Le chant du merlou m’accompagne ce mercredi matin dans ma traversée de la ville déserte. Il va faire beau. S’il faisait mauvais, il chanterait tout autant. J’inaugure mon nouveau blouson en djine noir à grandes poches intérieures acheté il y a quelques semaines chez Celio où il était vendu au prix malin de trente-neuf euros quatre-vingt-dix-neuf. Je devrais dire un des blousons car j’en ai pris deux. « Vous achetez vos vêtements en double ? », m’a demandé le vendeur. « C’est que j’en cherchais un en vain depuis plusieurs années », lui ai-je dit. Là, je suis sûr d’en avoir pour jusqu’à la fin de ma vie, ai-je pensé.
Dans le train Nomad parti de Rouen à sept heures vingt-six, j’ai pour voisin un homme qui travaille sur son ordinateur. J’ouvre Écrits français de Walter Benjamin, ses derniers textes, écrits en français ou traduits du français par lui-même avant son suicide. On arrive à Paris que je n’ai pas encore terminé la longue introduction de Jean-Maurice Monnoyer.
Le bus Vingt-Neuf « dévie le Marais » à nouveau. Pire, se heurtant à d’autres travaux à Saint-Paul, non signalés ceux-là, il est obligé à un second détour. Au Marché d’Aligre, Emile persiste et nippe. Rien pour moi chez Amine. Pas mieux chez Re-Read. Ce qui me contrarie davantage, c’est de quitter le Book-Off de Ledru-Rollin sans rien dans mon sac.
Le métro Huit reste bloqué à la station Ledru-Rollin. « Un problème de porte », nous dit le conducteur. Après les avoir inspectées, il nous fait descendre et repart à vide. J’arrive donc après midi au restaurant China où il y a déjà trop de monde à mon goût (les vacances).
Ce n’est pas au Book-Off de Saint-Martin que je me rattrape. Je remonte du sous-sol avec un seul livre à un euro : Baudelaire présenté par Thomas Clerc sous le titre Comment on paie ses dettes quand on a du génie (Garnier Flammarion).
Il est bientôt quatorze heures trente. J’ai dans ma poche un billet d’entrée gratuite pour l’exposition Hommage à Sebastião Salgado à l’Hôtel de Ville que m’a aimablement imprimé ma voisine. C’est un peu bête d’aller s’enfermer alors qu’il fait si beau, me dis-je. C’est la première journée de printemps, comme disent toutes et tous, mais c’est la date que j’ai choisie quand il pleuvait tous les jours. Je contourne le bâtiment jusqu’à la rue de Lobau. Ce que je découvre me stupéfie. Malgré les réservations obligatoires à un créneau horaire précis, une file d’attente d’une soixantaine de mètres est présente sur le trottoir. Elle avance très lentement jusqu’aux contrôleurs en uniforme. Je n’ai pas envie d’attendre, encore moins de retrouver cette foule à l’intérieur. Je renonce, pas mécontent au fond.
Direction Sainte-Opportune où je trouve une place au soleil à la terrasse de Café Vigouroux (deux euros soixante l’expresso). Il est temps d’enlever mon pull et de le fourrer dans mon sac quasiment vide. Je termine l’introduction aux Écrits français de Walter Benjamin puis lis le premier texte Enfance berlinoise et le deuxième Hachich à Marseille.
J’ai rendez-vous à seize heures sous la bulle de la Cour de Rome avec une jeune Asiatique qui m’a acheté deux euros L’Amant de Marguerite Duras. Après avoir souhaité une bonne lecture à cette charmante personne, j’entre dans la Gare Saint-Lazare et attends le seize heures quarante du retour.
Dans la voiture Cinq, je survole les autres textes en français de Walter Benjamin. Ce qui retient mon attention, ce sont, en fin d’ouvrage, les témoignages d’Adrienne Monnier, dont Benjamin fréquentait la librairie, et de Gisèle Freund, qui fit sa connaissance à la Bibliothèque Nationale quand elle avait vingt ans : Il avait l’âme d’un collectionneur, mais s’intéressait avant tout aux livres d’enfants. Un jour où je lui montrais une édition originale très rare : Gickel, Gackel et Gokeleia, de Brentano, illustrée de magnifiques gravures, il insista, durant des semaines, pour l’obtenir. C’était le seul livre de la bibliothèque de mon père que j’avais pu sauver et finalement je lui en fis cadeau. Deux fois par semaine, nous nous retrouvions au premier étage d’un café du boulevard Saint-Germain pour jouer aux échecs. Un petit café noir suffisait pour y passer des heures. Benjamin se fâchait toujours quand il perdait une partie.
