Ce samedi pourrait être suivi de journées de pluie intense. Il s’agit de profiter du soleil pendant qu’il est encore là. Pour cela, je prends le bus Trois direction Le Mourillon et en descends à l’arrêt Polygone. Il me faut marcher un moment sur la route par la faute des bâtiments militaires avant d’arriver au parc de bord de mer au bout duquel est la Tour Royale que l’on peut visiter uniquement en juillet et août. Je fais le tour de cette tour entourée d’une douve puis marche sur la digue vers un bâtiment beaucoup plus récent et laid. « C’était une vigie », me dit le gars de la ville qui vide les poubelles. À cet endroit aboutit le sentier qui part du Mourillon et passe par La Mitre, une succession de rochers à moitié dans l’eau. Je me demande comment j’ai réussi à l’emprunter lors de ma première venue à Toulon.
Je longe à nouveau les bâtiments militaires et arrive à Polygone quand s’y présente un bus Trois. De retour dans le Port je choisis la terrasse ombragée de La Réale pour un café verre d’eau Léautaud. Sans l’avoir cherché, j’arrive à la fin du premier volume de sa Correspondance le jour où commence la seconde moitié de mon séjour à Toulon. Le jeudi vingt-six février mil neuf cent vingt-cinq, il écrit à Mme Cayssac : Quand tu seras à Pornic, tu te rappelleras combien je te trouvais jolie, nue, dans mes bras, devant la glace. « Champagne inutile, disais-tu. Nous bandons fort bien tous les deux. » Nous bandions en effet fort bien. Tu suçais la pine avec la même gourmandise que tu gobais un éclair (toi-même tu faisais le rapprochement) et quant à moi, tu sais bien tout ce que je te faisais.
À midi, je suis à peine assis en terrasse chez Béchir que se fait entendre une manifestation remontant le cours Lafayette au milieu du marché. Une grosse centaine de jeunes suivis de quelques Gendarmes Mobiles. « La jeunesse emmerde le Front National », scandent-ils. « Ma colère est plus grande que ta bite », lis-je sur un carton porté par une fille. Ce troisième couscous m’enthousiasme moins. Il est temps de faire une pause.
J’arrive à la Station Maritime juste avant le départ du bateau pour Les Sablettes. « J’ai lancé votre café dès que je vous ai vu arriver », me dit l’aimable serveuse. Devant moi un homme qui attend sa femme parle à son chien qu’il a assis sur une chaise à côté de lui : « Je vais boire le café. Il va être froid. Je sais pas où elle est passée ta mère. » Je reprends Paul Léautaud : On ne me reprendra plus à aller à Pornic à cette époque. Les mioches qui braillent, les locataires qui font du bruit, le pullulement des gens de passage grotesques dans leurs costumes de circonstance, les voisins avec leurs phonos, c’est hideux. (à Mme Cayssac, le deux août mil neuf cent vingt-huit)
Quand je rentre avec le bateau bus de quinze heures dix les nuages sont déjà à l’affût au-dessus de la montagne. Il y a un peu d’agitation dans les rues, quelques incidents de fin de manif. Rien de semblable à ce qui se passe ailleurs. À Rouen, les magasins Boulanger, Sephora, Swarowski, Courir, Micromania et d’autres sont pillés par de jeunes crétins fascinés par la marchandise.
*
Cela fait longtemps que la jeunesse emmerde le Front National avec le succès que l’on sait. Je table sur la même rendement (celui des concerts d’antan de SOS Racisme) pour le concert gratuit contre le racisme que Nicolas Mayer-Rossignol, Maire de Rouen, Socialiste, organise ce dimanche au Zénith. Pareillement inutiles, et contreproductifs, les comiques même pas drôles de Radio Nova que certains écoutent avec la même dévotion que s’il s’agissait de Radio Londres.
Je longe à nouveau les bâtiments militaires et arrive à Polygone quand s’y présente un bus Trois. De retour dans le Port je choisis la terrasse ombragée de La Réale pour un café verre d’eau Léautaud. Sans l’avoir cherché, j’arrive à la fin du premier volume de sa Correspondance le jour où commence la seconde moitié de mon séjour à Toulon. Le jeudi vingt-six février mil neuf cent vingt-cinq, il écrit à Mme Cayssac : Quand tu seras à Pornic, tu te rappelleras combien je te trouvais jolie, nue, dans mes bras, devant la glace. « Champagne inutile, disais-tu. Nous bandons fort bien tous les deux. » Nous bandions en effet fort bien. Tu suçais la pine avec la même gourmandise que tu gobais un éclair (toi-même tu faisais le rapprochement) et quant à moi, tu sais bien tout ce que je te faisais.
À midi, je suis à peine assis en terrasse chez Béchir que se fait entendre une manifestation remontant le cours Lafayette au milieu du marché. Une grosse centaine de jeunes suivis de quelques Gendarmes Mobiles. « La jeunesse emmerde le Front National », scandent-ils. « Ma colère est plus grande que ta bite », lis-je sur un carton porté par une fille. Ce troisième couscous m’enthousiasme moins. Il est temps de faire une pause.
J’arrive à la Station Maritime juste avant le départ du bateau pour Les Sablettes. « J’ai lancé votre café dès que je vous ai vu arriver », me dit l’aimable serveuse. Devant moi un homme qui attend sa femme parle à son chien qu’il a assis sur une chaise à côté de lui : « Je vais boire le café. Il va être froid. Je sais pas où elle est passée ta mère. » Je reprends Paul Léautaud : On ne me reprendra plus à aller à Pornic à cette époque. Les mioches qui braillent, les locataires qui font du bruit, le pullulement des gens de passage grotesques dans leurs costumes de circonstance, les voisins avec leurs phonos, c’est hideux. (à Mme Cayssac, le deux août mil neuf cent vingt-huit)
Quand je rentre avec le bateau bus de quinze heures dix les nuages sont déjà à l’affût au-dessus de la montagne. Il y a un peu d’agitation dans les rues, quelques incidents de fin de manif. Rien de semblable à ce qui se passe ailleurs. À Rouen, les magasins Boulanger, Sephora, Swarowski, Courir, Micromania et d’autres sont pillés par de jeunes crétins fascinés par la marchandise.
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Cela fait longtemps que la jeunesse emmerde le Front National avec le succès que l’on sait. Je table sur la même rendement (celui des concerts d’antan de SOS Racisme) pour le concert gratuit contre le racisme que Nicolas Mayer-Rossignol, Maire de Rouen, Socialiste, organise ce dimanche au Zénith. Pareillement inutiles, et contreproductifs, les comiques même pas drôles de Radio Nova que certains écoutent avec la même dévotion que s’il s’agissait de Radio Londres.



