Dernières notes
Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
10 août 2026
Cette fois elle a définitivement quitté la copropriété, la vieille voisine du duplex d’en face de ma chambre, celle qui un jour a balancé ses affaires par la fenêtre. Au fil des mois, j’ai assisté à sa déchéance physique et mentale. Combien de fois l’ai-je vue ramenée chez elle par les pompiers ou par des touristes l’ayant trouvée errant dans la rue. Parfois, elle se contentait de parcourir le jardin à la recherche de ses deux chats (le nom de son préféré Chat Pristi). Depuis que je suis ici, j’ai dû venir au secours de deux vieilles voisines, l’une tombée sous le porche, l’autre tombée devant sa porte (toutes deux sont mortes peu après). Cette troisième aura évité la chute qu’à la voir tanguer sans sa canne, je craignais pour elle. Autrefois, quand elle allait bien, elle ne manquait aucun spectacle de danse à l’Opéra de Rouen. Ces derniers temps, des infirmières passaient tous les jours et parfois une amie à elle, encore plus âgée, la visitait. Cette amie venait me parler quand elle me voyait sur le banc. « Je fais pour elle ce que je n’ai pas fait pour ma mère », m’a-t-elle confié. La dernière fois, elle m’a dit que le diagnostic était désormais établi : « C’est bien Alzheimer ». Sur l’ascenseur de la station de métro Palais de Justice Gisèle Halimi, une affiche pour Septembre Mauve rappelle qu’il y a un million quatre cent mille personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer en France et zéro guérison.
Il n’y a donc plus qu’un chat au jardin, celui du jeune couple ayant désormais un bébé que j’entends parfois pleurer quand je lis. C’est peu de bruit comparé à celui que faisait la tribu qui vivait avant eux dans cet appartement du rez-de-chaussée situé à gauche du banc. À droite de ce banc, l’appartement de rez-de-chaussée autrefois occupé par les chiens Abrutus et Aboyus est lui aussi redevenu calme. Nul n’y habite. Il a été transformé en local professionnel. Quatre jeunes hommes y sont assis devant des ordinateurs en journée. Dans les deux logements loués via Air Bibi défilent des familles le plus souvent étrangères ne générant pas de nuisances sonores. Le troisième Air Bibi, celui situé derrière ma salle de bains, a réintégré la location courante. Un homme seul y dort certaines nuits, que je n’entends pas du tout. Le soir, quand je lis sur le banc du jardin jusqu’à l’arrivée de la nuit, j’ai parfois l’impression d’être le seul occupant de cet ancien monastère.
*
Deux livres pour moi cette semaine au Bibliovore, Lettres à Colette de Sido (Phébus) et une étrangeté : Les voyages extraordinaires de L. Moreau Gottschalk pianiste et aventurier (Éditions Pierre-Marcel Fabre). J’avais vu ce dernier la semaine précédente dans le bac des arrivages, sans l’ouvrir, le prenant pour un roman en raison de son titre. La sympathique libraire l’ayant mis cette semaine au rayon Voyages, j’ai vu qu’il n’en était rien. Il s’agit du récit par lui-même des pérégrinations en Amérique du Nord et du Sud du musicien compositeur chef d’orchestre Louis Moreau Gottschalk, dont je découvre l’existence mouvementée grâce à ses lettres et journaux ordonnés par Serge Berthier. Un énorme livre que je lis aux terrasses des cafés rouennais. Six euros pour ces deux ouvrages. Comme je venais d’en vendre six kilos, ils ne m’ont rien coûté.
*
Si j’étais encore à cette période heureuse, où comme de 17 à 20 ans, les brillantes illusions de la jeunesse vous emmènent d’un vol rapide sur leurs ailes panachées, où un seul regard de l’objet aimé, une seule pression de sa main vous remplit d’extases, je ne doute pas que je serais tombé amoureux de beaucoup des charmantes créatures qui honoraient de leur beauté les rangées de loges du théâtre à chacun de mes concerts. (Louis Moreau Gottschalk)
*
Le même un peu plus tard :
Corps souple, démarche serpentine, épaules magnifiques, nues ou presque, sa robe légère était ouverte sur sa poitrine dorée.
Je me suis perdu, dear nina hermosa, dans le noir profond de tes grands yeux. Ô faible nature humaine.
