On ne peut plus calmes et tranquilles les Toulonnais(e)s. Jamais de disputes, d’éclats de voix. Aucune tension entre celles et ceux qui installent les étals du marché. Il en est de même partout ailleurs. C’est une population placide et reposante. Ce vendredi, vers huit heures, je fais une nouvelle visite à la pharmacie. Réussie cette fois, trois pharmaciennes pour moi tout seul.
C’est le jour de mon tour du Port. Je suis surtout retenu par les quelques bateaux des pêcheurs, anciens, un peu décatis. L’un vient de rentrer, dont la pêche est vendue sur le quai. Une Prud’homie des Pêcheurs a connu des jours meilleurs. Je marche ensuite jusqu’à l’autre bout de ce quai. S’y trouve, flamboyante, la Préfecture Maritime. On y lève les couleurs chaque matin militairement.
Le soleil ayant atteint les tables de première ligne du Grand Café de la Rade, je m’y assois pour un café verre d’eau. « On n’a pas de serveur, ils viennent pas au boulot, me dit celui qui me sert, c’est moi qui ai soixante-quatre ans qui cours partout. Ça me met en pétard. Je vais arrêter aussi. Je vais prendre ma retraite. » Près de la statue du Génie de la Navigation est installé un barnum « Together to protect the Mediterranean ». Une classe reçoit la bonne parole puis monte sur un bateau partenaire de l’opération. C’est toujours sur le dos des enfants que l’on met le poids des turpitudes des adultes. J’ouvre Léautaud. Ne comptez pas sur moi demain. J’ai passé ma journée d’hier à paresser et à lire au lieu de travailler. écrit-il le neuf juillet mil neuf cent vingt-trois à Maurice Martin du Gard, directeur des Nouvelles Littéraires, qui attend un texte de lui. En post-scriptum il ajoute : Ce n’est pas Baudelaire qui a appelé Sand la vache à écrire. C’est Nietzsche.
Le vendredi, c’est l’aïoli. Le mieux, me dis-je, c’est de manger chez Béchir celui fait par sa femme. Il est à quinze euros quatre-vingt-dix. C’est bon mais peu de poisson.
Aux Palets d’Or, j’achète une part de tarte à l’abricot que je mange à la Station Maritime en attendant le bateau bus pour Les Sablettes. C’est loin d’être un bon gâteau. Toulon est une catastrophe en ce qui concerne les boulangeries pâtisseries.
Le café verre d’eau m’est apporté d’office par la jeune serveuse à la terrasse du Prôvence Plage. Si elle ne peut pas me faire rêver, elle est très sympathique. « Vous voulez les dix centimes ? » me demande-t-elle lorsque je lui donne deux euros pour payer (de l’art d’obtenir un petit pourboire). Personne ne vient perturber ma lecture des lettres de Paul Léautaud. Le quatre juillet mil neuf cent vingt-quatre, il écrit à son amante, Madame Cayssac : Qu’est-ce qu’il a le « gros niais » ? On arrive. On lui dit bonjour. Pas de réponse. Il part. Il ne dit pas le moindre au revoir. Inutile de lui en parler. Je me moque de ses bouderies. C’est moi qui tiens le bon bout. Je baiserai encore sa femme.
*
Pourquoi diable écrire si ce n’est pas pour dire ce qu’on pense et ce qu’on sent. (Paul Léautaud)
C’est le jour de mon tour du Port. Je suis surtout retenu par les quelques bateaux des pêcheurs, anciens, un peu décatis. L’un vient de rentrer, dont la pêche est vendue sur le quai. Une Prud’homie des Pêcheurs a connu des jours meilleurs. Je marche ensuite jusqu’à l’autre bout de ce quai. S’y trouve, flamboyante, la Préfecture Maritime. On y lève les couleurs chaque matin militairement.
Le soleil ayant atteint les tables de première ligne du Grand Café de la Rade, je m’y assois pour un café verre d’eau. « On n’a pas de serveur, ils viennent pas au boulot, me dit celui qui me sert, c’est moi qui ai soixante-quatre ans qui cours partout. Ça me met en pétard. Je vais arrêter aussi. Je vais prendre ma retraite. » Près de la statue du Génie de la Navigation est installé un barnum « Together to protect the Mediterranean ». Une classe reçoit la bonne parole puis monte sur un bateau partenaire de l’opération. C’est toujours sur le dos des enfants que l’on met le poids des turpitudes des adultes. J’ouvre Léautaud. Ne comptez pas sur moi demain. J’ai passé ma journée d’hier à paresser et à lire au lieu de travailler. écrit-il le neuf juillet mil neuf cent vingt-trois à Maurice Martin du Gard, directeur des Nouvelles Littéraires, qui attend un texte de lui. En post-scriptum il ajoute : Ce n’est pas Baudelaire qui a appelé Sand la vache à écrire. C’est Nietzsche.
Le vendredi, c’est l’aïoli. Le mieux, me dis-je, c’est de manger chez Béchir celui fait par sa femme. Il est à quinze euros quatre-vingt-dix. C’est bon mais peu de poisson.
Aux Palets d’Or, j’achète une part de tarte à l’abricot que je mange à la Station Maritime en attendant le bateau bus pour Les Sablettes. C’est loin d’être un bon gâteau. Toulon est une catastrophe en ce qui concerne les boulangeries pâtisseries.
Le café verre d’eau m’est apporté d’office par la jeune serveuse à la terrasse du Prôvence Plage. Si elle ne peut pas me faire rêver, elle est très sympathique. « Vous voulez les dix centimes ? » me demande-t-elle lorsque je lui donne deux euros pour payer (de l’art d’obtenir un petit pourboire). Personne ne vient perturber ma lecture des lettres de Paul Léautaud. Le quatre juillet mil neuf cent vingt-quatre, il écrit à son amante, Madame Cayssac : Qu’est-ce qu’il a le « gros niais » ? On arrive. On lui dit bonjour. Pas de réponse. Il part. Il ne dit pas le moindre au revoir. Inutile de lui en parler. Je me moque de ses bouderies. C’est moi qui tiens le bon bout. Je baiserai encore sa femme.
*
Pourquoi diable écrire si ce n’est pas pour dire ce qu’on pense et ce qu’on sent. (Paul Léautaud)



