Troisième et dernière étape de mon exploration de la vallée du Vallespir, Céret, ville chérie par les peintres du vingtième siècle et dont le monument le plus important est à l’entrée, quand on vient de Perpignan, visible depuis le car, le Pont du Diable. Son unique arche de pierre de quarante-cinq mètres d'ouverture résiste depuis le quatorzième siècle aux crues du Tech.
Dans le car liO Cinq Cent Trente de huit heures dix sont une dizaine d’élèves de Première et leur professeur de gestion qui vont passer un concours oral au Lycée Agricole Beausoleil. Je descends comme eux à l’arrêt Rond-point des Toréadors d’où je marche jusqu’au centre du bourg qui a vu passer bien des peintres : Pablo Picasso, Georges Braque, Juan Gris, Chaïm Soutine, André Masson, Marc Chagall et cetera.
J’arrive précisément placette André-Masson derrière le Musée d’Art Moderne dont je m’exonère de la visite car on y voit pas mal d’œuvres cubistes et je n’aime pas ça, par ailleurs on n’y trouve pas d’œuvre majeure, et surtout il fait trop beau pour s’enfermer. Je me balade dans les rues étroites après y être entré par l’imposante Porte de France derrière laquelle se cache la Médiathèque Ludovic Massé. Cet écrivain libertaire, qui signa avec Henry Poulaille le Manifeste du Groupe des Écrivains Prolétariens, vécut à Céret. Je passe par l’Église et par la place des Neuf Jets et sa fontaine du même nom puis ressors par la Porte d’Espagne. À côté est la place Picasso, où se trouve une sculpture fontaine faite en son hommage d’après un de ses dessins La Sardane de la paix.
Le cœur de Céret est cerné de boulevards à platanes géants, une sorte d’Uzès en plus petit. L’atmosphère y est la même. La terrasse du Grand Café sur le boulevard entre la Porte de France et le Musée d’Art Moderne est là pour m’accueillir. Le café sous les platanes n’y coûte qu’un euro soixante et la clientèle est locale. Après deux jours d’abstinence, je reprends Casanova. Voltaire n’aurait pas pu aller à l’immortalité avec le nom d’Arouet. On lui aurait interdit l’entrée du temple lui fermant la porte au nez. Lui-même se serait avilit s’entendant toujours appelé à rouer. D’Alembert ne serait pas devenu illustre et célèbre sous le nom de Lerond. On peut trouver des contre-exemples. Marcel Proust pour n’en citer qu’un. Certes Casanova ne pouvait pas le connaître.
Pour déjeuner, c’est presque en face, à une autre terrasse sous les arbres, celle du Glacier Restaurant Le France. Samossas aux légumes sauce fromage blanc aux herbes, pavé de rumsteck sauce aux morilles et son écrasé de pommes de terre, brownie au chocolat, le tout pour dix-neuf euros. Une grosse terrasse et une grosse affluence, dont deux longues tablées de collègues, mais le service efficace me permet d’être à treize heures de retour au Grand Café.
Pour prendre le quatorze heures cinq du retour, je rejoins le rond-point des Toréadors au centre duquel est érigée la fière statue de l’un d’eux avec inscrit sur son socle « Aux toréadors du monde ». Il y a tellement de monde pour prendre ce car que le chauffeur est obligé de compter les places libres avant de faire monter. Ça rentre mais tout juste. Un médiateur présent ne comprend pas cette affluence. J’ai une hypothèse : l’explosion du prix des carburants. Rester au pied du car et devoir attendre le suivant dans une heure, c’est ma crainte. Qui ne m’empêche pas à l’arrivée à Perpignan de faire recharger ma carte dix voyages pour quinze euros.
*
La Sardane de la paix a été dessinée par Pablo Picasso le vingt septembre mil neuf cent cinquante-trois, jour de Fête de Saint-Ferréol, au Grand Café où, après avoir assisté à une corrida, il avait rejoint une réception organisée en son honneur par le Parti Communiste.
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A Céret il y a également un Musée de la Musique. Le compositeur Déodat de Séverac est mort dans cette ville (le Lycée porte son nom). Autre résidant compositeur, bien vivant, Pascal Comelade.
*
Pas loin de l’Office du Tourisme, Ivre de Livres, un bouquiniste du genre pleurnichard. Une affichette en vitrine compare le prix de ses livres d’extérieur (un euro) avec ceux d’un voyage en car liO, de L’Indépendant, d’un timbre-poste, d’une baguette ordinaire et d’un café au bar, en précisant que son prix à lui (un euro) n’a pas bougé depuis dix ans. Les livres d’extérieur non plus je suppose (qui en voudrait ?). Ils seront encore là dans dix ans, au même prix. S’il ne fait pas faillite avant.
