Un ciel gris, un peu de vent, une douce température, ainsi se présente le premier jeudi de septembre tandis que je monte jusqu’à l’église. Ty Coz et L’Apéroz ouvrent heureusement tôt. « Il y a du monde encore », constate la clientèle habituelle. Le monde, c’est les touristes dont je suis pour l’instant le seul représentant. Il est huit heures. Un livreur de farine de blé noir pousse un diable lourdement chargé jusqu’à la crêperie Les Calculots. J’ouvre Lettres à sa femme du Marquis de Sade. À la table voisine, on se titille avant d’aller travailler : « Vous êtes toutes pareilles, vous les femmes. Pour qu’il vous intéresse, il faut qu’un mec soit beau. Alors que nous les hommes, on s’en fout de la beauté. Il suffit que vous soyez intelligentes et que vous ayez du cœur », dit l’un. « Du cœur à l’ouvrage ? » répond l’une.
Je rejoins l’Hôtel de Ville pour prendre le bus TilT de neuf heures dix dont le terminus est Trégastel. Il n’indique pas ses arrêts. Je demande à son aimable chauffeur de me faire descendre à Carrefour de Ploumanac’h. Que des touristes dans ce bus qui longe la côte. Nous passons à La Clarté où par coïncidence est en villégiature un de ma connaissance. Nous croiserons-nous ?
L’arrêt Carrefour de Ploumanac’h est assez loin du centre de ce bourg qui fait partie de Perros-Guirec. Je passe devant le Parc des Sculptures et prends la direction du Port. C’est un port à seuil avec une partie à flot et une partie à l’échouage. De là, je prends le Géherre, traverse le Parc de la Bastille et arrive à la Plage de Saint-Guirec connue pour son oratoire. Au-dessus de cette plage sont les commerces et les restaurants. Le Mao est toujours là. J’y réserve une table et poursuis le sentier qui révèle alors ses curiosités : le phare, la chapelle, la cabane du douanier et tous ces rochers plus ou moins roses, certains en forme de dé, de bouteille et tutti. Je ne suis pas seul sur ce sentier où j’ai marché autrefois bien accompagné. Ploumanac’h est le Plus Beau Village de France deux mille quinze. Cela lui vaut un million de visiteurs par an, des marcheurs à bâtons, des chiens, des poussettes et des couples de beaufs à ticheurte « Farniente » ou « Amour toujours » et à la conversation indigente. Lorsque je reviens sur mes pas commencent à arriver les groupes sortis des cars. Il est onze heures.
Je prends place à la terrasse du Cabestan pour un café verre d’eau à deux euros. La clientèle est celle du sentier. « Bon, qu’est-ce qui nous reste à faire ? » demande l’un à sa femme. « Le Gouffre », lui répond-elle. C’est dans la commune de Plougrescant, la petite maison entre les deux rochers, un autre lieu parasité par la foule. À côté de moi s’installe un couple à chien. « Tais-toi imbécile », dis-je à ce dernier quand il se met à aboyer. « C’est normal qu’il aboie, me dit l’homme, c’est une bête. » Ce mot « bête » prononcé avec l’accent belge fait ma joie.
Malheureusement, Le Mao n’est plus ce qu’il était. Finie la profusion de plats à petit prix. Désormais, c’est un mélange de crêperie, de saladerie, de burgueurerie et de moulerie. Je me rabats sur la formule à dix-sept euros : saucisse bretonne et far breton. J’ai une table en terrasse, en bois brut verni, avec un petit banc du même tonneau posé sur les graviers, sous un parasol rouge en plastique recyclé. L’animation est offerte par un sexagénaire qui bascule en arrière à peine assis sur son banc. Plus de peur que de mal, comme on dit. On lui apporte un fauteuil. Hier, au Bistrot de la Rade, on affichait « produits locaux et de saison, tout est fait maison et avec amour ». On ne peut pas en dire autant chez Le Mao. Rarement j’ai mangé une aussi médiocre saucisse et un aussi piètre far.
Sorti de là, je m’installe à la dernière table libre du Ty Jovic, un bar tabac un peu caché à l’intérieur du bourg. La voisine d’en face rentre chez elle après avoir récupéré la clé sous la poubelle jaune. Je lis un bon moment après un café à un euro quatre-vingts.
Vers quatorze heures trente, je repars en direction du Port par la rue des Pêcheurs. Un banc m’accueille face aux deux moulins à marées. Le seul bus pour rentrer est à seize heures trente-neuf. J’ai du temps pour lire tout en regardant ce qui se passe. Chez les marcheurs à bâtons, comme chez les bicyclistes, l’homme est devant, la femme derrière.
Vers seize heures, craignant la pluie, je me rapproche de l’arrêt Carrefour de Ploumanac’h en allant me poser à une table de pique-nique à côté du Parc des Sculptures. Celles que je vois de mon refuge sont des mochetés.