Dans le train Nomad parti de Rouen à sept heures vingt-six, j’ai pour voisin un homme qui travaille sur son ordinateur. J’ouvre Écrits français de Walter Benjamin, ses derniers textes, écrits en français ou traduits du français par lui-même avant son suicide. On arrive à Paris que je n’ai pas encore terminé la longue introduction de Jean-Maurice Monnoyer.
Le bus Vingt-Neuf « dévie le Marais » à nouveau. Pire, se heurtant à d’autres travaux à Saint-Paul, non signalés ceux-là, il est obligé à un second détour. Au Marché d’Aligre, Emile persiste et nippe. Rien pour moi chez Amine. Pas mieux chez Re-Read. Ce qui me contrarie davantage, c’est de quitter le Book-Off de Ledru-Rollin sans rien dans mon sac.
Le métro Huit reste bloqué à la station Ledru-Rollin. « Un problème de porte », nous dit le conducteur. Après les avoir inspectées, il nous fait descendre et repart à vide. J’arrive donc après midi au restaurant China où il y a déjà trop de monde à mon goût (les vacances).
Ce n’est pas au Book-Off de Saint-Martin que je me rattrape. Je remonte du sous-sol avec un seul livre à un euro : Baudelaire présenté par Thomas Clerc sous le titre Comment on paie ses dettes quand on a du génie (Garnier Flammarion).
Il est bientôt quatorze heures trente. J’ai dans ma poche un billet d’entrée gratuite pour l’exposition Hommage à Sebastião Salgado à l’Hôtel de Ville que m’a aimablement imprimé ma voisine. C’est un peu bête d’aller s’enfermer alors qu’il fait si beau, me dis-je. C’est la première journée de printemps, comme disent toutes et tous, mais c’est la date que j’ai choisie quand il pleuvait tous les jours. Je contourne le bâtiment jusqu’à la rue de Lobau. Ce que je découvre me stupéfie. Malgré les réservations obligatoires à un créneau horaire précis, une file d’attente d’une soixantaine de mètres est présente sur le trottoir. Elle avance très lentement jusqu’aux contrôleurs en uniforme. Je n’ai pas envie d’attendre, encore moins de retrouver cette foule à l’intérieur. Je renonce, pas mécontent au fond.
Direction Sainte-Opportune où je trouve une place au soleil à la terrasse de Café Vigouroux (deux euros soixante l’expresso). Il est temps d’enlever mon pull et de le fourrer dans mon sac quasiment vide. Je termine l’introduction aux Écrits français de Walter Benjamin puis lis le premier texte Enfance berlinoise et le deuxième Hachich à Marseille.
J’ai rendez-vous à seize heures sous la bulle de la Cour de Rome avec une jeune Asiatique qui m’a acheté deux euros L’Amant de Marguerite Duras. Après avoir souhaité une bonne lecture à cette charmante personne, j’entre dans la Gare Saint-Lazare et attends le seize heures quarante du retour.
Dans la voiture Cinq, je survole les autres textes en français de Walter Benjamin. Ce qui retient mon attention, ce sont, en fin d’ouvrage, les témoignages d’Adrienne Monnier, dont Benjamin fréquentait la librairie, et de Gisèle Freund, qui fit sa connaissance à la Bibliothèque Nationale quand elle avait vingt ans : Il avait l’âme d’un collectionneur, mais s’intéressait avant tout aux livres d’enfants. Un jour où je lui montrais une édition originale très rare : Gickel, Gackel et Gokeleia, de Brentano, illustrée de magnifiques gravures, il insista, durant des semaines, pour l’obtenir. C’était le seul livre de la bibliothèque de mon père que j’avais pu sauver et finalement je lui en fis cadeau. Deux fois par semaine, nous nous retrouvions au premier étage d’un café du boulevard Saint-Germain pour jouer aux échecs. Un petit café noir suffisait pour y passer des heures. Benjamin se fâchait toujours quand il perdait une partie.



