Du vent dans la nuit et au matin de ce vendredi un temps rafraîchi. Je rejoins le Port de Tréboul où le Fournil du Laudel est ouvert, un euro vingt-cinq le pain au chocolat servi par un aimable jeune homme qui ira sans doute à la Pride. Est également ouvert, deux cases plus loin, le bar L’Antares.
J’y bois l’allongé à l’une des cinq tables de terrasse puis je sors Gérard Manlet Hopkins dont j’attaque le Journal tandis qu’à la table des habitués on a une conversation de gros beaufs. J’en entends un qualifier une femme qui passe de gauchiasse. Ça fait un peu plus d’une demi-heure que je suis là quand le patron me dit : « Vous reprendrez quelque chose, monsieur, parce que là vraiment… » « Ah d’accord », lui réponds-je. Je remballe et vais payer mes deux euros à sa femme au comptoir. « Je m’en vais puisque je dérange. » Elle et lui pleurnichent sur le Smic qu’ils gagnent. « Et votre table vide, elle va vous rapporter combien ? Je suis ici pour un moment. Vous avez perdu le prix d’un allongé tous les matins pendant plusieurs semaines. » « Je préfère avoir ma table vide. On n’en veut pas des touristes comme vous. » Les gros beaufs de la terrasse renchérissent. « C’est la première fois que j’ai droit à ça en Bretagne », leur dis-je. « On n’est pas en Bretagne, on est au Maroc », me répond l’un. Tous ont pourtant de bonnes têtes de Gaulois. « On est surtout chez les fachos », lui dis-je. « Hein, quoi ? » Ce gros balourd se lève. Le patron sort furax : « Il nous insulte en plus. On va porter plainte contre vous. » Il est temps pour moi de quitter le Port de Tréboul.
Je reprends le chemin de randonnée puis un café et ma lecture à la terrasse de l’An Ifern dans le Port Rhu. Temps gris, la respiration du ciel ouvre des brèches blanches et laisse filtrer un peu de soleil. constate Hopkins. C’est tout à fait ça.
Un peu après dix heures, je repasse à l’Office du Tourisme où l’aimable hôtesse m’établit une carte de bus dix voyages (huit euros, plus deux euros pour le support) puis je continue tout droit en descendant de l’autre côté du centre-ville pour atteindre le Port du Rosmeur, le troisième de Douarnenez, façades colorées et petits bateaux à flot.
C’est le moment d’un troisième café à la terrasse des Flots Bleus où la direction est morose : « On va pas se mentir, on a un petit coup de bambou sur la fréquentation. » Un jeune homme accompagné d’un enfançon en sort. Il aperçoit mon livre. « Oh, elle est rare cette édition, je crois même que je ne l’ai jamais vue. J’ai la réédition. Il doit valoir cher. » « Je l’ai trouvé dans une boîte à livres », lui réponds-je. « Eh bien, vous avez eu de la chance ! » Je n’en saurai pas plus sur lui, ni sur sa connaissance de cet auteur dont j’ignorais jusqu’au nom avant de découvrir ce livre. Une fille s’assoit sur un banc face au Port dont, sans bouger de table, je fais une photo discrète. Peu après arrive un jeune homme avec qui elle part. Tous deux sont enlacés.
Ne trouvant de ce côté de Douarnenez que des restaurants qui ne m’inspirent pas, je repasse côté Port Rhu. Tandis que je longe le quai pour aller au Vintage il me tombe quelques gouttes sur la tête qui n’étaient pas annoncées par Météo France. Ce midi, le menu est constitué d’une petite tranche de pâté de campagne, d’un tempura de filet de colin sauce tartare avec salade composée et d’une crème Vintage assez mystérieuse. L’habitué picoleur est là mais pas tout seul. Un semblable lui tient compagnie. Pour le reste, c’est encore essentiellement des travailleurs. Avec cette nouvelle direction, les plats sont devenus chiches. La salade occupe l’essentiel des assiettes. C’était mieux avant, pensé-je mais je ne le dis pas à la patronne quand je paie.
