Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

Expositions Stéphane Mandelbaum et Isidore Isou au Centre Pompidou

9 mars 2019


A droite l’exposition Stéphane Mandelbaum, en face l’exposition Isidore Isou, qui toutes deux viennent de commencer à l’étage Art Contemporain du Centre Pompidou.
Quand je mets le pied dans la première, je sais que ça va me plaire. Les dessins de grandes dimensions au crayon à mine graphite sur papier dans le style néo expressionniste de Stéphane Mandelbaum, dont j’avais fait la découverte à La Maison Rouge, ont tout pour me plaire.
On commence par ses autoportraits, dont l’un intéresse suffisamment un garçon dans les huit ans pour qu’il se soit assis à ses pieds afin d’en faire une copie sur son cahier. Suivent un portrait de son grand-père survivant de la Shoah, de son père peintre libertaire renommé accompagné de l’inscription « Baise mon cul » en yiddish et orné d’une photographie pornographique elle-même affublée d’une tête de nazi (en revanche, pas de dessin représentant sa mère l’illustratrice de livres pour enfants Pili Mandelbaum). D’autres de personnalités troubles : Arthur Rimbaud, Pier Paolo Pasolini, Francis Bacon, Pierre Goldman (le « juif polonais né en France » et demi-frère de Jean-Jacques). Et ceux intitulés Portrait d’Annie Homosexuel Putain Juive, Portrait von punk tück (Hugo), Portrait d’un con, Der Goebbels. Et d’autres de scènes de bars louches et de bordels. La mère de l’enfant dessinateur vient le chercher avant qu’il en ait terminé, c’est dommage, c’était bien parti. Quelques remarquables peintures au fusain et à la craie sont également présentées, dont La Mort du Pape et Le Nazi, Saint Nicolas, les frères et la grand-mère, ainsi que des carnets de croquis.
Installé dans le quartier de Saint-Gilles à Bruxelles, Stéphane Mandelbaum, fasciné par les mauvais garçons, se mit à fréquenter le quartier de Matonge, épousa Claudia, une jeune Zaïroise dont il reconnut l’enfant, et dédia sa première exposition à un célèbre trafiquant noir. À partir de ce moment, il sera mêlé à diverses affaires crapuleuses, dont la plus célèbre est le vol d’un Modigliani. Elle lui sera fatale. Devenu menaçant quand le commanditaire refusa de lui remettre sa part, il fut assassiné par ses complices au mois de décembre mil neuf cent quatre-vingt-six à l’âge de vingt-cinq ans. Son corps fut abandonné, à demi défiguré par l’acide, dans un terrain vague de la banlieue de Namur. Il sera retrouvé au bout de plus d’un mois par des enfants.
L’un de ses premiers tableaux, réalisé à l'âge de quinze ans, est un autoportrait de l'artiste pendu à un crochet et dont le sexe est mutilé.
Je vais voir en face les œuvres d’Isidore Isou que je connais sans connaître. L’intérêt que je portais autrefois aux artistes d’avant-garde n’est plus. Je regarde ses petits dessins, l’écoute débiter ses poèmes lettristes puis constate avec plaisir qu’il écrivit des érotiques aux couvertures vulgaires pour les éditions Aphrodite. A l’issue, une animatrice invite les visiteurs à participer à la création d’une œuvre « supertemporelle ». Ce sera sans moi.
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Je m’absente une journée et à mon retour constate que l’on a installé des plongeoirs face à ma fenêtre côté ruelle. Dommage que les ouvriers du service des eaux aient rebouché les trous qui auraient pu faire une piscine.
En vérité, cet échafaudage est destiné au ravalement de la façade du bâtiment à pans de bois qui me fait face. L’une des propriétaires m’avait prévenu, s’excusant par avance pour la gêne occasionnée. Il y en a pour deux mois. A la fin, je serai le mieux placé pour en profiter. Comme l’aurait dit Lao-Tseu : La façade d'une maison n'appartient pas à celui qui la possède, mais à celui qui la regarde.