Il n’y a donc plus qu’un chat au jardin, celui du jeune couple ayant désormais un bébé que j’entends parfois pleurer quand je lis. C’est peu de bruit comparé à celui que faisait la tribu qui vivait avant eux dans cet appartement du rez-de-chaussée situé à gauche du banc. À droite de ce banc, l’appartement de rez-de-chaussée autrefois occupé par les chiens Abrutus et Aboyus est lui aussi redevenu calme. Nul n’y habite. Il a été transformé en local professionnel. Quatre jeunes hommes y sont assis devant des ordinateurs en journée. Dans les deux logements loués via Air Bibi défilent des familles le plus souvent étrangères ne générant pas de nuisances sonores. Le troisième Air Bibi, celui situé derrière ma salle de bains, a réintégré la location courante. Un homme seul y dort certaines nuits, que je n’entends pas du tout. Le soir, quand je lis sur le banc du jardin jusqu’à l’arrivée de la nuit, j’ai parfois l’impression d’être le seul occupant de cet ancien monastère.
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Deux livres pour moi cette semaine au Bibliovore, Lettres à Colette de Sido (Phébus) et une étrangeté : Les voyages extraordinaires de L. Moreau Gottschalk pianiste et aventurier (Éditions Pierre-Marcel Fabre). J’avais vu ce dernier la semaine précédente dans le bac des arrivages, sans l’ouvrir, le prenant pour un roman en raison de son titre. La sympathique libraire l’ayant mis cette semaine au rayon Voyages, j’ai vu qu’il n’en était rien. Il s’agit du récit par lui-même des pérégrinations en Amérique du Nord et du Sud du musicien compositeur chef d’orchestre Louis Moreau Gottschalk, dont je découvre l’existence mouvementée grâce à ses lettres et journaux ordonnés par Serge Berthier. Un énorme livre que je lis aux terrasses des cafés rouennais. Six euros pour ces deux ouvrages. Comme je venais d’en vendre six kilos, ils ne m’ont rien coûté.
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Si j’étais encore à cette période heureuse, où comme de 17 à 20 ans, les brillantes illusions de la jeunesse vous emmènent d’un vol rapide sur leurs ailes panachées, où un seul regard de l’objet aimé, une seule pression de sa main vous remplit d’extases, je ne doute pas que je serais tombé amoureux de beaucoup des charmantes créatures qui honoraient de leur beauté les rangées de loges du théâtre à chacun de mes concerts. (Louis Moreau Gottschalk)
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Le même un peu plus tard :
Corps souple, démarche serpentine, épaules magnifiques, nues ou presque, sa robe légère était ouverte sur sa poitrine dorée.
Je me suis perdu, dear nina hermosa, dans le noir profond de tes grands yeux. Ô faible nature humaine.
6 août 2026
Une température supportable pour aller voir ce mercredi si Paris au mois d’août ressemble toujours à Paris au mois d’août. Dans la voiture Trois du sept heures vingt-six, le hasard m’a attribué ma place préférée (la Vingt-Sept). Il reste des places libres (les vacances), dont celle d’à côté. Ma jeune voisine d’outre-couloir est seule également. Elle met son gilet sur ses jambes nues puis s’endort. J’ai pour lecture On s’est déjà vu quelque part ? de Nuala O’Faolain. Le sous-titre en est Les mémoires accidentels d’une femme de Dublin. Ne voilà-t-il pas qu’il pleut à Mantes-la-Jolie. Cet imprévu me décide à opter pour la prudence et le métro Neuf jusqu’à la station Voltaire. Point d’embouteillage sur le pont d’Asnières, peu de monde dans les escaliers mécaniques, pareillement dans la rame de métro et boulevard Voltaire, Paris est bien au mois d’août.
Chez Justin étant en congé, je m’installe, trois quarts d’heure avant l’ouverture de Re-Read, sous l’auvent de Chez Papa, face à Raviolis Maman, pour un café verre d’eau lecture à deux euros soixante. Je n’ai jamais eu peur jusqu’au jour où, à l’âge de onze ans, je suis allée voir Le Messie au Théâtre Royal, et qu’un homme m’a mis la main sous la jupe et m’a fait mal avec ses doigts.
