pierre-Marcel Fabre). J’avais vu ce dernier la semaine précédente dans le bac des arrivages, sans l’ouvrir, le prenant pour un roman en raison de son titre. La sympathique libraire l’ayant mis cette semaine au rayon Voyages, j’ai vu qu’il n’en était rien. Il s’agit du récit par lui-même des pérégrinations en Amérique du Nord et du Sud du musicien compositeur chef d’orchestre Louis Moreau Gottschalk, dont je découvre l’existence mouvementée grâce à ses lettres et journaux ordonnés par Serge Berthier. Un énorme livre que je lis aux terrasses des cafés rouennais. Six euros pour ces deux ouvrages. Comme je venais d’en vendre six kilos, ils ne m’ont rien coûté.
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Si j’étais encore à cette période heureuse, où comme de 17 à 20 ans, les brillantes illusions de la jeunesse vous emmènent d’un vol rapide sur leurs ailes panachées, où un seul regard de l’objet aimé, une seule pression de sa main vous remplit d’extases, je ne doute pas que je serais tombé amoureux de beaucoup des charmantes créatures qui honoraient de leur beauté les rangées de loges du théâtre à chacun de mes concerts. (Louis Moreau Gottschalk)
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Le même un peu plus tard :
Corps souple, démarche serpentine, épaules magnifiques, nues ou presque, sa robe légère était ouverte sur sa poitrine dorée.
Je me suis perdu, dear nina hermosa, dans le noir profond de tes grands yeux. Ô faible nature humaine.