« Je n’arrivais pas à dépasser les vélos », me dit le même aimable chauffeur que ce matin quand le bus arrive avec dix minutes de retard. J’en descends à l’arrêt Le Linkin. Il me reste la côte à monter et me voici revenu dans mon logis Air Bibi.
*
Le point commun entre Sade et Proust : un serviteur nommé Albaret. Le Marquis traitait le sien de bardache. « Garçon dont les débauchés abusent », dit la note infrapaginale.
Je rejoins l’Hôtel de Ville pour prendre le bus TilT de neuf heures dix dont le terminus est Trégastel. Il n’indique pas ses arrêts. Je demande à son aimable chauffeur de me faire descendre à Carrefour de Ploumanac’h. Que des touristes dans ce bus qui longe la côte. Nous passons à La Clarté où par coïncidence est en villégiature un de ma connaissance. Nous croiserons-nous ?
L’arrêt Carrefour de Ploumanac’h est assez loin du centre de ce bourg qui fait partie de Perros-Guirec. Je passe devant le Parc des Sculptures et prends la direction du Port. C’est un port à seuil avec une partie à flot et une partie à l’échouage. De là, je prends le Géherre, traverse le Parc de la Bastille et arrive à la Plage de Saint-Guirec connue pour son oratoire. Au-dessus de cette plage sont les commerces et les restaurants. Le Mao est toujours là. J’y réserve une table et poursuis le sentier qui révèle alors ses curiosités : le phare, la chapelle, la cabane du douanier et tous ces rochers plus ou moins roses, certains en forme de dé, de bouteille et tutti. Je ne suis pas seul sur ce sentier où j’ai marché autrefois bien accompagné. Ploumanac’h est le Plus Beau Village de France deux mille quinze. Cela lui vaut un million de visiteurs par an, des marcheurs à bâtons, des chiens, des poussettes et des couples de beaufs à ticheurte « Farniente » ou « Amour toujours » et à la conversation indigente. Lorsque je reviens sur mes pas commencent à arriver les groupes sortis des cars. Il est onze heures.
Je prends place à la terrasse du Cabestan pour un café verre d’eau à deux euros. La clientèle est celle du sentier. « Bon, qu’est-ce qui nous reste à faire ? » demande l’un à sa femme. « Le Gouffre », lui répond-elle. C’est dans la commune de Plougrescant, la petite maison entre les deux rochers, un autre lieu parasité par la foule. À côté de moi s’installe un couple à chien. « Tais-toi imbécile », dis-je à ce dernier quand il se met à aboyer. « C’est normal qu’il aboie, me dit l’homme, c’est une bête. » Ce mot « bête » prononcé avec l’accent belge fait ma joie.
Malheureusement, Le Mao n’est plus ce qu’il était. Finie la profusion de plats à petit prix. Désormais, c’est un mélange de crêperie, de saladerie, de burgueurerie et de moulerie. Je me rabats sur la formule à dix-sept euros : saucisse bretonne et far breton. J’ai une table en terrasse, en bois brut verni, avec un petit banc du même tonneau posé sur les graviers, sous un parasol rouge en plastique recyclé. L’animation est offerte par un sexagénaire qui bascule en arrière à peine assis sur son banc. Plus de peur que de mal, comme on dit. On lui apporte un fauteuil. Hier, au Bistrot de la Rade, on affichait « produits locaux et de saison, tout est fait maison et avec amour ». On ne peut pas en dire autant chez Le Mao. Rarement j’ai mangé une aussi médiocre saucisse et un aussi piètre far.
Sorti de là, je m’installe à la dernière table libre du Ty Jovic, un bar tabac un peu caché à l’intérieur du bourg. La voisine d’en face rentre chez elle après avoir récupéré la clé sous la poubelle jaune. Je lis un bon moment après un café à un euro quatre-vingts.
Vers quatorze heures trente, je repars en direction du Port par la rue des Pêcheurs. Un banc m’accueille face aux deux moulins à marées. Le seul bus pour rentrer est à seize heures trente-neuf. J’ai du temps pour lire tout en regardant ce qui se passe. Chez les marcheurs à bâtons, comme chez les bicyclistes, l’homme est devant, la femme derrière.
Vers seize heures, craignant la pluie, je me rapproche de l’arrêt Carrefour de Ploumanac’h en allant me poser à une table de pique-nique à côté du Parc des Sculptures. Celles que je vois de mon refuge sont des mochetés.
« Je n’arrivais pas à dépasser les vélos », me dit le même aimable chauffeur que ce matin quand le bus arrive avec dix minutes de retard. J’en descends à l’arrêt Le Linkin. Il me reste la côte à monter et me voici revenu dans mon logis Air Bibi.
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Le point commun entre Sade et Proust : un serviteur nommé Albaret. Le Marquis traitait le sien de bardache. « Garçon dont les débauchés abusent », dit la note infrapaginale.