Aucun livre pour moi chez Re-Read, dont le voisin, Cyclable, affiche une fermeture définitive. Même pas un dont je pourrais dire : Je l’aurais pris si je ne l’avais déjà. La clientèle est rare et la jolie vendeuse, pas vue depuis longtemps, s’occupe en dessinant un panneau à mettre sur le trottoir. « C’est atelier arts plastiques », ne lui dis-je pas (elle pourrait se vexer).
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle rue Ledru-Rollin (la sécheresse). J’arrive chez Book-Off à l’ouverture. Il y a la climatisation dans cette boutique mais elle n’est pas en marche (économie). En conséquence, il fait bien plus chaud qu’à l’extérieur et cela nuit à ma concentration. « Attends, maman elle va prendre un autre dernier livre », dit une femme à son six sept ans (son je a disparu depuis l’accouchement). « Toi, t’aimes trop les livres », remarque judicieusement le moutard. Elle n’est pas la seule. Je ressors avec six livres à un euro : Aphorismes de Charles Baudelaire ((Arléa), Portrait nu de Christine Aventin (Cercle Poche), Les vents de Mario Vargas Llosa (L’Herne), Call-Boy d’Ishida Ira (Philippe Picquier), Je n’ai plus besoin de moi de Jean-Luc Coudray (Atelier de l’agneau) et Au Bonheur des Lettres, recueil de courriers historiques, inattendus et farfelus rassemblés par Shaun Usher (Livre de Poche), étrange Livre de Poche, lourd et énorme (jamais vu ça).
Chez Au Diable des Lombards, la gentille serveuse n’est pas là. « En vacances en Sardaigne », me dit son collègue. Je choisis le camembert au miel et la pièce de bœuf frites salade.
La chaleur n’est pas une surprise au sous-sol du Book-Off de Saint-Martin. Y tournent trois ventilateurs peu efficaces. Je priorise le rayon Littérature à un euro d’où j’extrais cinq ouvrages : Chère madame ma fille cadette de Raphaële Billetdoux (Grasset), Flaubert, sa nièce et la gouvernante anglaise de Jacques Bonnet (Slatkine), À travers tous les miroirs d’Ursula Priess (Zoé), J’irai chanter sur vos tombes - Vian et Le Déserteur de Marc Dufaud (Invenit) et Tombeau pour un excentrique d’Érik Bullot (Quidam éditeur).
Me sentant poisseux, j’abrège mon tour, remonte à la surface et rejoins L’Opportun. C’est une jeune femme inconnue qui m’y accueille. Un jeune homme inconnu est derrière le comptoir. « Ça a changé de direction ? » demandé-je au cuisinier quand il apporte mon café. Effectivement. Les serveurs sont partis. Lui est resté. Un peu plus tard, je l’entends se plaindre des anciens auprès des nouveaux (ils le méprisaient). Je poursuis ma lecture des mémoires de Nuala O’Faolain, un livre publié dans la collection de poche de Sabine Wespieser, dont je n’aurais pas connu l’existence sans mes bookoffiages du mercredi. Devant moi déjeune tardivement une jeune anglophone au crâne rasé. Entre deux plats, elle photographie des livres en français qu’elle vient d’acheter chez Boulinier, parmi lesquels Vénus Erotica d’Anaïs Nin. Dans ce bistroquet devenu chinois, le café est toujours à deux euros cinquante.
Sur une banquette de la Gare Saint-Lazare, je poursuis ma lecture en attendant le seize heures quarante pour Rouen. À ma droite, un jeune homme à la peau noire répète à son téléphone qu’on est dans la main de Dieu. « On n’a pas le choix, il faut affronter. »
Chez Justin étant en congé, je m’installe, trois quarts d’heure avant l’ouverture de Re-Read, sous l’auvent de Chez Papa, face à Raviolis Maman, pour un café verre d’eau lecture à deux euros soixante. Je n’ai jamais eu peur jusqu’au jour où, à l’âge de onze ans, je suis allée voir Le Messie au Théâtre Royal, et qu’un homme m’a mis la main sous la jupe et m’a fait mal avec ses doigts.
Aucun livre pour moi chez Re-Read, dont le voisin, Cyclable, affiche une fermeture définitive. Même pas un dont je pourrais dire : Je l’aurais pris si je ne l’avais déjà. La clientèle est rare et la jolie vendeuse, pas vue depuis longtemps, s’occupe en dessinant un panneau à mettre sur le trottoir. « C’est atelier arts plastiques », ne lui dis-je pas (elle pourrait se vexer).
