Point de gobelet pour l’allongé à la boulangerie, je me contente d’un expresso. Pas moyen de faire une photo, la batterie de l’appareil est déchargée. Pas de livre pour moi dans la boîte à livres en forme de cabine de plage au-dessus de celle de Saint-Jean (quelqu’un y offre ses Séries Noires). Pas de « Bonjour monsieur, c’est mercredi » quand je passe le haut de la butte. Pas de Gaëlle pour m’apporter le café chez Ty Gamalou (elle a une fille d’où ce congé hebdomadaire). Pas d’averse, c’est une bonne nouvelle, mais ça ne va peut-être pas durer. Ce qui ne va pas durer, à coup sûr, c’est ma lecture du Journal de Lewis Carroll : J’ai dû m’évanouir à la fin du service du matin car je me suis retrouvé une heure plus tard, sur le sol du chœur ; et je m’étais probablement cogné le nez contre le prie-dieu, car il avait énormément saigné.
Après mon tour du port, je poursuis mon effort au Bistrot de la Mouette. Marie est là pour apporter mon expresso verre d’eau. Soudain l’averse qu’on n’attendait plus se déclenche qui oblige l’équipe de tournage du film à mettre des sortes de casquettes en plastique coloré aux projecteurs installés sur le quai.
Cette ondée est terminée quand je rejoins le Port Rhu. Le problème avec ses restaurants à menus du jour, c’est que ceux-ci sont aux deux tiers les mêmes que ceux de la veille. J’échoue donc à la crêperie Le Brise-Glace où je commande une crêpe chorizo à quatre euros cinquante puis celles du menu breton à treize euros quatre-vingt-dix : une crêpe saucisse tomme du Névet et fondue d’oignons et une crêpe aux pommes caramélisées. Je déjeune seul à l’étage à une demi-table de fenêtre.
Ce mirifique repas terminé, j’ai largement le temps d’ouvrir la porte de la boîte à livres de la place d’où partent les bus et qui sert parfois de lieu de stockage aux affaires du mendiant de Carrefour City. À l’intérieur, cette plaque : « Après 60 années de service devant l’Hôtel de Ville de Falmouth, traditionnelle Phone Box offerte à la ville de Douarnenez en gage d’amitié par Eric Dawkins en 1992. Sa rénovation a demandé 2 années à Mike Booney. » Deux années ? Quand on voit l’état dans lequel elle est. Aussi dégradée que le bateau-phare. J’y trouve un gros Folio : Fin de combat de Karl Ove Knausgaard. Jamais entendu parler de cet auteur norvégien, bien qu’il ait eu le prix Médicis essai en deux mille vingt. J’apprends qu’il ne s’agit que d’un sixième de son « incroyable entreprise autobiographique ». Ça m’a l’air fort intéressant.
Je rejoins les Sables Blancs où je prends un premier café au Gwell Mad, encore en compagnie de Lewis Carroll : Prononcé un discours à l’école secondaire, devant les grandes, les anciennes élèves et les parents. C’est un grand honneur que d’être invité à leur parler des réalités de la vie. puis un second café à Villa Cornic où une buveuse de bière découvrant les transats (d’ailleurs au nom d’une marque de bière, la seule faute de goût de l’endroit) déclare : « On se croirait trop comme à la maison. » J’ai un œil sur mon livre et un œil sur la plage. C’est ainsi qu’à l’entrée de celle-ci, je vois venir Gaëlle et sa fille. Nous nous saluons de loin de la main.
Le vingt-trois décembre mil huit cent quatre-vingt-dix-sept, Lewis Carroll écrit : Je pars pour Guildford aujourd’hui par le train de 2 heures 07. Ce sont les derniers mots de son Journal. Il y meurt de la grippe, le quatorze janvier mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, à l’âge de soixante-cinq ans.
*
Je me suis fait un non. (Georges Perros)
Après mon tour du port, je poursuis mon effort au Bistrot de la Mouette. Marie est là pour apporter mon expresso verre d’eau. Soudain l’averse qu’on n’attendait plus se déclenche qui oblige l’équipe de tournage du film à mettre des sortes de casquettes en plastique coloré aux projecteurs installés sur le quai.
Cette ondée est terminée quand je rejoins le Port Rhu. Le problème avec ses restaurants à menus du jour, c’est que ceux-ci sont aux deux tiers les mêmes que ceux de la veille. J’échoue donc à la crêperie Le Brise-Glace où je commande une crêpe chorizo à quatre euros cinquante puis celles du menu breton à treize euros quatre-vingt-dix : une crêpe saucisse tomme du Névet et fondue d’oignons et une crêpe aux pommes caramélisées. Je déjeune seul à l’étage à une demi-table de fenêtre.
Ce mirifique repas terminé, j’ai largement le temps d’ouvrir la porte de la boîte à livres de la place d’où partent les bus et qui sert parfois de lieu de stockage aux affaires du mendiant de Carrefour City. À l’intérieur, cette plaque : « Après 60 années de service devant l’Hôtel de Ville de Falmouth, traditionnelle Phone Box offerte à la ville de Douarnenez en gage d’amitié par Eric Dawkins en 1992. Sa rénovation a demandé 2 années à Mike Booney. » Deux années ? Quand on voit l’état dans lequel elle est. Aussi dégradée que le bateau-phare. J’y trouve un gros Folio : Fin de combat de Karl Ove Knausgaard. Jamais entendu parler de cet auteur norvégien, bien qu’il ait eu le prix Médicis essai en deux mille vingt. J’apprends qu’il ne s’agit que d’un sixième de son « incroyable entreprise autobiographique ». Ça m’a l’air fort intéressant.
Je rejoins les Sables Blancs où je prends un premier café au Gwell Mad, encore en compagnie de Lewis Carroll : Prononcé un discours à l’école secondaire, devant les grandes, les anciennes élèves et les parents. C’est un grand honneur que d’être invité à leur parler des réalités de la vie. puis un second café à Villa Cornic où une buveuse de bière découvrant les transats (d’ailleurs au nom d’une marque de bière, la seule faute de goût de l’endroit) déclare : « On se croirait trop comme à la maison. » J’ai un œil sur mon livre et un œil sur la plage. C’est ainsi qu’à l’entrée de celle-ci, je vois venir Gaëlle et sa fille. Nous nous saluons de loin de la main.
Le vingt-trois décembre mil huit cent quatre-vingt-dix-sept, Lewis Carroll écrit : Je pars pour Guildford aujourd’hui par le train de 2 heures 07. Ce sont les derniers mots de son Journal. Il y meurt de la grippe, le quatorze janvier mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, à l’âge de soixante-cinq ans.
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Je me suis fait un non. (Georges Perros)



