Cette fois le soleil est là et le ciel bleu, parfait pour mon objectif du jour : L’Île Grande (commune de Pleumeur-Bodou) entre Trégastel et Trébeurden On l’atteint avec le deuxième bus qui est en réalité le premier qui continue la route sous un nouveau nom. Cela perturbe plus d’un touriste mais pas moi qui connais tout ça.
À L’Apéro’z, on s’indigne mollement d’arbres abattus hier soir au square. Je poursuis ma lecture d’Écrits autobiographiques de Boulgakov. J’en suis au Journal confisqué du début des années vingt. La vie suit son cours habituel, chaotique, effrénée, cauchemardesque. À mon grand regret, je dépense beaucoup d’argent en boissons. écrit-il le vingt-cinq juillet mil neuf cent vingt-trois.
Je suis seul avec le chauffeur dans le second bus qui va de Trégastel à Lannion. L’Île Grande est reliée par un pont au continent. En son centre, le bus doit faire un demi-tour compliqué avec marche arrière. C’est après cette manœuvre que je descends, près de l’église.
Grâce à mon plan, je trouve la rue du Port qui logiquement en rapproche. Je la quitte pour longer la mer par le Géherre. Il fait le tour de l’île. Je vois d’abord quelques bateaux échoués par la marée basse puis j’arrive à ce Port Saint-Sauveur, mignonnet, avec son phare et son unique bateau de pêche. C’est ensuite un bon bout de marche jusqu’à la pointe de Toul-ar-staon. Je la prends par le travers avec en ligne de mire la suivante : la pointe de Kastel Erek. À son entrée, le bâtiment de la Ligue de Protection des Oiseaux jouxté d’une remorque blanche dans laquelle on en sauve. Je continue jusqu’à Pors Gwen et sa petite plage.
Cela fait une heure que je marche. Je commence à avoir chaud. Je n’irai pas plus loin. Une route montante me permet de rejoindre le centre du bourg. Par chance, il y a là une épicerie qui par derrière abrite un bar. C’est le Bar de l’Épicerie de L’Île Grande que tient Janick, la dynamique vieille Bretonne qui m’apporte un café au prix remarquable d’un euro cinquante à la table ronde du fond où je me suis mussé pour observer la salle et le comptoir. Dans cette salle, un couple et un trio boivent des apéros aussi peu chers. Les premiers s’inquiètent de n’avoir rien à manger ce soir en rentrant. Les seconds philosophent : « Les gens veulent tout décider, c’est la vie qui décide. » « Beaucoup ne se rendent pas compte que leur tour viendra. »
L’arrêt de bus Île Grande Centre est à cinquante mètres. J’y attends celui annoncé à douze heures vingt-trois (en principe), terminus Trégastel d’où le suivant me ramènera à Perros-Guirec. Il arrive avec deux minutes d’avance. À son volant, une conductrice qui ne mollit pas. Dans le second, à l’heure pour une fois, c’est le même conducteur que ce matin. Il ne fait pas de sentiment, refoulant à La Clarté un jeune couple à valises voulant y monter mais ne pouvant payer en liquide. Si j’avais été plus près, j’aurais pu intervenir en donnant les trois euros pour que ces jeunes gens puissent rejoindre la Gare de Lannion. Tout a été trop vite.
Descendu au Linkin, je fonce sur le Café Breton, les travaux d’à côté étant en pause. Le plat du jour (de la semaine) me sied : un paleron confit. La serveuse me dit qu’il n’y en a plus et veut me refiler le poisson du jour ou le burgueur du jour, plus chers. Il n’y a qu’une dizaine de clients, ça sent l’arnaque. « Dans ce cas, je m’en vais », lui dis-je. Elle ne s’attendait pas à ça.
À l’autre bout du Port, je tente ma chance à L’Ardoise et ça marche. Une table libérée devient la mienne pour la formule du jour toujours disponible malgré les nombreux présents et l’heure tardive : pavé de rumsteck pommes de terre grenaille sauce béarnaise et prunes rôties au miel ganache vanille, avec le verre de vin blanc. Lequel pavé se révèle fort tendre.
Il est quatorze heures trente quand j’ai fini de déjeuner. J’opère un transfert vers le terre-plein, le meilleur endroit pour lire et apprécier cette belle après-midi ensoleillée qu’un vent coulis rafraîchit. J’ai été obligé d’emprunter un milliard à Tolstoï (c’est sa femme qui me l’a proposé). écrit Boulgakov le lundi trois septembre mil neuf cent vingt-trois. Tolstoï, il s’agit d’Alexis et un milliard, il s’agit de l’inflation.