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle rue Ledru-Rollin (la sécheresse). J’arrive chez Book-Off à l’ouverture. Il y a la climatisation dans cette boutique mais elle n’est pas en marche (économie). En conséquence, il fait bien plus chaud qu’à l’extérieur et cela nuit à ma concentration. « Attends, maman elle va prendre un autre dernier livre », dit une femme à son six sept ans (son je a disparu depuis l’accouchement). « Toi, t’aimes trop les livres », remarque judicieusement le moutard. Elle n’est pas la seule. Je ressors avec six livres à un euro : Aphorismes de Charles Baudelaire ((Arléa), Portrait nu de Christine Aventin (Cercle Poche), Les vents de Mario Vargas Llosa (L’Herne), Call-Boy d’Ishida Ira (Philippe Picquier), Je n’ai plus besoin de moi de Jean-Luc Coudray (Atelier de l’agneau) et Au Bonheur des Lettres, recueil de courriers historiques, inattendus et farfelus rassemblés par Shaun Usher (Livre de Poche), étrange Livre de Poche, lourd et énorme (jamais vu ça).
Chez Au Diable des Lombards, la gentille serveuse n’est pas là. « En vacances en Sardaigne », me dit son collègue. Je choisis le camembert au miel et la pièce de bœuf frites salade.
La chaleur n’est pas une surprise au sous-sol du Book-Off de Saint-Martin. Y tournent trois ventilateurs peu efficaces. Je priorise le rayon Littérature à un euro d’où j’extrais cinq ouvrages : Chère madame ma fille cadette de Raphaële Billetdoux (Grasset), Flaubert, sa nièce et la gouvernante anglaise de Jacques Bonnet (Slatkine), À travers tous les miroirs d’Ursula Priess (Zoé), J’irai chanter sur vos tombes - Vian et Le Déserteur de Marc Dufaud (Invenit) et Tombeau pour un excentrique d’Érik Bullot (Quidam éditeur).
Me sentant poisseux, j’abrège mon tour, remonte à la surface et rejoins L’Opportun. C’est une jeune femme inconnue qui m’y accueille. Un jeune homme inconnu est derrière le comptoir. « Ça a changé de direction ? » demandé-je au cuisinier quand il apporte mon café. Effectivement. Les serveurs sont partis. Lui est resté. Un peu plus tard, je l’entends se plaindre des anciens auprès des nouveaux (ils le méprisaient). Je poursuis ma lecture des mémoires de Nuala O’Faolain, un livre publié dans la collection de poche de Sabine Wespieser, dont je n’aurais pas connu l’existence sans mes bookoffiages du mercredi. Devant moi déjeune tardivement une jeune anglophone au crâne rasé. Entre deux plats, elle photographie des livres en français qu’elle vient d’acheter chez Boulinier, parmi lesquels Vénus Erotica d’Anaïs Nin. Dans ce bistroquet devenu chinois, le café est toujours à deux euros cinquante.
Sur une banquette de la Gare Saint-Lazare, je poursuis ma lecture en attendant le seize heures quarante pour Rouen. À ma droite, un jeune homme à la peau noire répète à son téléphone qu’on est dans la main de Dieu. « On n’a pas le choix, il faut affronter. »
3 août 2026
C’est le plus souvent pour rien que je fais le samedi matin le tour de la brocante du Clos Saint-Marc. Aussi en ce premier jour d’août y vais-je avec peu d’enthousiasme.
En quoi j’ai tort car Olivier, le sympathique bouquiniste à catogan, propose sur ses tables tous les poches à un euro et le reste à cinq euros. Parmi ce reste, le gros numéro rouge Sade de la revue Obliques (Éditions Borderie) et l’édition grand format de Poupée Blonde de Patrick Modiano et Pierre Le-Tan (Pol).
