En ce jour plus ou moins férié du Huit Mai, je sors de chez moi à sept heures moins le quart. Je passe par-dessus la Seine via le pont Boieldieu et traverse un quartier Saint-Sever quasiment désert. J’y croise seulement quelques jeunes hommes seuls en m’efforçant de ne pas leur trouver un air louche. Je suis plus tranquille quand, après l’église, je marche dans des rues tout aussi désertes mais ayant meilleure réputation.
C’est ainsi que j’arrive rue Saint-Julien où se tient le vide-greniers annuel sur toute sa longueur, avec un appendice place de la Fraternité. Une partie des exposants ne sont pas encore installés. Aux stands des plus rapides, je ne m’attends pas à trouver des merveilles. Je n'y découvre même pas un livre qui pourrait devenir mien. Un second passage n’est pas nécessaire.
Je rejoins le quartier Saint-Sever devenu moins inquiétant, prends le pont Corneille et à moitié de celui-ci tourne à droite dans l’île Lacroix que je n’ai plus l’occasion de fréquenter depuis que je n’ai plus de voiture à y garer. Un vide-greniers inhabituel s’y tient, tout au bout, dans le parc Jacques-Chastellain. Pour l’atteindre, je longe la Seine par un sentier de randonnée dont on trouve le départ sur la gauche peu après le café. J’y croise évidemment quelques chiens attachés à des humains. Il y a par là un lieu de stockage de campingne-caristes. À l’entrée du parc, des kayakistes se préparent à aller ramer. Quant aux exposants de ce nouveau vide-grenier, annoncés cinquante, leur nombre ne dépasse pas dix dont deux trop loin pour que j’aille voir leur marchandise. Aucun livre n’est là pour moi.
Je m’apprête à rejoindre le sentier pédestre lorsqu’un bonjour féminin m’arrête. C’est une agente spécialisée des écoles maternelles avec qui j’ai travaillé quand elle débutait dans le métier et dont j’ai eu la fille dans ma classe. Si je me souviens de son prénom à elle, j’ai oublié celui de mon ancienne élève. « J’en ai eu beaucoup », lui dis-je en guise d’excuse. Cette ancienne élève travaille à la crèche du Céhachu. Sa mère est toujours en école maternelle. Comme je lui dis que je ne connais pas les nouvelles et nouveaux enseignants de maternelle, elle me dit que ça a bien changé, que ce n’est plus du tout la même chose. Je ne lui en demande pas davantage.
Il est neuf heures quinze lorsque je retrouve mon logis. De bon matin, sous le soleil, j’ai marché durant deux heures et demie sans pratiquement m’arrêter. Au cours de mon circuit, j’ai ouvert cinq boîtes à livres, deux sur la rive droite, deux sur la rive gauche, une sur l’île Lacroix. Parmi ces cinq, trois étaient vides et deux contenaient en petite quantité de la vieille daube.
*
Ce qui devait arriver est arrivé : la bouquinerie rouennaise Les Mondes Magiques, c’est fini. « J'ai décidé d'arrêter mon activité ou plutôt de la pratiquer différemment via internet et salons ou déballages et de mettre le bail de la boutique en vente. ».
Pour le bouquiniste, deux responsables : « l'arrivée d'une franchise de marque concurrente et les travaux de la rue qui ont duré un bon moment. »
La franchise de marque concurrente, c’est Le Bibliovore (oh, la vilaine). Les travaux de la rue qui ont duré un bon moment sont terminés depuis un bon moment. Il ne se plaint plus de la concurrence d’Internet puisqu’il va en devenir un acteur.
Ce qu’il ne met pas en cause, c’est lui-même. Son incapacité à entretenir avec ses clients une relation chaleureuse et enrichissante. Son incapacité à tenir sa boutique en ordre (combien de fois, alléché par un message annonçant une rentrée exceptionnelle d’ouvrages dans les domaines qui m’intéressent, ai-je trouvé ces acquisitions entassées sur le sol avec impossibilité d’y voir quoi que ce soit).
