Depuis quelques jours, quand j'ouvre les yeux au réveil, ou la nuit quand je vais aux toilettes, j’ai une tache noire dans chaque œil, laquelle disparaît ensuite. Ce mardi, la première chose que je fais, c’est d’envoyer un mail à la secrétaire du boss de l’usine ophtalmologique rouennaise. Un rendez-vous est-il nécessaire avant celui annuel de décembre prochain ? Ce qui est sûr, c’est que j’ai lieu d’être inquiet.
Inquiet, je ne le suis heureusement plus pour celle qui redoutait que ce soit malin. Un examen médical a révélé que c’est bénin. Elle peut fêter son anniversaire avec légèreté ce mardi seize juin.
Sous une petite mouillasse, je parcours le chemin côtier jusqu’à Ty Gamalou, déçu de n’avoir pas eu mon mardi souhaité bon, le simplet n’étant pas à sa fenêtre lors de mon passage. Le sourire de Gaëlle est là quand elle m’apporte un expresso verre d’eau. En face, loin là-bas, je discerne avec mes yeux en péril la plage du Ris où j’étais hier. Je peux apprécier la méchante côte que j’ai dû vaincre avant d’atteindre le sentier boisé menant aux maisonnettes des Plomar’ch. L’une d’elles est visible au creux d’un bouquet d’arbres. J’avance dans Histoire d’un Allemand.
Au-dessus du quai et au bout de celui-ci est un imposant bâtiment rose qui attire le regard. Je monte aujourd’hui le voir de plus près. Il s’agit de l’ancien Abri du Marin bâti par la volonté d’un certain Jacques de Thézac pour éduquer les gens de mer, améliorer leurs conditions de vie et les détourner de l’alcool. C’est aujourd’hui un bâtiment privé divisé en appartements. Sur sa façade restée intacte : « Aimez-vous les uns les autres ». Je suis à peu près sûr que c’est cette inscription qui a inspiré à Georges Perros son Aimez-vous les uns les autres et foutez-moi la paix.
Le Bistrot de la Mouette est en congé pour la semaine. Aux Loups des Mers est ouvert. Sa délicieuse serveuse à crop top m’apporte un nouveau café verre d’eau au moment où Axelle Red chante sa sang-sue a-li-tée.
Ce mardi midi au Flimiou, c’est crevettes mayonnaise, brochette de poulet riz sauce tartare et panna cotta citron avec coulis de fruits rouges. Un duo dans le cinéma est à ma gauche où l’on ne parle que travail. C’est surtout elle qui s’exprime, une monteuse qui ne cesse de dérusher.
Je suis seul avec le chauffeur dans le minibus Un. Une femme l’attend au Bon Coin. Elle demande si elle peut payer avec sa carte bancaire n’ayant pas un euro en poche. C’est beaucoup attendre des minibus de Douarnenez qui déjà sont incapables d’annoncer leurs arrêts. Le chauffeur la laisse monter sans payer « pour cette fois ».
À une table haute du Gwell Mad je bois un diabolo menthe en lisant Histoire d’un Allemand, puis poursuis avec un café sur la pelouse de Villa Cornic où Faustine explique le métier à son nouvel employé, un débutant dont je suis le premier client. Nous autres, les anonymes, sommes tout au plus les objets de l’histoire, les pions que les joueurs d’échecs poussent, laissent en plan, sacrifient et massacrent, et dont la vie, en admettant qu’ils en aient une, se déroule sans la moindre relation avec ce qu’il advient d’eux sur l’échiquier où ils se trouvent sans le savoir. écrit Sebastian Haffner.
*
J’ai une excellente mémoire. Je ne retiens presque rien. (George Perros)
Inquiet, je ne le suis heureusement plus pour celle qui redoutait que ce soit malin. Un examen médical a révélé que c’est bénin. Elle peut fêter son anniversaire avec légèreté ce mardi seize juin.
Sous une petite mouillasse, je parcours le chemin côtier jusqu’à Ty Gamalou, déçu de n’avoir pas eu mon mardi souhaité bon, le simplet n’étant pas à sa fenêtre lors de mon passage. Le sourire de Gaëlle est là quand elle m’apporte un expresso verre d’eau. En face, loin là-bas, je discerne avec mes yeux en péril la plage du Ris où j’étais hier. Je peux apprécier la méchante côte que j’ai dû vaincre avant d’atteindre le sentier boisé menant aux maisonnettes des Plomar’ch. L’une d’elles est visible au creux d’un bouquet d’arbres. J’avance dans Histoire d’un Allemand.
Au-dessus du quai et au bout de celui-ci est un imposant bâtiment rose qui attire le regard. Je monte aujourd’hui le voir de plus près. Il s’agit de l’ancien Abri du Marin bâti par la volonté d’un certain Jacques de Thézac pour éduquer les gens de mer, améliorer leurs conditions de vie et les détourner de l’alcool. C’est aujourd’hui un bâtiment privé divisé en appartements. Sur sa façade restée intacte : « Aimez-vous les uns les autres ». Je suis à peu près sûr que c’est cette inscription qui a inspiré à Georges Perros son Aimez-vous les uns les autres et foutez-moi la paix.
Le Bistrot de la Mouette est en congé pour la semaine. Aux Loups des Mers est ouvert. Sa délicieuse serveuse à crop top m’apporte un nouveau café verre d’eau au moment où Axelle Red chante sa sang-sue a-li-tée.
Ce mardi midi au Flimiou, c’est crevettes mayonnaise, brochette de poulet riz sauce tartare et panna cotta citron avec coulis de fruits rouges. Un duo dans le cinéma est à ma gauche où l’on ne parle que travail. C’est surtout elle qui s’exprime, une monteuse qui ne cesse de dérusher.
Je suis seul avec le chauffeur dans le minibus Un. Une femme l’attend au Bon Coin. Elle demande si elle peut payer avec sa carte bancaire n’ayant pas un euro en poche. C’est beaucoup attendre des minibus de Douarnenez qui déjà sont incapables d’annoncer leurs arrêts. Le chauffeur la laisse monter sans payer « pour cette fois ».
À une table haute du Gwell Mad je bois un diabolo menthe en lisant Histoire d’un Allemand, puis poursuis avec un café sur la pelouse de Villa Cornic où Faustine explique le métier à son nouvel employé, un débutant dont je suis le premier client. Nous autres, les anonymes, sommes tout au plus les objets de l’histoire, les pions que les joueurs d’échecs poussent, laissent en plan, sacrifient et massacrent, et dont la vie, en admettant qu’ils en aient une, se déroule sans la moindre relation avec ce qu’il advient d’eux sur l’échiquier où ils se trouvent sans le savoir. écrit Sebastian Haffner.
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J’ai une excellente mémoire. Je ne retiens presque rien. (George Perros)



