À Toulon, le dimanche est un jour comme les autres. J’en suis satisfait. Le marché se déploie, le soleil va venir, passe un des curés intégristes (en soutane évidemment) de la très belle église du bas du cours Lafayette. Pour les clients qui m’entourent à la terrasse du Maryland, c’est encore la fin du mois. Les sous arrivent le six à la Poste et le cinq pour ceux qui sont ailleurs. Il y a aussi les problèmes de couple. L’un à qui un autre dit qu’il a maigri lui répond : « C’est mon ancienne femme, elle m’a sucé le sang. » Mon petit-déjeuner terminé, je sors Léautaud de mon sac.
Ce dimanche, je prends le bateau bus de neuf heures cinq pour La Seyne. J’en descends au premier arrêt, Espace Marine, un endroit un peu zone. Tout de suite à droite est le vide-greniers hebdomadaire (la dernière fois, il était un peu plus loin). Un seul vendeur de livres, beaucoup de daube, mais aussi Journal de Léon Bloy en deux volumes chez Bouquins, neuf, sous blister, vingt-cinq euros. Il aurait fait mon bonheur si je ne l’avais déjà. Je passe ensuite devant l’ancienne porte des chantiers navals remplacés par un beau parc dans lequel se prépare la Fête de la Science. S’y trouvent aussi l’Hôtel Mercure et le Casino Joa. J’arrive près du pont levant toujours levé, autre vestige du passé industriel de la ville, puis je fais le tour du Port afin de rejoindre l’embarcadère principal. Assis sur un banc, j’attends le bateau bus du retour, celui de dix heures trente-cinq.
Dans ce bateau, un jeune chevelu à guitare lit The Holly Bible. Pourquoi faut-il que ce soit derrière moi que s’installe le couple à clébard ? Je change de place. Le Charles de Gaulle est à quai, entouré d’une ligne de bouées rouges et jaunes (faudrait pas qu’on nous le vole).
Arrivée à onze heures à L’Escale, j’assiste à l’embarquement des naïfs de la visite de la rade de Toulon, lequel est sous la surveillance de la Gendarmerie Maritime. Ces Gendarmes bipent les billets. Bizarre. Je demande à la serveuse. « C’est parce qu’il y a le Charles de Gaulle. » Ce bateau de tourisme est donc ultra contrôlé alors que les bateaux bus passent eux aussi à côté du porte-avions sans l’être. Il part complet avec deux des Gendarmes à bord. À côté de moi, une famille se gratte le smartphone pour trouver quoi faire. « Visite d’un moulin à huile, ça peut être bien ça ? » Je reprends ma lecture. Quand il publie son premier livre, Le Petit Ami, le jeune Paul Léautaud est encore sensible à la flatterie : Maintenant, comment vous remercier de tant de soin, de tant de bonnes pensées à mon égard. et il n’hésite pas à renvoyer l’ascenseur (comme on dit) : J’avais déjà feuilleté Les Contes de la Limousine que j’avais trouvés intéressants comme toutes les choses du terroir. Lui, s’intéresser aux choses du terroir !?
À midi moins cinq, je remonte le cours Lafayette jusqu’à la place Hubac. L’Unic Bar est toujours là et Béchir aussi, inchangés tous les deux. On y sert encore le couscous fait par la femme dudit, au prix de quinze euros quatre-vingt-dix, toujours aussi copieux et aussi bon mais une quantité de petites mouches énervantes l’entoure. Il y en a un peu partout ici cet automne, jusqu’aux Sablettes.
Mon addition réglée, je rejoins le Port et trouve à m’asseoir, faute de banc, sur l’entourage de l’ancienne Mairie, dite Mairie d’Honneur, mais il fait si chaud que je ne peux rester. Je migre à côté, au Grand Café de la Rade, à l’ombre d’un parasol, à la table la plus proche de la statue du Génie de la Navigation que dessinent des croqueuses urbaines installées sur leur siège pliant : un bel homme nu, ce n’est pas de refus. C’est la journée Sketch en Rade. Une jeune guide touristique fait le tour de ce Génie avec cinq sexagénaires, trois femmes et deux hommes. Ces derniers font des efforts pour regarder autre chose que ses petits seins nus sous son ticheurte, dont les tétons pointent. Tant de jolies filles à Toulon, certaines habillées de façon si sexy, alors qu’aucune à Perros-Guirec.
