Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

Après lecture des Mémoires de Nell Kimball

8 mars 2022


Depuis le deuxième confinement beaucoup de mes ami(e)s Effe Bé ont quasiment déserté ce réseau social, mais il me sert toujours à m’informer, notamment sur ce qui se publie ici ou là. C’est ainsi que sur la page des Belles Lettres, je découvre que cet éditeur publie Mémoires d'une maîtresse américaine de Nell Kimball et que ce livre soulève l’enthousiasme de Philippe Jaenada qui écrit :
En 2021, j'ai lu un livre qui m'a sidéré. Mémoires d'une maîtresse américaine est une sorte de journal, la vie - vraie - d'une femme née, en 1854, dans la boue, puis fille de maison close, enfin patronne. C'est signé Nell Kimball (un pseudo, on ne connaît pas son vrai nom), et je crois que je n'ai rien lu de plus profond, de plus fort, de plus sage, de plus émouvant et déconcertant depuis vingt ans. Au moins.
De quoi me donner envie de les lire à mon tour. Ce pourquoi je regarde si ce livre est disponible d’occasion chez Rakuten et le trouve à petit prix dans une édition précédente faite en mil neuf cent soixante-dix-huit par Jean-Claude Lattès avec comme sous-titre L’Histoire d’une maison close aux Etats-Unis 1880-1917.
Je n’emploierais pas les superlatifs de Jaenada mais la lecture de ce livre, au vocabulaire on ne peut plus cru, me réjouit, dont je retiens ceci :
J’étais chauffée à blanc et gonflée d’intrépidité. Je savais ce que je voulais. Il avait ouvert ma robe et me pétrissait les seins de la main qui lui restait, et je ne pensais pas à celle qu’il avait perdue. Il me caressa les pointes, puis les prit dans sa bouche, et j’ouvris les lèvres en grognant de plaisir. Je n’avais jamais rien éprouvé de pareil, c’était merveilleux, extraordinaire. Je l’entourai de mes bras, il me coucha sous lui, finit de me déshabiller, baissa son pantalon et mit son engin à l’air – et là, je me sentis toute bête, interdite : j’étais déçue, je m’attendais à voir un gros machin noir, grand comme l’étalon Jackson. J’avançai la main pour toucher : ça avait la consistance du caoutchouc durci. C’était vivant, ça bougeait sous mes doigts, j’étais dans tous mes états. Je n’avais que quatorze ans, mais j’étais bien développée et j’avais une belle touffe de poil blond doré sur ma motte. Charlie se mit à promener ses doigts, doucement d’abord puis plus vite, ses doigts puis sa bite sur mon trou. Je criai : « Charlie, Charlie ! » avec son engin brûlant qui me battait les cuisses. Je le pris pour le rentrer – et ça s’est fait tout seul, tellement j’en voulais.
(…) Je n’étais pas non plus très vierge : il y avait belle lurette que ma membrane était partie sur un manche de brosse ou un bout de bois de clôture.
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Elle était spécialisée dans le spectacle outré – c’était un mot nouveau pour moi – comme attraper avec les lèvres de sa vulve des pièces que les clients posaient sur le rebord d’une table.
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Vous ne pouvez pas savoir à quel point ils pouvaient être sinistres et cafardeux, ces millionnaires, industriels du meuble, chargeurs et autres négociants en grain, sur le coup de deux heures du matin, dans le lit d’une pute à vingt dollars avec la pluie qui bat les vitres comme des pois secs, et qu’il faut se rhabiller et rentrer à la maison.
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En un sens, la nature a joué un vilain tour à l’homme en lui collant en même temps sur le dos un besoin et une angoisse.
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Les gens qui ratent leur vie sexuelle ratent en général tout le reste, sauf quand ils remplacent le sexe par la course au pouvoir.
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Je ne connais rien de plus triste qu’un homme sur sa fin qui traîne son machin flasque en évoquant le bon temps où ça se dressait et où ça partait tout seul.
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En ce qui concerne les putains, j’ai connu des filles de bonne famille qui se faisaient ramoner pour une pincée de cocaïne ou une giclée de whisky frelaté.
                                                                    *
A l’issue de ma lecture, un doute m’habite. Je me pose des questions sur l’authenticité de ces mémoires. Aucune allusion à cette question n’est faite par les deux éditeurs français mais à lire la seule page Ouiquipédia consacrée à Nell Kimball, rédigée en allemand, il semble possible, voire probable, que ce soit un faux, comme me l’apprend la traduction de Gougueule :
« James L. Wunsch a publié une critique dans le Journal of Social History (Oxford University Press) en 1972, dans laquelle il exprimait à la fois de sérieux doutes quant à l'authenticité des mémoires et se demandait si Nell Kimball avait vécu. D'une part, des passages sont repris presque textuellement des œuvres d'Herbert Asbury Gangs of New York (1927), The French Quarter (1936), The Barbary Coast (1933) et The Gem of the Prairie (1940), d'autre part il y a des inexactitudes historiques. »
                                                                  *
Nous sommes le huit mars, Journée Internationale des Droits des Femmes.  A cette occasion, apprends-je via Effe Bé, se tient à Lyon, place des Terreaux, un rassemblement auquel entendent se joindre des prostitué(e)s du lieu dont le slogan est « Pas de féminisme sans les putes ».
 


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