Il arrive que le carillon se donne à entendre hors du traditionnel concert du samedi matin. C’est le cas ce samedi à quatorze heures vingt alors que je me dirige vers mon café lecture. Le carillonneur joue Comme de bien entendu, un air qui ne doit être reconnu que par les plus vieux des passants du parvis de la Cathédrale.
Je trouve place à l’une de mes tables préférées et mon café bu ouvre la biographie d’Honoré de Balzac signée Pierre Sipriot. Au temps où l’écrivain se lançait dans sa ruineuse affaire d’imprimerie, Alfred de Vigny le voyait ainsi : Un jeune homme très sale, très maigre, très bavard, s’embrouillant dans ce qu’il disait et écumant en parlant parce que toutes ses dents d’en haut manquaient à sa bouche trop humide.
Ma bourgeoise voisine raconte à sa semblable amie qu’elle est allée au Printemps pour acheter un parfum citron caviar avec vingt-cinq pour cent de réduction pour la Saint-Valentin. Elle parle pendant une heure de son nouvel appartement dans la rue Thouret, le déménagement, le vase du dix-septième cassé, les travaux prévus, etc. « Bon, et toi ? », demande-elle enfin. « Oh, rien de nouveau ». Elle est inscrite sur une application de rencontres et vient d’avoir deux déceptions, un qui est arrivé avec son cigarillo, un qui lui a envoyé une photo de son torse nu. « Ta fille, elle cherche aussi ? » « Oui, elle est en contact avec quelqu’un depuis plus d’un an. » « Elle l’a rencontré ? » « Non. »
Un trio occupe une autre table, dont un restaurateur du coin qui déclare tranquillement que lorsqu’il va au cinéma à Évreux il se gare avec une carte d’handicapé. « C’est celle de Franck. Je l’ai photocopiée et plastifiée. Il est pas au courant. C’est tentant toutes ces places en bleu. T’en vois beaucoup, toi, des handicapés au cinéma ? »
Sont là aussi deux Cauchoises de passage. « Qui eût cru qu’on aurait venu à Rouen », se réjouit l’une avant de se plaindre de sa corpulence : « Quand t’as des enfants, tout ça, tu peux pas retourner à une taille hyper fine. » « Non, t’en garde toujours. »
Comme de bien entendu, ce n’est pas encore cette fois que je vais sortir d’ici avec une bonne opinion des autochtones.
Avant de refermer la bio de Balzac, je note ceci, cité par Pierre Sipriot, de Benjamin Constant en mil huit cent treize : Il y a deux sortes de barbarie, l’une qui précède les siècles éclairés, l’autre qui leur succède. A n’en pas douter, nous sommes dans la seconde branche de l’alternative.
*
Au Marché du Clos Saint-Marc, ce dimanche matin, je me procure une part de couscous à la rôtisserie des Trois Rivières et un neufchâtel Le Cœur Normand à une fromagerie sans nom.
Par la faute des émissions religieuses de France Culture, j’écoute la matinale de France Inter et me réjouis de l’absence ce jour de l’insupportable Ali Baddou. François-Régis Gaudry y parle du neufchâtel, « une très bonne idée de cadeau pour la Saint-Valentin » avec François Olivier, le fromager rouennais de la rue de l'Hôpital. Il conclut en prétendant qu’il faut prononcer « neuffechâtel » et non pas « neuchâtel ». Comme de mal entendu.
Je trouve place à l’une de mes tables préférées et mon café bu ouvre la biographie d’Honoré de Balzac signée Pierre Sipriot. Au temps où l’écrivain se lançait dans sa ruineuse affaire d’imprimerie, Alfred de Vigny le voyait ainsi : Un jeune homme très sale, très maigre, très bavard, s’embrouillant dans ce qu’il disait et écumant en parlant parce que toutes ses dents d’en haut manquaient à sa bouche trop humide.
Ma bourgeoise voisine raconte à sa semblable amie qu’elle est allée au Printemps pour acheter un parfum citron caviar avec vingt-cinq pour cent de réduction pour la Saint-Valentin. Elle parle pendant une heure de son nouvel appartement dans la rue Thouret, le déménagement, le vase du dix-septième cassé, les travaux prévus, etc. « Bon, et toi ? », demande-elle enfin. « Oh, rien de nouveau ». Elle est inscrite sur une application de rencontres et vient d’avoir deux déceptions, un qui est arrivé avec son cigarillo, un qui lui a envoyé une photo de son torse nu. « Ta fille, elle cherche aussi ? » « Oui, elle est en contact avec quelqu’un depuis plus d’un an. » « Elle l’a rencontré ? » « Non. »
Un trio occupe une autre table, dont un restaurateur du coin qui déclare tranquillement que lorsqu’il va au cinéma à Évreux il se gare avec une carte d’handicapé. « C’est celle de Franck. Je l’ai photocopiée et plastifiée. Il est pas au courant. C’est tentant toutes ces places en bleu. T’en vois beaucoup, toi, des handicapés au cinéma ? »
Sont là aussi deux Cauchoises de passage. « Qui eût cru qu’on aurait venu à Rouen », se réjouit l’une avant de se plaindre de sa corpulence : « Quand t’as des enfants, tout ça, tu peux pas retourner à une taille hyper fine. » « Non, t’en garde toujours. »
Comme de bien entendu, ce n’est pas encore cette fois que je vais sortir d’ici avec une bonne opinion des autochtones.
Avant de refermer la bio de Balzac, je note ceci, cité par Pierre Sipriot, de Benjamin Constant en mil huit cent treize : Il y a deux sortes de barbarie, l’une qui précède les siècles éclairés, l’autre qui leur succède. A n’en pas douter, nous sommes dans la seconde branche de l’alternative.
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Au Marché du Clos Saint-Marc, ce dimanche matin, je me procure une part de couscous à la rôtisserie des Trois Rivières et un neufchâtel Le Cœur Normand à une fromagerie sans nom.
Par la faute des émissions religieuses de France Culture, j’écoute la matinale de France Inter et me réjouis de l’absence ce jour de l’insupportable Ali Baddou. François-Régis Gaudry y parle du neufchâtel, « une très bonne idée de cadeau pour la Saint-Valentin » avec François Olivier, le fromager rouennais de la rue de l'Hôpital. Il conclut en prétendant qu’il faut prononcer « neuffechâtel » et non pas « neuchâtel ». Comme de mal entendu.



