Me voici de nouveau à Collioure en lisant Un sacré gueuleton de Jim Harrison, un livre qui groupe les chroniques qu’il écrivit pour la revue Brick. Il y parle cuisine, vins et restaurants, mais aussi de sa vie dissolue, de ses maladies (un zona de quarante-neuf jours, un diabète de type deux), de ses voyages en France, le pays où il a des lecteurs qui le font vivre, et donc, à plusieurs reprises, de Collioure :
Comme Dante, le jeune Machado est tombé amoureux d’une fille de treize ans. Pour l’épouser, il attendit qu’elle eût atteint l’âge plus convenable de seize ans, mais elle mourut de la tuberculose à dix-huit. Au cours des derniers mois de sa jeune épouse, le poète la promenait en fauteuil roulant parmi les collines ocres de Castille. Machado mourut à Collioure et j’espérais localiser ses manuscrits dans un grenier ou une cabane. Machado était l’un de ces très rares poètes capables de combler les lacunes de l’antique manuscrit de la Terre. Bien sûr, ma mission avait autant de chance de réussir que si j’avais décidé de marcher sur la Lune. Très simplement, j’étais tenu de l’accomplir. Car Machado m’avait découvert au cœur de ma maladie l’hiver dernier et donné le courage de survivre. Ce n’est pas moi qui l’ai découvert, il a trébuché sur mon lit de camp dans une chambre austère et froide, avant de me sommer, dans mon profond inconfort, d’au moins promener les chiens le matin. La vie est faite de petits riens. (…)
Les splendides vins de la région produits par le Domaine la Tour Vieille ont réduit à néant les douleurs de la goutte et atténué ma détresse, incapable que j’étais de mettre la main sur la valise des poèmes de Machado. Je me suis agenouillé devant sa tombe sous une pluie froide et je lui ai dit que je faisais de mon mieux. La tombe était jonchée de fleurs fraîches et de poèmes dont la pluie diluait l’encre, si bien que les mots liquéfiés imprégnaient la terre, atteignant peut-être les os du poète enterré dessous.
Quand Jim Harrison découvre qu’il est atteint d’un diabète de type deux, il le soigne en marchant une heure par bouteille de vin bue :
Depuis un certain temps déjà, je m’entraîne à la fois physiquement et mentalement en vue d’une nouvelle tentative pour gravir les montagnes proches de Collioure, en France, à la recherche de la fameuse valise de poèmes perdus par Antonio Machado, même si récemment de nombreux événements de ma vie ont comploté contre cette noble mission.
D’Un sacré gueuleton, je retiens aussi ceci :
Un monde entièrement nouveau s’est ouvert à moi un après-midi où il n’y avait pas école, lorsqu’un ami m’a montré comment faire l’amour à une génisse en montant sur un tabouret de laitière.
Comme l’a dit Emily Dickinson, « vivre est si stupéfiant que cela laisse peu de temps pour autre chose ».
Voilà des années que je procède à une enquête informelle mais ambitieuse parmi les jeunes, me demandant pourquoi ils écoutent durant des dizaines de milliers d’heures du rock bruyant surtout du genre heavy metal. Mes conclusions tombent sous le sens : cette musique est un anesthésiant efficace qui aide à faire disparaître la réalité. Elle ressemble en ce sens à la consommation de fast-food, qui revient à enfourner la pompe à essence dans votre bouche pour un plein express.
Les hommes qui apprennent à cuisiner commencent souvent par le barbecue, peut-être parce qu’ils font griller de la viande sur le feu depuis deux ou trois cent mille ans. Bien sûr, les femmes en sont tout aussi capables, mais elles doivent se dire : Laissons ce gros con se débrouiller tout seul, j’en ai marre de faire tout le temps la cuisine.
Enfin cet extrait de son poème Le temps :
Je pensais que le problème
c’était l’espace, la distance infinie
qui me sépare de la jolie serveuse
qui s’étire au-dessus du comptoir du diner
pour remplir d’eau la machine à café,
mais je sais maintenant que c’est le temps
dont à chaque instant
le sourire galactique
m’atrophie.
Comme Dante, le jeune Machado est tombé amoureux d’une fille de treize ans. Pour l’épouser, il attendit qu’elle eût atteint l’âge plus convenable de seize ans, mais elle mourut de la tuberculose à dix-huit. Au cours des derniers mois de sa jeune épouse, le poète la promenait en fauteuil roulant parmi les collines ocres de Castille. Machado mourut à Collioure et j’espérais localiser ses manuscrits dans un grenier ou une cabane. Machado était l’un de ces très rares poètes capables de combler les lacunes de l’antique manuscrit de la Terre. Bien sûr, ma mission avait autant de chance de réussir que si j’avais décidé de marcher sur la Lune. Très simplement, j’étais tenu de l’accomplir. Car Machado m’avait découvert au cœur de ma maladie l’hiver dernier et donné le courage de survivre. Ce n’est pas moi qui l’ai découvert, il a trébuché sur mon lit de camp dans une chambre austère et froide, avant de me sommer, dans mon profond inconfort, d’au moins promener les chiens le matin. La vie est faite de petits riens. (…)
Les splendides vins de la région produits par le Domaine la Tour Vieille ont réduit à néant les douleurs de la goutte et atténué ma détresse, incapable que j’étais de mettre la main sur la valise des poèmes de Machado. Je me suis agenouillé devant sa tombe sous une pluie froide et je lui ai dit que je faisais de mon mieux. La tombe était jonchée de fleurs fraîches et de poèmes dont la pluie diluait l’encre, si bien que les mots liquéfiés imprégnaient la terre, atteignant peut-être les os du poète enterré dessous.
Quand Jim Harrison découvre qu’il est atteint d’un diabète de type deux, il le soigne en marchant une heure par bouteille de vin bue :
Depuis un certain temps déjà, je m’entraîne à la fois physiquement et mentalement en vue d’une nouvelle tentative pour gravir les montagnes proches de Collioure, en France, à la recherche de la fameuse valise de poèmes perdus par Antonio Machado, même si récemment de nombreux événements de ma vie ont comploté contre cette noble mission.
D’Un sacré gueuleton, je retiens aussi ceci :
Un monde entièrement nouveau s’est ouvert à moi un après-midi où il n’y avait pas école, lorsqu’un ami m’a montré comment faire l’amour à une génisse en montant sur un tabouret de laitière.
Comme l’a dit Emily Dickinson, « vivre est si stupéfiant que cela laisse peu de temps pour autre chose ».
Voilà des années que je procède à une enquête informelle mais ambitieuse parmi les jeunes, me demandant pourquoi ils écoutent durant des dizaines de milliers d’heures du rock bruyant surtout du genre heavy metal. Mes conclusions tombent sous le sens : cette musique est un anesthésiant efficace qui aide à faire disparaître la réalité. Elle ressemble en ce sens à la consommation de fast-food, qui revient à enfourner la pompe à essence dans votre bouche pour un plein express.
Les hommes qui apprennent à cuisiner commencent souvent par le barbecue, peut-être parce qu’ils font griller de la viande sur le feu depuis deux ou trois cent mille ans. Bien sûr, les femmes en sont tout aussi capables, mais elles doivent se dire : Laissons ce gros con se débrouiller tout seul, j’en ai marre de faire tout le temps la cuisine.
Enfin cet extrait de son poème Le temps :
Je pensais que le problème
c’était l’espace, la distance infinie
qui me sépare de la jolie serveuse
qui s’étire au-dessus du comptoir du diner
pour remplir d’eau la machine à café,
mais je sais maintenant que c’est le temps
dont à chaque instant
le sourire galactique
m’atrophie.



