Tous les matins, sur le chemin de Grande Randonnée, je passe devant la statue bicéphale de Max Jacob, une tête pour le mondain, une tête pour le chrétien. Notre point commun : avoir séjourné à l’Hôtel Ty Mad (deux ans en ce qui le concerne, une semaine en ce qui me concerne). Un peu plus haut, c’est le cimetière marin dans lequel est enterré George Perros. Entre les deux, au-dessus de la petite plage Saint-Jean, une boîte à livres. Je serais surpris d’y trouver un ouvrage de ces deux écrivains.
Soleil sur le Port de Tréboul, ce lundi premier jour de juin. Comme le Café de l’Yser est fermé, je mange mon pain au chocolat sur un banc puis reprends la marche jusqu’à Port Rhu. Je bois l’allongé chez An Ivern, dont la terrasse est au soleil, face à de mignons petits voiliers, et y commence ma nouvelle lecture : Journal de Lewis Carroll. Le texte est la traduction par Philippe Blanchard de celui de l’édition anglaise due à Roger Lancelyn Green qui, pour complaire aux descendants, l’a expurgée de certains passages concernant ses relations familiales. Pas de censure en ce qui concerne les relations de l’écrivain, photographe et mathématicien avec ses amies enfants qui ne laissent rien entrevoir de suspect, dit Roger Lancelyn Green dans sa préface. Quatre cahiers sur treize ont disparu, sans doute perdus.
Quand le ciel devient gris, je passe côté Rosmeur et vais voir de près les quelques bateaux de pêche puis je me pose sous la véranda des Filets Bleus où l’on parle encore une fois du manque de clientèle. « Ils vont tous arriver au mois de juillet. » « Oui, c’est le calme avant la tempête. »
Je poursuis là ma lecture de Charles Lutwidge Dogson, futur Lewis Carroll, jusqu’à onze heures, quand arrive un duo (mère fils ?). Tandis qu’il est parti commander, elle s’empare du petit bouquet d’œillets posé sur sa table pour en couper deux. Un qu’elle met dans sa poche. L’autre qu’elle jette sur le pavé. Ce monde est empli de personnes bizarres, pour ne pas dire cinglées.
À l’heure du déjeuner, je repasse côté Port Rhu et opte pour le menu du jour à vingt euros quatre-vingts d’An Ifern : crevettes roses mayonnaise maison, pavé de lieu jaune rôti asperges vertes pleurotes pommes de terre crème safranée et fraises Chantilly. Je mange à l’intérieur pour cause de petit vent frais et de pluie possible. Le service est assuré par la fille des patrons qui met au courant une serveuse dont c’est le premier jour. Je suis l’un des quatre cobayes. On se croirait dans un restaurant pédagogique.
Je remonte sur la butte, fais mes courses chez Carrefour City puis attends le bus Un de treize heures vingt. « Qui n’a pas de problèmes ? Celui qui dit qu’il n’en a pas se ment à lui-même. » Ainsi philosophe-t-on sous l’abribus.
La sonnette pour demander l’arrêt du minibus est en panne. Il faut y suppléer vocalement. « Le Bon Coin », dis-je au chauffeur.
Libéré de mes courses, je rejoins les Sables Blancs. Villa Cornic étant fermée, c’est à l’intérieur du Gwell Mad que je prends un expresso. Au comptoir sont deux habitués. L’un cherche à vendre des bouteilles de Château Margaux qu’il a récupérées il y a longtemps. Comment ça ? « Je peux pas le dire. » Je reprends ma lecture : 16 février 1855 Deuxième tentative pour apprendre le patinage. Je n’ai pas tardé à faire une grosse chute, en mettant trop de hâte à aller vite : je me suis ouvert le front ; cela a mis un terme à ma prestation pour la journée.
*
J’ai l’esprit de fuite. (Georges Perros)
Soleil sur le Port de Tréboul, ce lundi premier jour de juin. Comme le Café de l’Yser est fermé, je mange mon pain au chocolat sur un banc puis reprends la marche jusqu’à Port Rhu. Je bois l’allongé chez An Ivern, dont la terrasse est au soleil, face à de mignons petits voiliers, et y commence ma nouvelle lecture : Journal de Lewis Carroll. Le texte est la traduction par Philippe Blanchard de celui de l’édition anglaise due à Roger Lancelyn Green qui, pour complaire aux descendants, l’a expurgée de certains passages concernant ses relations familiales. Pas de censure en ce qui concerne les relations de l’écrivain, photographe et mathématicien avec ses amies enfants qui ne laissent rien entrevoir de suspect, dit Roger Lancelyn Green dans sa préface. Quatre cahiers sur treize ont disparu, sans doute perdus.
Quand le ciel devient gris, je passe côté Rosmeur et vais voir de près les quelques bateaux de pêche puis je me pose sous la véranda des Filets Bleus où l’on parle encore une fois du manque de clientèle. « Ils vont tous arriver au mois de juillet. » « Oui, c’est le calme avant la tempête. »
Je poursuis là ma lecture de Charles Lutwidge Dogson, futur Lewis Carroll, jusqu’à onze heures, quand arrive un duo (mère fils ?). Tandis qu’il est parti commander, elle s’empare du petit bouquet d’œillets posé sur sa table pour en couper deux. Un qu’elle met dans sa poche. L’autre qu’elle jette sur le pavé. Ce monde est empli de personnes bizarres, pour ne pas dire cinglées.
À l’heure du déjeuner, je repasse côté Port Rhu et opte pour le menu du jour à vingt euros quatre-vingts d’An Ifern : crevettes roses mayonnaise maison, pavé de lieu jaune rôti asperges vertes pleurotes pommes de terre crème safranée et fraises Chantilly. Je mange à l’intérieur pour cause de petit vent frais et de pluie possible. Le service est assuré par la fille des patrons qui met au courant une serveuse dont c’est le premier jour. Je suis l’un des quatre cobayes. On se croirait dans un restaurant pédagogique.
Je remonte sur la butte, fais mes courses chez Carrefour City puis attends le bus Un de treize heures vingt. « Qui n’a pas de problèmes ? Celui qui dit qu’il n’en a pas se ment à lui-même. » Ainsi philosophe-t-on sous l’abribus.
La sonnette pour demander l’arrêt du minibus est en panne. Il faut y suppléer vocalement. « Le Bon Coin », dis-je au chauffeur.
Libéré de mes courses, je rejoins les Sables Blancs. Villa Cornic étant fermée, c’est à l’intérieur du Gwell Mad que je prends un expresso. Au comptoir sont deux habitués. L’un cherche à vendre des bouteilles de Château Margaux qu’il a récupérées il y a longtemps. Comment ça ? « Je peux pas le dire. » Je reprends ma lecture : 16 février 1855 Deuxième tentative pour apprendre le patinage. Je n’ai pas tardé à faire une grosse chute, en mettant trop de hâte à aller vite : je me suis ouvert le front ; cela a mis un terme à ma prestation pour la journée.
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J’ai l’esprit de fuite. (Georges Perros)



