Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

A Dieppe, deux autres fois, avec Eugène Delacroix

5 février 2021


A l’été mil huit cent cinquante-quatre, Delacroix, accompagné par Jenny sa gouvernante, est de retour à Dieppe d’où il ira voir Eu et Le Tréport. Il évoque ce séjour dans son Journal publié chez Plon dans la collection Les Mémorables :
Dieppe, dix-huit août mil huit cent cinquante-quatre : Dîné encore ce jour à l’Hôtel du Géant et trouvé notre logement sur le port. La vue qu’on a de la fenêtre me transporte, et je crois faire une excellente affaire en le payant cent vingt francs pour un mois.
Dieppe, dix-neuf août mil huit cent cinquante-quatre : Installation dans le logement qui présente mille inconvénients : nous le croyons horrible et insupportable, et nous finissons par nous y habituer.
Dieppe, sept septembre mil huit cent cinquante-quatre : Sorti de bonne heure avec Jenny, qui va se baigner. Ne trouvant pas d’intérêt à la mer, je gagne le cours Bourbon, que je trouve charmant à cette heure matinale. (…)
Lu la triste Eugénie Grandet : ces ouvrages-là ne supportent guère l’épreuve du temps ; le gâchis, l’inexpérience, qui n’est autre chose que l’imperfection incurable du talent de l’auteur, mettra tout cela dans les rebuts des siècles.
Vingt septembre mil huit cent cinquante-quatre : Nous avons été à Eu. (…)
Visité le château. Impossible d’exprimer mon aversion de cet affreux goût : peinture, architecture, ornements, jusqu’aux bornes qui sont dans la cour, tout cela mesquin et affreux. (…)
Tréport m’a paru bien triste, il est devenu plus coquet et y a perdu.
Deux ans plus tard, c’est un nouveau séjour dieppois pour Delacroix, seul, et pas davantage gai :
Dieppe, dix-huit juillet mil huit cent soixante : Arrivé à cinq heures, trouvé à la gare Mme Grimblot dont j’admire, en marchant derrière elle et avant de la reconnaître, l’imposante crinoline. Elle habite Dieppe tout à fait. Je ne me suis pas enquis des motifs qui pouvaient la porter à une résolution si grave.
J’étais un peu après installé à l’hôtel Victoria sur le port, ainsi que je le désirais, et j’y faisais à six heures le plus détestable dîner avec des rogatons.
Dieppe, dix-neuf juillet mil huit cent soixante : Je passe ma journée presque entière sur la jetée. Je vais voir sortir le yacht anglais ; j’avais les yeux dessus lorsque est tombé ce malheureux qui s’est noyé et qu’on n’a retrouvé que le lendemain.
Dieppe, vingt-deux juillet mil huit cent soixante : Je suis décidément enrhumé ; j’ai des moments d’ennui profond où je veux partir pour Paris. La nuit, je me figure que tout est perdu. Il faut avouer qu’il est dur de grelotter dans sa chambre. (…)
Hier, tristesse et ennui extrême : probablement je me portais plus mal. Samedi soir, j’ai fait au Pollet une promenade plus triste encore.
                                                                       *
En bonus :
Samedi vingt-quatre décembre mil huit cent cinquante-trois : Tout l’ost des Grecs eût capitulé devant la flottille qui sort de Fécamp ou de Dieppe pour aller à la pêche du hareng.