*
Deux commères en discussion tendue chez Béchir. L’une à l’autre : « La maladie de Parkinson, je souhaite à personne de l’avoir. Même pas à toi. »
*
Au printemps dernier, La Seyne-sur-Mer, ville autrefois communiste puis droitiste, a fauté en choisissant une municipalité Rassemblement National.
Ce dimanche, je prends le bateau bus de neuf heures cinq pour La Seyne. J’en descends au premier arrêt, Espace Marine, un endroit un peu zone. Tout de suite à droite est le vide-greniers hebdomadaire (la dernière fois, il était un peu plus loin). Un seul vendeur de livres, beaucoup de daube, mais aussi Journal de Léon Bloy en deux volumes chez Bouquins, neuf, sous blister, vingt-cinq euros. Il aurait fait mon bonheur si je ne l’avais déjà. Je passe ensuite devant l’ancienne porte des chantiers navals remplacés par un beau parc dans lequel se prépare la Fête de la Science. S’y trouvent aussi l’Hôtel Mercure et le Casino Joa. J’arrive près du pont levant toujours levé, autre vestige du passé industriel de la ville, puis je fais le tour du Port afin de rejoindre l’embarcadère principal. Assis sur un banc, j’attends le bateau bus du retour, celui de dix heures trente-cinq.
Dans ce bateau, un jeune chevelu à guitare lit The Holly Bible. Pourquoi faut-il que ce soit derrière moi que s’installe le couple à clébard ? Je change de place. Le Charles de Gaulle est à quai, entouré d’une ligne de bouées rouges et jaunes (faudrait pas qu’on nous le vole).
Arrivée à onze heures à L’Escale, j’assiste à l’embarquement des naïfs de la visite de la rade de Toulon, lequel est sous la surveillance de la Gendarmerie Maritime. Ces Gendarmes bipent les billets. Bizarre. Je demande à la serveuse. « C’est parce qu’il y a le Charles de Gaulle. » Ce bateau de tourisme est donc ultra contrôlé alors que les bateaux bus passent eux aussi à côté du porte-avions sans l’être. Il part complet avec deux des Gendarmes à bord. À côté de moi, une famille se gratte le smartphone pour trouver quoi faire. « Visite d’un moulin à huile, ça peut être bien ça ? » Je reprends ma lecture. Quand il publie son premier livre, Le Petit Ami, le jeune Paul Léautaud est encore sensible à la flatterie : Maintenant, comment vous remercier de tant de soin, de tant de bonnes pensées à mon égard. et il n’hésite pas à renvoyer l’ascenseur (comme on dit) : J’avais déjà feuilleté Les Contes de la Limousine que j’avais trouvés intéressants comme toutes les choses du terroir. Lui, s’intéresser aux choses du terroir !?
À midi moins cinq, je remonte le cours Lafayette jusqu’à la place Hubac. L’Unic Bar est toujours là et Béchir aussi, inchangés tous les deux. On y sert encore le couscous fait par la femme dudit, au prix de quinze euros quatre-vingt-dix, toujours aussi copieux et aussi bon mais une quantité de petites mouches énervantes l’entoure. Il y en a un peu partout ici cet automne, jusqu’aux Sablettes.
Mon addition réglée, je rejoins le Port et trouve à m’asseoir, faute de banc, sur l’entourage de l’ancienne Mairie, dite Mairie d’Honneur, mais il fait si chaud que je ne peux rester. Je migre à côté, au Grand Café de la Rade, à l’ombre d’un parasol, à la table la plus proche de la statue du Génie de la Navigation que dessinent des croqueuses urbaines installées sur leur siège pliant : un bel homme nu, ce n’est pas de refus. C’est la journée Sketch en Rade. Une jeune guide touristique fait le tour de ce Génie avec cinq sexagénaires, trois femmes et deux hommes. Ces derniers font des efforts pour regarder autre chose que ses petits seins nus sous son ticheurte, dont les tétons pointent. Tant de jolies filles à Toulon, certaines habillées de façon si sexy, alors qu’aucune à Perros-Guirec.
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Deux commères en discussion tendue chez Béchir. L’une à l’autre : « La maladie de Parkinson, je souhaite à personne de l’avoir. Même pas à toi. »
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Au printemps dernier, La Seyne-sur-Mer, ville autrefois communiste puis droitiste, a fauté en choisissant une municipalité Rassemblement National.



