Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

Quelques vacheries signées Delacroix

6 février 2021


Avant de refermer le Journal d’Eugène Delacroix publié chez Plon dans la collection Les Mémorables, ce florilège de délicieux persiflages :
Lundi sept février mil huit cent cinquante-trois : Aujourd’hui, l’insipide et indécente cohue de la fête du Sénat. Aucun ordre, tout le monde pêle-mêle, et dix fois plus d’invités que le local n’en peut contenir. Obligé d’arriver à pied et d’aller de même retrouver ma voiture à Saint-Sulpice… Que de gueux ! que de coquins s’applaudissent dans leurs habits brodés !
Vendredi quinze avril mil huit cent cinquante-trois : Le préfet nous dit ce matin à notre comité, où on débattait une question de cimetière, qu’à propos de l’insuffisance des cimetières de Paris il existait un projet d’un sieur Lamarre ou Delamarre, qui proposait sérieusement d’envoyer les morts en Sologne, ce qui aurait l’avantage de nous en débarrasser et de fortifier le terrain.
Samedi seize avril mil huit cent cinquante-trois : Dans la matinée, on m’a amené Millet. Il parle de Michel-Ange et de la Bible, qui est, dit-il, le seul livre qu’il lise à peu près. Cela explique la tournure un peu ambitieuse de ses paysans.
Samedi dix décembre mil huit cent cinquante-trois : Cuvier avait la réputation d’aimer les petites filles et de s’en procurer à tout prix ; cela explique la paralysie et tous les inconvénients auxquels il a succombé, plus que les excès de travail.
Vendredi seize décembre mil huit cent cinquante-trois : Dîné chez Véron. Il y avait là cinq ou six médecins. La conversation a roulé pour les trois quarts sur les anus, fistules, pustules et autres détails de la profession qui faisaient promettre, pour le dessert, au moins une petite dissection.
Dix-sept juin mil huit cent cinquante-quatre : Il me parle aussi de l’ignorance de Ledru-Rollin, arrivant au ministère de l’Intérieur en 1848 et ignorant les éléments de l’administration qu’il avait attaquée pendant sa carrière d’opposition : il s’imaginait, par exemple, qu’un ministre n’avait qu’à ordonnancer une dépense pour que l’argent fût à sa disposition.
Trente et un août mil huit cent cinquante-sept : Il y avait dans le wagon un gros Anglais, type de Falstaff avec deux abominables filles qui ont représenté presque jusqu’au bout le rôle de Loth et ses filles.
Vingt-sept juillet mil huit cent cinquante-huit : Les Paysans m’ont intéressé au commencement : mais ils deviennent en avançant presque aussi insupportables que les bavardages de Dumas. Toujours les mêmes détails lilliputiens, par lesquels il croit donner quelque chose de frappant à chacun de ses personnages. Quelle confusion et quelle minutie ! A quoi bon des portraits en pied de misérables comparses dont la multiplicité ôte tout l’intérêt de l’ouvrage ! (il, c’est encore Balzac contre lequel il a une dent)
Neuf avril mil huit cent soixante : Je trouve dans Bayle que Laïs n’aimait pas Aristippe, qui était un homme propre et convenable, et s’en faisait payer chèrement ce qu’elle donnait pour rien à Diogène, sale et puant.
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Deux préoccupations du peintre pour terminer (la première n’est plus d’actualité) :
Vendredi quatorze octobre mil huit cent cinquante-trois : Impossibilité de voyager dans ces maudits chemins de fer sans être assassiné par la conversation.
Premier juin mil huit cent cinquante-cinq : Je déteste qu’on s’occupe longtemps de ces personnages épisodiques, tels que les chiens et les enfants, qui n’intéressent jamais que leurs propriétaires ou ceux qui les ont mis au monde.