J’innove ce mercredi en visant Fabrégas, lieu-dit de La Seyne situé sur le Cap Sicié. Je n’y suis jamais allé. On y trouve une plage et un petit port de pointus, ai-je lu. De cet endroit, j’espère rejoindre Les Sablettes par un sentier côtier.
Pour atteindre ce lieu-dit, je prends le bateau bus de huit heures dix où je côtoie de la jeunesse étudiante endormie car il y a à La Seyne un pôle universitaire, puis j’attends le bus Quatre-Vingt-Un dont Fabrégas est le terminus. Devant moi passe une voiture à gyrophare et petit drapeau tricolore du Service de l’Énergie Opérationnelle. Je me demande ce que cela peut bien être.
Le terminus du bus est près du Domaine de Fabrégas qui appartient au Conservatoire du Littoral et où l’on cultive bio. Je le regarde de loin. Une petite route descendante mène à la petite plage de Fabrégas. Le plus intéressant, ce sont les pointus tirés sur la côte à l’aide d’un appareillage mécanique que j’aperçois à l’autre bout. Le sentier du littoral doit permettre de les voir de près. Un couple qui ramasse des rejets de mer sur la plage m’indique où trouver l’escalier qui y mène. Avant de le monter, il faut passer sur des rochers un peu périlleux pour moi.
Me voici au-dessus des pointus. Un homme venant d’en face m’assure que la suite est peu difficile, il y a des escaliers. Effectivement, mais je dois quand même faire attention. Au bout d’un moment, j’arrive à La Verne, autre petite plage jouxtée de pointus tirés sur la côte. Au loin, sous cet angle, les Deux Frères semblent confondus. Je poursuis sur le sentier jusqu’à la pointe de Mar Vivo et ça se complique car plus de chemin. J’essaie par la plage mais suis bloqué par la mer. Je passe donc par l’intérieur, un labyrinthe de rues destinées à cacher les riches qui occupent le bord de la mer sans laisser place à un chemin piétonnier. J’arrive fatigué aux Sablettes.
Il est onze heures quand je m’installe à la terrasse du Prôvence Plage. La serveuse du matin à qui je commande un café est tout à fait à mon goût mais c’est un bras poilu qui le dépose sur ma table, celui de son collègue. Le noir breuvage bu, j’ouvre Léautaud. Vous m’avez demandé un jour de vous donner 10 000 francs pour me « laisser faire tout ce que je voudrais ». Vous devez vous rappeler ma réponse : que vous ne les valiez pas… écrit-il à Albertine Rivet le onze octobre mil neuf cent quarante-sept.
À La Piazza, le plat du jour est pennes et ça me fait de la peine. Aussi je marche jusqu’à La vie est une fête. « Vous avez réservé ? » me demande l’un des serveurs. « Sinon ce sera à l’intérieur. » Le patron de loin : « Non non, mets le dehors ! » Cette formulation me fait sourire. Dans le menu du jour, je choisis le velouté de favouilles (lesquelles sont des petits crabes), le filet mignon jus corsé grenailles et la brioche perdue boule de glace. « Aujourd’hui, on a la sangria maison, messieurs dames », clame le patron. Il fait ça tous les jours. Une vieille technique qui fonctionne. Mes voisins en commandent une, ravis d’être tombés sur la bonne journée.
Il y a vingt-cinq minutes d’attente avant le premier bateau bus pour Toulon. Je m’assois sur un banc face à la rade. Au loin ne sont visibles de Toulon que des barres d’immeubles qui donnent une mauvaise idée de la ville. Derrière est la montagne, dont le Mont Faron où j’ai grimpé lors de ma première venue avec le petit téléphérique rouge. Une expérience non renouvelée car il n’y a rien à faire là-haut. Soudain surgit un groupe qui m’oblige à aller me placer en tête de l’attente du bateau. Une cinquantaine de membres d’un village vacances, infoutus de bouger par eux-mêmes, pourtant jeunes, suivent une animatrice bruyante. Ces cornaqués munis d’enfants en bas âge auront quarante-cinq minutes de liberté à l’arrivée puis ils seront condamnés à l’« incontournable visite de la rade ». Ce n’est pas trop dire que je passe mon temps à vitupérer, ce qui, au reste, a toujours été quelque peu dans mon caractère. écrit Paul Léautaud à un anonyme le vingt novembre mil neuf cent quarante-sept.
Je retrouve la paix en première ligne du Grand Café de la Rade où l’aimable serveur me propose des glaçons dans mon eau : « Il fait chaud quand même ! »
*
L’observation du jour : les vieux à moto qui ont du mal à lever la jambe pour en descendre.
*
Rentré, j’interroge Ouiquipédia. Le Service de l’Énergie Opérationnelle, c’est ce qu’on appelait autrefois le Service des Essences des Armées. Marc Bloch y fut capitaine et notamment responsable des approvisionnements en carburant durant la Seconde Guerre Mondiale. Cette expérience est fondatrice pour la rédaction de son livre L'Étrange Défaite.