Je rejoins An Ifern pour le café. Le temps est devenu orageux. Un serveur le constate : « Qu’il fait chaud ! En fait, j’aurais dû me mettre en short, sa mère ! » Je lis un moment sans que l’on me chasse puis je remonte la pente jusqu’au point de départ du bus numéro Un, terminus Plage des Sables Blancs. C’est un minibus. Nous sommes quatre à l’intérieur. Les arrêts ne sont pas annoncés. Je demande donc au chauffeur de me faire descendre à l’arrêt Le Bon Coin. C’est un peu plus haut que mon logis Air Bibi. Le Bon Coin est encore inscrit sur une façade. Ce devait être un café autrefois. Je ne sais pas combien de temps on m’y aurait toléré un livre en main.
Rentré, je cherche L’Antares sur Gougueule et lis ceci en premier commentaire, écrit par Océane il y a trois mois : « On s’est fait virer du bar car on ne consomme pas assez ! 5 boissons pour 2 heures de présence à 3 personnes ce n’est pas rentable à leurs yeux… Quelle agressivité pour nous dire de partir !! ». Il est suivi d’autres à l’avenant, entrecoupés d’avis tellement positifs qu’on les devine bidon.
Vers dix-huit heures, je descends à la plage des Sables Blancs. Un vent froid m’oblige à l’intérieur du Gwell Mad. Un Nantais au comptoir demande à la patronne « C’est plutôt Bardella ici ? » « Oh moi je ne m’occupe pas de ça, je fais mon travail », lui répond-elle. Un groupe de retraités fêtent une fin de séjour. L’une s’apprête à photographier les autres. Une grosse femme qui grattait des jeux à perdre avec sa vieille mère se lève « Je vous la tire, moi, la photo. Comme ça vous pourrez être dessus ». Elle essuie un refus catégorique et retourne s’asseoir penaude, la photographe ne veut pas être sur la photo. Je bois un diabolo menthe en attendant qu’il soit l’heure d’Orchesplage et Crustacés, un concert en plein air de l’Orchestre d’Harmonie.
Les courageux musiciens se pèlent sur le sable tandis que les spectateurs répètent à l’envi « Dire qu’il faisait si chaud ! ». Je reste le temps des deux premiers morceaux puis, n’ayant pas envie d’en entendre davantage dans ces conditions, je laisse le vent me pousser dans le dos jusqu’à mon grand appartement.
*
Debussy a composé toute sa musique assis dans un aquarium. (Georges Perros)
J’y bois l’allongé à l’une des cinq tables de terrasse puis je sors Gérard Manlet Hopkins dont j’attaque le Journal tandis qu’à la table des habitués on a une conversation de gros beaufs. J’en entends un qualifier une femme qui passe de gauchiasse. Ça fait un peu plus d’une demi-heure que je suis là quand le patron me dit : « Vous reprendrez quelque chose, monsieur, parce que là vraiment… » « Ah d’accord », lui réponds-je. Je remballe et vais payer mes deux euros à sa femme au comptoir. « Je m’en vais puisque je dérange. » Elle et lui pleurnichent sur le Smic qu’ils gagnent. « Et votre table vide, elle va vous rapporter combien ? Je suis ici pour un moment. Vous avez perdu le prix d’un allongé tous les matins pendant plusieurs semaines. » « Je préfère avoir ma table vide. On n’en veut pas des touristes comme vous. » Les gros beaufs de la terrasse renchérissent. « C’est la première fois que j’ai droit à ça en Bretagne », leur dis-je. « On n’est pas en Bretagne, on est au Maroc », me répond l’un. Tous ont pourtant de bonnes têtes de Gaulois. « On est surtout chez les fachos », lui dis-je. « Hein, quoi ? » Ce gros balourd se lève. Le patron sort furax : « Il nous insulte en plus. On va porter plainte contre vous. » Il est temps pour moi de quitter le Port de Tréboul.
Je reprends le chemin de randonnée puis un café et ma lecture à la terrasse de l’An Ifern dans le Port Rhu. Temps gris, la respiration du ciel ouvre des brèches blanches et laisse filtrer un peu de soleil. constate Hopkins. C’est tout à fait ça.
Un peu après dix heures, je repasse à l’Office du Tourisme où l’aimable hôtesse m’établit une carte de bus dix voyages (huit euros, plus deux euros pour le support) puis je continue tout droit en descendant de l’autre côté du centre-ville pour atteindre le Port du Rosmeur, le troisième de Douarnenez, façades colorées et petits bateaux à flot.