Une autre bonne surprise m’attend un peu plus loin. Le nommé Frédéric qui tient également boutique de brocanteur rue aux Ours a déballé ici plusieurs cartons de livres de premier choix. Je ne suis évidemment pas le seul autour de ce gisement. L’un y prélève tous les Bouquins Laffont. Ça en fait une vingtaine qu’il emporte contre cent vingt euros. De mon côté, je mets la main sur le Molinier de l’éditeur suisse Bernard Letu (que j’ai déjà), le numéro Léo Malet des Cahiers du Silence publié par Kesselring en mil neuf cent septante-quatre, le petit Seghers Humour Erik Satie par Ornella Volta et le petit Seghers Poètes d’aujourd’hui Louis Scutenaire par Raoul Vaneigem, l’auteur du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations paru l’année d’avant Mai Soixante-Huit et que j’ai lu au début des années soixante-dix, Vaneigem qui vient de mourir à Barcelone âgé de quatre-vingt-douze ans. Un livre trouvé au bon moment. Pas facile de discuter prix avec ce vendeur. J’emporte le tout pour vingt-cinq euros.
De retour à mon logis, j’ouvre Léo Malet au jardin, un ouvrage richement illustré dans lequel l’écrivain passé par moult petits métiers raconte sa vie. Comme le dimanche je vendais Le Libertaire au marché, à la banque on a trouvé que cela ne cadrait pas avec mon emploi : on m’a renvoyé. Y sont présentées quelques-unes des lettres énervées qu’il écrivait quand il était mécontent de ce qu’il entendait à la radio ou à la télé. L’une a pour destinataire Jacques Brel qui avait dit des âneries sur la Bande à Bonnot à la radio quand il jouait Raymond la Science dans le film de Philippe Fourastié. Mon exemplaire est truffé d’articles de journaux consacré à l’auteur de romans policiers, dont ceux parus à sa mort. « Léo Malet casse sa pipe », c’est le titre sans surprise de Libération.
« Cléo, viens-là ! », crie une mère dépassée par sa descendance au Son du Cor où, en début d’après-midi de ce même samedi, je lis Gabriële (elle aurait dû la prénommer Fléau. « Fléau, viens ici ! »). Gabriële, c’est l’histoire de la femme de Picabia (et amante de Duchamp) racontée par ses arrière-petites-filles Anne et Claire Berest. On y voit Francis et Marcel en chemin pour Rouen dans l’une des automobiles du premier, arrêtés, menottés et interrogés pendant plus de dix heures par la maréchaussée qui les a pris, Duchamp pour Raymond la Science et Picabia pour Jules Bonnot. Une lecture que je poursuis au premier rang de la terrasse des Floralies devant laquelle passe une mignonne petite fille (toutes ne méritent pas de s’appeler Fléau), laquelle demande à sa mère : « C’est comment pour sortir de la ville ? ».
« Alors ? Est-ce qu’elle n’est pas formidable cette ville ? », demande le lendemain midi un bicycliste à un trio qui l’attend devant le Son du Cor. « Vous avez vu l’aître Saint-Maclou ? Non ? Vous osez vous présenter sans avoir vu l’aître Saint-Maclou ! » Ce quadragénaire en culotte courte est notre Maire, Nicolas Mayer-Rossignol. Je poursuis la lecture du livre des sœurs Berest. Gabriële Buffet-Picabia est morte en mil neuf cent quatre-vingt-cinq à cent quatre ans dans un appartement presque vide. Elle ne fermait plus sa porte. Des clochards venaient se servir dans son frigo. D’autres venaient la délester de ses tableaux de Picabia et de Picasso, des dessins de Duchamp, des lettres d’Apollinaire, de ses bijoux fabriqués par Calder. Rien n’a pas été retrouvé.
Je monte ensuite à la Gare imprimer mes billets de train pour Paris en passant par l’allée Eugène-Delacroix. Les cages à écureuil métalliques sont maintenant recouvertes d’une végétation abondante partiellement fleurie. Ce qui est fort joli mais ne suffit pas à diminuer la température.
*
Lessines, où est né Raoul Vaneigem, lui a rendu hommage. Dans cette petite ville belge sont également nés René Magritte et Louis Scutenaire. Pas mal.
En quoi j’ai tort car Olivier, le sympathique bouquiniste à catogan, propose sur ses tables tous les poches à un euro et le reste à cinq euros. Parmi ce reste, le gros numéro rouge Sade de la revue Obliques (Éditions Borderie) et l’édition grand format de Poupée Blonde de Patrick Modiano et Pierre Le-Tan (Pol).
