Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

Une relecture : Le Perroquet de Flaubert de Julian Barnes

18 mai 2026


En ce ouiquennede prolongé pluvieux et froid de l’Ascension, c’est à l’intérieur des cafés rouennais que je lis ou plutôt relis Le Perroquet de Flaubert de Julian Barnes publié au Nouveau Cabinet Cosmopolite de Stock en mil neuf cent quatre-vingt-six, deux ans après la parution de l’original anglais Flaubert’s Parrot. Un ouvrage que j’ai trouvé dans une boîte à livres de la ville, un tampon indique qu’il a appartenu à Chantal Monnier 5 Parc du Cailly à Mont-Saint-Aignan.
J’avais tout oublié du médecin retraité Geoffrey Braithwaite, alter ego de l’auteur, en quête du perroquet empaillé emprunté par Flaubert au Muséum d’Histoire Naturelle pour l’écriture d’Un cœur simple.
Ça commence ainsi : Six Nord-Africains jouaient aux boules sous la statue de Flaubert. Des claquements secs résonnaient par-dessus le grondement des embouteillages. Le boulodrome, curieusement petit, existe toujours au pied de la statue de Flaubert… celle qui pleure des larmes de cuivre, avec une cravate molle, un gilet carré, un pantalon trop large, une moustache hirsute, méfiante, lointaine image de l’homme. Flaubert ne regarde pas. Il a les yeux fixés vers le sud, de la place des Carmes vers la cathédrale, au-dessus de la ville qu’il méprisait, et qui en retour l’a bien ignoré. La tête est dressée comme sur la défensive : seuls les pigeons peuvent voir toute la calvitie de l’écrivain.
Depuis vingt-sept ans que j’habite le quartier, je n’ai jamais vu qui que ce soit jouer aux boules aux pieds de Flaubert. Et plus d’embouteillages sur la place des Carmes devenue piétonnière.
Dans ce livre, on trouve aussi la description d’un hôtel aujourd’hui disparu : … j’ai fait un voyage estival à Rouen en août 1982. Je suis descendu à l’hôtel du Nord près du Gros Horloge. Dans un coin de ma chambre, descendant du plafond jusqu’au sol, il y avait une conduite d’évacuation mal isolée qui rugissait toutes les cinq minutes et qui semblaient charrier tous les déchets de l’hôtel. Après le dîner, j’étais allongé sur mon lit et j’écoutais les évacuations gauloises sporadiques. Puis le Gros Horloge a sonné l’heure avec une proximité bruyante et métallique, comme s’il avait été dans ma penderie. Je me suis demandé quelles étaient mes chances de dormir. Je me souviens du slogan publicitaire de cet établissement : « Hôtel du Nord Hôtel où on dort ».
Les statues sont durables, les hôtels non. Le narrateur en est lui-même le témoin quand il part à la recherche de celui où Gustave Flaubert et Louise Colet se retrouvaient à Mantes-la-Jolie, lui venu de Rouen, elle de Paris :
J’ai pris le train à Rouen (rive droite). Il y avait des banquettes en plastique bleu et un avis en quatre langues demandant qu’on ne se penche pas par la fenêtre (…) Près de moi un couple assez âgé lisait dans Paris-Normandie l’histoire d’un charcutier « fou d’amour », qui avait tué une famille de sept personnes. (…)
Comme vous le voyez, j’observais. Un aller simple coûte trente-cinq francs. Le voyage dure un tout petit peu moins d’une heure : la moitié de ce qu’il durait du temps de Flaubert. Le premier arrêt est Oissel, puis Le Vaudreuil « ville nouvelle » ; Gaillon (Aubevoye), avec les entrepôts de Grand Marnier. (…) Vernon puis, à gauche, la Seine très large vous fait pénétrer dans la ville de Mantes.
6, place de la République, il y avait un chantier. On achevait un immeuble ; il montrait déjà l’innocence confiante de l’usurpateur. Le Grand-Cerf ? Oui, effectivement m’ont-ils dit au « tabac », le vieil hôtel était encore là il y a à peu près un an.
                                                                   *
A Hambourg, l’année de la publication de Madame Bovary, on pouvait louer des fiacres dans des buts sexuels ; on les appelait des Bovary. (Julian Barnes Le Perroquet de Flaubert)