Son bail impose une activité de librairie ou de salon de thé. Qui sera assez téméraire pour relancer une activité de bouquiniste dans un lieu boudé du public ? Quant au salon de thé, il serait tout petit et il y en a déjà tellement en ville. Concrètement, cela veut dire que la vente n’est pas faite.
C’est ainsi que j’arrive rue Saint-Julien où se tient le vide-greniers annuel sur toute sa longueur, avec un appendice place de la Fraternité. Une partie des exposants ne sont pas encore installés. Aux stands des plus rapides, je ne m’attends pas à trouver des merveilles. Je n'y découvre même pas un livre qui pourrait devenir mien. Un second passage n’est pas nécessaire.
Je rejoins le quartier Saint-Sever devenu moins inquiétant, prends le pont Corneille et à moitié de celui-ci tourne à droite dans l’île Lacroix que je n’ai plus l’occasion de fréquenter depuis que je n’ai plus de voiture à y garer. Un vide-greniers inhabituel s’y tient, tout au bout, dans le parc Jacques-Chastellain. Pour l’atteindre, je longe la Seine par un sentier de randonnée dont on trouve le départ sur la gauche peu après le café. J’y croise évidemment quelques chiens attachés à des humains. Il y a par là un lieu de stockage de campingne-caristes. À l’entrée du parc, des kayakistes se préparent à aller ramer. Quant aux exposants de ce nouveau vide-grenier, annoncés cinquante, leur nombre ne dépasse pas dix dont deux trop loin pour que j’aille voir leur marchandise. Aucun livre n’est là pour moi.
Je m’apprête à rejoindre le sentier pédestre lorsqu’un bonjour féminin m’arrête. C’est une agente spécialisée des écoles maternelles avec qui j’ai travaillé quand elle débutait dans le métier et dont j’ai eu la fille dans ma classe. Si je me souviens de son prénom à elle, j’ai oublié celui de mon ancienne élève. « J’en ai eu beaucoup », lui dis-je en guise d’excuse. Cette ancienne élève travaille à la crèche du Céhachu. Sa mère est toujours en école maternelle. Comme je lui dis que je ne connais pas les nouvelles et nouveaux enseignants de maternelle, elle me dit que ça a bien changé, que ce n’est plus du tout la même chose. Je ne lui en demande pas davantage.
Il est neuf heures quinze lorsque je retrouve mon logis. De bon matin, sous le soleil, j’ai marché durant deux heures et demie sans pratiquement m’arrêter. Au cours de mon circuit, j’ai ouvert cinq boîtes à livres, deux sur la rive droite, deux sur la rive gauche, une sur l’île Lacroix. Parmi ces cinq, trois étaient vides et deux contenaient en petite quantité de la vieille daube.
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Ce qui devait arriver est arrivé : la bouquinerie rouennaise Les Mondes Magiques, c’est fini. « J'ai décidé d'arrêter mon activité ou plutôt de la pratiquer différemment via internet et salons ou déballages et de mettre le bail de la boutique en vente. ».
Pour le bouquiniste, deux responsables : « l'arrivée d'une franchise de marque concurrente et les travaux de la rue qui ont duré un bon moment. »
La franchise de marque concurrente, c’est Le Bibliovore (oh, la vilaine). Les travaux de la rue qui ont duré un bon moment sont terminés depuis un bon moment. Il ne se plaint plus de la concurrence d’Internet puisqu’il va en devenir un acteur.
Ce qu’il ne met pas en cause, c’est lui-même. Son incapacité à entretenir avec ses clients une relation chaleureuse et enrichissante. Son incapacité à tenir sa boutique en ordre (combien de fois, alléché par un message annonçant une rentrée exceptionnelle d’ouvrages dans les domaines qui m’intéressent, ai-je trouvé ces acquisitions entassées sur le sol avec impossibilité d’y voir quoi que ce soit).
Son bail impose une activité de librairie ou de salon de thé. Qui sera assez téméraire pour relancer une activité de bouquiniste dans un lieu boudé du public ? Quant au salon de thé, il serait tout petit et il y en a déjà tellement en ville. Concrètement, cela veut dire que la vente n’est pas faite.