*
Yann Paranthoën, mort en deux mille cinq, qui fut le grand spécialiste du son chez France Culture, est né et a vécu à L’Île Grande où il avait un studio radiophonique.
À L’Apéro’z, on s’indigne mollement d’arbres abattus hier soir au square. Je poursuis ma lecture d’Écrits autobiographiques de Boulgakov. J’en suis au Journal confisqué du début des années vingt. La vie suit son cours habituel, chaotique, effrénée, cauchemardesque. À mon grand regret, je dépense beaucoup d’argent en boissons. écrit-il le vingt-cinq juillet mil neuf cent vingt-trois.
Je suis seul avec le chauffeur dans le second bus qui va de Trégastel à Lannion. L’Île Grande est reliée par un pont au continent. En son centre, le bus doit faire un demi-tour compliqué avec marche arrière. C’est après cette manœuvre que je descends, près de l’église.
Grâce à mon plan, je trouve la rue du Port qui logiquement en rapproche. Je la quitte pour longer la mer par le Géherre. Il fait le tour de l’île. Je vois d’abord quelques bateaux échoués par la marée basse puis j’arrive à ce Port Saint-Sauveur, mignonnet, avec son phare et son unique bateau de pêche. C’est ensuite un bon bout de marche jusqu’à la pointe de Toul-ar-staon. Je la prends par le travers avec en ligne de mire la suivante : la pointe de Kastel Erek. À son entrée, le bâtiment de la Ligue de Protection des Oiseaux jouxté d’une remorque blanche dans laquelle on en sauve. Je continue jusqu’à Pors Gwen et sa petite plage.
Cela fait une heure que je marche. Je commence à avoir chaud. Je n’irai pas plus loin. Une route montante me permet de rejoindre le centre du bourg. Par chance, il y a là une épicerie qui par derrière abrite un bar. C’est le Bar de l’Épicerie de L’Île Grande que tient Janick, la dynamique vieille Bretonne qui m’apporte un café au prix remarquable d’un euro cinquante à la table ronde du fond où je me suis mussé pour observer la salle et le comptoir. Dans cette salle, un couple et un trio boivent des apéros aussi peu chers. Les premiers s’inquiètent de n’avoir rien à manger ce soir en rentrant. Les seconds philosophent : « Les gens veulent tout décider, c’est la vie qui décide. » « Beaucoup ne se rendent pas compte que leur tour viendra. »
L’arrêt de bus Île Grande Centre est à cinquante mètres. J’y attends celui annoncé à douze heures vingt-trois (en principe), terminus Trégastel d’où le suivant me ramènera à Perros-Guirec. Il arrive avec deux minutes d’avance. À son volant, une conductrice qui ne mollit pas. Dans le second, à l’heure pour une fois, c’est le même conducteur que ce matin. Il ne fait pas de sentiment, refoulant à La Clarté un jeune couple à valises voulant y monter mais ne pouvant payer en liquide. Si j’avais été plus près, j’aurais pu intervenir en donnant les trois euros pour que ces jeunes gens puissent rejoindre la Gare de Lannion. Tout a été trop vite.
Descendu au Linkin, je fonce sur le Café Breton, les travaux d’à côté étant en pause. Le plat du jour (de la semaine) me sied : un paleron confit. La serveuse me dit qu’il n’y en a plus et veut me refiler le poisson du jour ou le burgueur du jour, plus chers. Il n’y a qu’une dizaine de clients, ça sent l’arnaque. « Dans ce cas, je m’en vais », lui dis-je. Elle ne s’attendait pas à ça.
À l’autre bout du Port, je tente ma chance à L’Ardoise et ça marche. Une table libérée devient la mienne pour la formule du jour toujours disponible malgré les nombreux présents et l’heure tardive : pavé de rumsteck pommes de terre grenaille sauce béarnaise et prunes rôties au miel ganache vanille, avec le verre de vin blanc. Lequel pavé se révèle fort tendre.
Il est quatorze heures trente quand j’ai fini de déjeuner. J’opère un transfert vers le terre-plein, le meilleur endroit pour lire et apprécier cette belle après-midi ensoleillée qu’un vent coulis rafraîchit. J’ai été obligé d’emprunter un milliard à Tolstoï (c’est sa femme qui me l’a proposé). écrit Boulgakov le lundi trois septembre mil neuf cent vingt-trois. Tolstoï, il s’agit d’Alexis et un milliard, il s’agit de l’inflation.
*
Yann Paranthoën, mort en deux mille cinq, qui fut le grand spécialiste du son chez France Culture, est né et a vécu à L’Île Grande où il avait un studio radiophonique.