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Impossible d’échapper aux jeux de mots avec un nom de bourg pareil. Exemple : le torréfacteur Un Café Céret.
Dans le car liO Cinq Cent Trente de huit heures dix sont une dizaine d’élèves de Première et leur professeur de gestion qui vont passer un concours oral au Lycée Agricole Beausoleil. Je descends comme eux à l’arrêt Rond-point des Toréadors d’où je marche jusqu’au centre du bourg qui a vu passer bien des peintres : Pablo Picasso, Georges Braque, Juan Gris, Chaïm Soutine, André Masson, Marc Chagall et cetera.
J’arrive précisément placette André-Masson derrière le Musée d’Art Moderne dont je m’exonère de la visite car on y voit pas mal d’œuvres cubistes et je n’aime pas ça, par ailleurs on n’y trouve pas d’œuvre majeure, et surtout il fait trop beau pour s’enfermer. Je me balade dans les rues étroites après y être entré par l’imposante Porte de France derrière laquelle se cache la Médiathèque Ludovic Massé. Cet écrivain libertaire, qui signa avec Henry Poulaille le Manifeste du Groupe des Écrivains Prolétariens, vécut à Céret. Je passe par l’Église et par la place des Neuf Jets et sa fontaine du même nom puis ressors par la Porte d’Espagne. À côté est la place Picasso, où se trouve une sculpture fontaine faite en son hommage d’après un de ses dessins La Sardane de la paix.
Le cœur de Céret est cerné de boulevards à platanes géants, une sorte d’Uzès en plus petit. L’atmosphère y est la même. La terrasse du Grand Café sur le boulevard entre la Porte de France et le Musée d’Art Moderne est là pour m’accueillir. Le café sous les platanes n’y coûte qu’un euro soixante et la clientèle est locale. Après deux jours d’abstinence, je reprends Casanova. Voltaire n’aurait pas pu aller à l’immortalité avec le nom d’Arouet. On lui aurait interdit l’entrée du temple lui fermant la porte au nez. Lui-même se serait avilit s’entendant toujours appelé à rouer. D’Alembert ne serait pas devenu illustre et célèbre sous le nom de Lerond. On peut trouver des contre-exemples. Marcel Proust pour n’en citer qu’un. Certes Casanova ne pouvait pas le connaître.
Pour déjeuner, c’est presque en face, à une autre terrasse sous les arbres, celle du Glacier Restaurant Le France. Samossas aux légumes sauce fromage blanc aux herbes, pavé de rumsteck sauce aux morilles et son écrasé de pommes de terre, brownie au chocolat, le tout pour dix-neuf euros. Une grosse terrasse et une grosse affluence, dont deux longues tablées de collègues, mais le service efficace me permet d’être à treize heures de retour au Grand Café.
Pour prendre le quatorze heures cinq du retour, je rejoins le rond-point des Toréadors au centre duquel est érigée la fière statue de l’un d’eux avec inscrit sur son socle « Aux toréadors du monde ». Il y a tellement de monde pour prendre ce car que le chauffeur est obligé de compter les places libres avant de faire monter. Ça rentre mais tout juste. Un médiateur présent ne comprend pas cette affluence. J’ai une hypothèse : l’explosion du prix des carburants. Rester au pied du car et devoir attendre le suivant dans une heure, c’est ma crainte. Qui ne m’empêche pas à l’arrivée à Perpignan de faire recharger ma carte dix voyages pour quinze euros.
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La Sardane de la paix a été dessinée par Pablo Picasso le vingt septembre mil neuf cent cinquante-trois, jour de Fête de Saint-Ferréol, au Grand Café où, après avoir assisté à une corrida, il avait rejoint une réception organisée en son honneur par le Parti Communiste.
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A Céret il y a également un Musée de la Musique. Le compositeur Déodat de Séverac est mort dans cette ville (le Lycée porte son nom). Autre résidant compositeur, bien vivant, Pascal Comelade.
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Pas loin de l’Office du Tourisme, Ivre de Livres, un bouquiniste du genre pleurnichard. Une affichette en vitrine compare le prix de ses livres d’extérieur (un euro) avec ceux d’un voyage en car liO, de L’Indépendant, d’un timbre-poste, d’une baguette ordinaire et d’un café au bar, en précisant que son prix à lui (un euro) n’a pas bougé depuis dix ans. Les livres d’extérieur non plus je suppose (qui en voudrait ?). Ils seront encore là dans dix ans, au même prix. S’il ne fait pas faillite avant.
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Impossible d’échapper aux jeux de mots avec un nom de bourg pareil. Exemple : le torréfacteur Un Café Céret.