C’est le moment d’un troisième café à la terrasse des Flots Bleus où la direction est morose : « On va pas se mentir, on a un petit coup de bambou sur la fréquentation. » Un jeune homme accompagné d’un enfançon en sort. Il aperçoit mon livre. « Oh, elle est rare cette édition, je crois même que je ne l’ai jamais vue. J’ai la réédition. Il doit valoir cher. » « Je l’ai trouvé dans une boîte à livres », lui réponds-je. « Eh bien, vous avez eu de la chance ! » Je n’en saurai pas plus sur lui, ni sur sa connaissance de cet auteur dont j’ignorais jusqu’au nom avant de découvrir ce livre. Une fille s’assoit sur un banc face au Port dont, sans bouger de table, je fais une photo discrète. Peu après arrive un jeune homme avec qui elle part. Tous deux sont enlacés.
Ne trouvant de ce côté de Douarnenez que des restaurants qui ne m’inspirent pas, je repasse côté Port Rhu. Tandis que je longe le quai pour aller au Vintage il me tombe quelques gouttes sur la tête qui n’étaient pas annoncées par Météo France. Ce midi, le menu est constitué d’une petite tranche de pâté de campagne, d’un tempura de filet de colin sauce tartare avec salade composée et d’une crème Vintage assez mystérieuse. L’habitué picoleur est là mais pas tout seul. Un semblable lui tient compagnie. Pour le reste, c’est encore essentiellement des travailleurs. Avec cette nouvelle direction, les plats sont devenus chiches. La salade occupe l’essentiel des assiettes. C’était mieux avant, pensé-je mais je ne le dis pas à la patronne quand je paie.
Je rejoins An Ifern pour le café. Le temps est devenu orageux. Un serveur le constate : « Qu’il fait chaud ! En fait, j’aurais dû me mettre en short, sa mère ! » Je lis un moment sans que l’on me chasse puis je remonte la pente jusqu’au point de départ du bus numéro Un, terminus Plage des Sables Blancs. C’est un minibus. Nous sommes quatre à l’intérieur. Les arrêts ne sont pas annoncés. Je demande donc au chauffeur de me faire descendre à l’arrêt Le Bon Coin. C’est un peu plus haut que mon logis Air Bibi. Le Bon Coin est encore inscrit sur une façade. Ce devait être un café autrefois. Je ne sais pas combien de temps on m’y aurait toléré un livre en main.
Rentré, je cherche L’Antares sur Gougueule et lis ceci en premier commentaire, écrit par Océane il y a trois mois : « On s’est fait virer du bar car on ne consomme pas assez ! 5 boissons pour 2 heures de présence à 3 personnes ce n’est pas rentable à leurs yeux… Quelle agressivité pour nous dire de partir !! ». Il est suivi d’autres à l’avenant, entrecoupés d’avis tellement positifs qu’on les devine bidon.
Vers dix-huit heures, je descends à la plage des Sables Blancs. Un vent froid m’oblige à l’intérieur du Gwell Mad. Un Nantais au comptoir demande à la patronne « C’est plutôt Bardella ici ? » « Oh moi je ne m’occupe pas de ça, je fais mon travail », lui répond-elle. Un groupe de retraités fêtent une fin de séjour. L’une s’apprête à photographier les autres. Une grosse femme qui grattait des jeux à perdre avec sa vieille mère se lève « Je vous la tire, moi, la photo. Comme ça vous pourrez être dessus ». Elle essuie un refus catégorique et retourne s’asseoir penaude, la photographe ne veut pas être sur la photo. Je bois un diabolo menthe en attendant qu’il soit l’heure d’Orchesplage et Crustacés, un concert en plein air de l’Orchestre d’Harmonie.
Les courageux musiciens se pèlent sur le sable tandis que les spectateurs répètent à l’envi « Dire qu’il faisait si chaud ! ». Je reste le temps des deux premiers morceaux puis, n’ayant pas envie d’en entendre davantage dans ces conditions, je laisse le vent me pousser dans le dos jusqu’à mon grand appartement.
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Debussy a composé toute sa musique assis dans un aquarium. (Georges Perros)