Une autre bonne surprise m’attend un peu plus loin. Le nommé Frédéric qui tient également boutique de brocanteur rue aux Ours a déballé ici plusieurs cartons de livres de premier choix. Je ne suis évidemment pas le seul autour de ce gisement. L’un y prélève tous les Bouquins Laffont. Ça en fait une vingtaine qu’il emporte contre cent vingt euros. De mon côté, je mets la main sur le Molinier de l’éditeur suisse Bernard Letu (que j’ai déjà), le numéro Léo Malet des Cahiers du Silence publié par Kesselring en mil neuf cent septante-quatre, le petit Seghers Humour Erik Satie par Ornella Volta et le petit Seghers Poètes d’aujourd’hui Louis Scutenaire par Raoul Vaneigem, l’auteur du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations paru l’année d’avant Mai Soixante-Huit et que j’ai lu au début des années soixante-dix, Vaneigem qui vient de mourir à Barcelone âgé de quatre-vingt-douze ans. Un livre trouvé au bon moment. Pas facile de discuter prix avec ce vendeur. J’emporte le tout pour vingt-cinq euros.
De retour à mon logis, j’ouvre Léo Malet au jardin, un ouvrage richement illustré dans lequel l’écrivain passé par moult petits métiers raconte sa vie. Comme le dimanche je vendais Le Libertaire au marché, à la banque on a trouvé que cela ne cadrait pas avec mon emploi : on m’a renvoyé. Y sont présentées quelques-unes des lettres énervées qu’il écrivait quand il était mécontent de ce qu’il entendait à la radio ou à la télé. L’une a pour destinataire Jacques Brel qui avait dit des âneries sur la Bande à Bonnot à la radio quand il jouait Raymond la Science dans le film de Philippe Fourastié. Mon exemplaire est truffé d’articles de journaux consacré à l’auteur de romans policiers, dont ceux parus à sa mort. « Léo Malet casse sa pipe », c’est le titre sans surprise de Libération.
« Cléo, viens-là ! », crie une mère dépassée par sa descendance au Son du Cor où, en début d’après-midi de ce même samedi, je lis Gabriële (elle aurait dû la prénommer Fléau. « Fléau, viens ici ! »). Gabriële, c’est l’histoire de la femme de Picabia (et amante de Duchamp) racontée par ses arrière-petites-filles Anne et Claire Berest. On y voit Francis et Marcel en chemin pour Rouen dans l’une des automobiles du premier, arrêtés, menottés et interrogés pendant plus de dix heures par la maréchaussée qui les a pris, Duchamp pour Raymond la Science et Picabia pour Jules Bonnot. Une lecture que je poursuis au premier rang de la terrasse des Floralies devant laquelle passe une mignonne petite fille (toutes ne méritent pas de s’appeler Fléau), laquelle demande à sa mère : « C’est comment pour sortir de la ville ? ».
« Alors ? Est-ce qu’elle n’est pas formidable cette ville ? », demande le lendemain midi un bicycliste à un trio qui l’attend devant le Son du Cor. « Vous avez vu l’aître Saint-Maclou ? Non ? Vous osez vous présenter sans avoir vu l’aître Saint-Maclou ! » Ce quadragénaire en culotte courte est notre Maire, Nicolas Mayer-Rossignol. Je poursuis la lecture du livre des sœurs Berest. Gabriële Buffet-Picabia est morte en mil neuf cent quatre-vingt-cinq à cent quatre ans dans un appartement presque vide. Elle ne fermait plus sa porte. Des clochards venaient se servir dans son frigo. D’autres venaient la délester de ses tableaux de Picabia et de Picasso, des dessins de Duchamp, des lettres d’Apollinaire, de ses bijoux fabriqués par Calder. Rien n’a pas été retrouvé.
Je monte ensuite à la Gare imprimer mes billets de train pour Paris en passant par l’allée Eugène-Delacroix. Les cages à écureuil métalliques sont maintenant recouvertes d’une végétation abondante partiellement fleurie. Ce qui est fort joli mais ne suffit pas à diminuer la température.
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Lessines, où est né Raoul Vaneigem, lui a rendu hommage. Dans cette petite ville belge sont également nés René Magritte et Louis Scutenaire. Pas mal.
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