Pour atteindre ce lieu-dit, je prends le bateau bus de huit heures dix où je côtoie de la jeunesse étudiante endormie car il y a à La Seyne un pôle universitaire, puis j’attends le bus Quatre-Vingt-Un dont Fabrégas est le terminus. Devant moi passe une voiture à gyrophare et petit drapeau tricolore du Service de l’Énergie Opérationnelle. Je me demande ce que cela peut bien être.
Le terminus du bus est près du Domaine de Fabrégas qui appartient au Conservatoire du Littoral et où l’on cultive bio. Je le regarde de loin. Une petite route descendante mène à la petite plage de Fabrégas. Le plus intéressant, ce sont les pointus tirés sur la côte à l’aide d’un appareillage mécanique que j’aperçois à l’autre bout. Le sentier du littoral doit permettre de les voir de près. Un couple qui ramasse des rejets de mer sur la plage m’indique où trouver l’escalier qui y mène. Avant de le monter, il faut passer sur des rochers un peu périlleux pour moi.
Me voici au-dessus des pointus. Un homme venant d’en face m’assure que la suite est peu difficile, il y a des escaliers. Effectivement, mais je dois quand même faire attention. Au bout d’un moment, j’arrive à La Verne, autre petite plage jouxtée de pointus tirés sur la côte. Au loin, sous cet angle, les Deux Frères semblent confondus. Je poursuis sur le sentier jusqu’à la pointe de Mar Vivo et ça se complique car plus de chemin. J’essaie par la plage mais suis bloqué par la mer. Je passe donc par l’intérieur, un labyrinthe de rues destinées à cacher les riches qui occupent le bord de la mer sans laisser place à un chemin piétonnier. J’arrive fatigué aux Sablettes.
Il est onze heures quand je m’installe à la terrasse du Prôvence Plage. La serveuse du matin à qui je commande un café est tout à fait à mon goût mais c’est un bras poilu qui le dépose sur ma table, celui de son collègue. Le noir breuvage bu, j’ouvre Léautaud. Vous m’avez demandé un jour de vous donner 10 000 francs pour me « laisser faire tout ce que je voudrais ». Vous devez vous rappeler ma réponse : que vous ne les valiez pas… écrit-il à Albertine Rivet le onze octobre mil neuf cent quarante-sept.
À La Piazza, le plat du jour est pennes et ça me fait de la peine. Aussi je marche jusqu’à La vie est une fête. « Vous avez réservé ? » me demande l’un des serveurs. « Sinon ce sera à l’intérieur. » Le patron de loin : « Non non, mets le dehors ! » Cette formulation me fait sourire. Dans le menu du jour, je choisis le velouté de favouilles (lesquelles sont des petits crabes), le filet mignon jus corsé grenailles et la brioche perdue boule de glace. « Aujourd’hui, on a la sangria maison, messieurs dames », clame le patron. Il fait ça tous les jours. Une vieille technique qui fonctionne. Mes voisins en commandent une, ravis d’être tombés sur la bonne journée.
Il y a vingt-cinq minutes d’attente avant le premier bateau bus pour Toulon. Je m’assois sur un banc face à la rade. Au loin ne sont visibles de Toulon que des barres d’immeubles qui donnent une mauvaise idée de la ville. Derrière est la montagne, dont le Mont Faron où j’ai grimpé lors de ma première venue avec le petit téléphérique rouge. Une expérience non renouvelée car il n’y a rien à faire là-haut. Soudain surgit un groupe qui m’oblige à aller me placer en tête de l’attente du bateau. Une cinquantaine de membres d’un village vacances, infoutus de bouger par eux-mêmes, pourtant jeunes, suivent une animatrice bruyante. Ces cornaqués munis d’enfants en bas âge auront quarante-cinq minutes de liberté à l’arrivée puis ils seront condamnés à l’« incontournable visite de la rade ». Ce n’est pas trop dire que je passe mon temps à vitupérer, ce qui, au reste, a toujours été quelque peu dans mon caractère. écrit Paul Léautaud à un anonyme le vingt novembre mil neuf cent quarante-sept.
Je retrouve la paix en première ligne du Grand Café de la Rade où l’aimable serveur me propose des glaçons dans mon eau : « Il fait chaud quand même ! »
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L’observation du jour : les vieux à moto qui ont du mal à lever la jambe pour en descendre.
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Rentré, j’interroge Ouiquipédia. Le Service de l’Énergie Opérationnelle, c’est ce qu’on appelait autrefois le Service des Essences des Armées. Marc Bloch y fut capitaine et notamment responsable des approvisionnements en carburant durant la Seconde Guerre Mondiale. Cette expérience est fondatrice pour la rédaction de son livre L'Étrange Défaite.



