S’armer de courage et d’un parapluie pour rejoindre la Gare de Rouen en se disant qu’on aurait peut-être dû annuler, c’est encore un foutu jour de pluie et mon sort ce mercredi.
Dans la voiture Trois du sept heures vingt-six je bénéficie d’une place sans voisinage immédiat et de la compagnie d’Édith Thomas. Âgée de quarante-trois ans, celle qui fut l’amante de Dominique Aury narre dans Le Témoin compromis ses désillusions politiques. Je suis lasse des romans, des miens comme de ceux des autres. À quoi bon le truchement de personnages imaginaires lorsque l’on écrit que pour se donner à soi-même un peu de solidité et d’existence… Le jour est levé lorsque nous atteignons Porcheville. Sur l’autoroute, ça bouchonne tandis que nous filons sous le ciel gris.
Dans le métro Huit je suis hypnotisé par le mouvement des mains de la jeune crocheteuse qui me fait face. « Le parapluie ! », lui dis-je quand elle se lève à République. Elle allait l’oublier. « Merci beaucoup », me sourit-elle.
Une mouillasse m’accueille à la sortie Ledru Rollin. Pour s’abriter Le Camélia est là. « De la pluie, encore de la pluie, toujours de la pluie », se plaint la météo du Parisien. J’y lis les derniers développements de l’enquête sur la bagarre mortelle de Lyon. La victime présentée comme un gentil garçon par ses parents bien que fleurtant avec les néonazis. Les agresseurs présentés comme de braves garçons par leurs amis alors qu’ils sont aussi violents que ceux d’en face. Une histoire de couillus qui aiment se battre contre d’autres couillus. Aucune Féministe pour analyser ça.
Trop de monde au Book-Off d’à côté et pas assez de livres à un euro pour moi, seulement La première main de Rosetta Loy (Mercure de France) et Femmes de Paris, femmes de lettres et autres portraits inédits d’Irène Némirovsky (Denoël).
Dans le métro Un qui me conduit à Saint-Opportune, un sexagénaire à cheveux blancs fait les mots croisés de La Croix (Personnage imaginaire, en quatre lettres : Dieu). Au mur des stations, une publicité « Pays Catalan Pyrénées-Orientales » retient mon attention.
Chez Au Diable des Lombards j’adapte mon choix au temps qu’il fait : soupe à l’oignon gratinée et bourguignon légumes vapeur. Sur l’écran muet, des images de la France inondée, un bel exemple de productivisme punitif.
Au Book-Off de Saint-Martin, Fip est de retour et suffisamment de livres à un euro sont dans mon panier quand je remonte au rez-de-chaussée : Michel-Ange face aux murs d’Armand Farrachi (L’un et l’autre Gallimard), Octobre de Christopher Isherwood (Rivages), Le Caillou mort d’amour de Charles Cros (Petite Bibliothèque Ombres), Écrits français de Walter Benjamin et Analyser la situation de Pierre Autin-Grenier (Finitude). J’y ajoute, au rayon Art à deux euros, Journal de la Guerre 1914-1918 de l’Enfant Yves Congar, futur cardinal (Cerf).
La mouillasse persiste quand je rejoins L’Opportun où une seule table est libre. Des vacanciers occupent les autres, mangeant encore à quatorze heures trente. Un couple de quinquagénaires de Mont-Saint-Aignan à ma droite. Un trio italien composé de deux branlotins boutonneux et de leur mère à ma gauche. Mon café bu, je retrouve Edith Thomas. Elle m’ennuie avec ses histoires de la Résistance. « Rendez-nous Jésus », est-il écrit sur la porte des toilettes. Je quitte ce café sous une pluie battante.
Le haut des cheminées de Porcheville est dans la brume quand le seize heures quarante ralentit pour se laisser dépasser par un train de banlieue. La Seine n’en est pas encore à déborder. Ça va finir par arriver.
De la pluie, encore de la pluie, toujours de la pluie à Rouen. Je me serre contre d’autres sous l’abribus en attendant un Effe Sept ou un Onze.
Dans la voiture Trois du sept heures vingt-six je bénéficie d’une place sans voisinage immédiat et de la compagnie d’Édith Thomas. Âgée de quarante-trois ans, celle qui fut l’amante de Dominique Aury narre dans Le Témoin compromis ses désillusions politiques. Je suis lasse des romans, des miens comme de ceux des autres. À quoi bon le truchement de personnages imaginaires lorsque l’on écrit que pour se donner à soi-même un peu de solidité et d’existence… Le jour est levé lorsque nous atteignons Porcheville. Sur l’autoroute, ça bouchonne tandis que nous filons sous le ciel gris.
Dans le métro Huit je suis hypnotisé par le mouvement des mains de la jeune crocheteuse qui me fait face. « Le parapluie ! », lui dis-je quand elle se lève à République. Elle allait l’oublier. « Merci beaucoup », me sourit-elle.
Une mouillasse m’accueille à la sortie Ledru Rollin. Pour s’abriter Le Camélia est là. « De la pluie, encore de la pluie, toujours de la pluie », se plaint la météo du Parisien. J’y lis les derniers développements de l’enquête sur la bagarre mortelle de Lyon. La victime présentée comme un gentil garçon par ses parents bien que fleurtant avec les néonazis. Les agresseurs présentés comme de braves garçons par leurs amis alors qu’ils sont aussi violents que ceux d’en face. Une histoire de couillus qui aiment se battre contre d’autres couillus. Aucune Féministe pour analyser ça.
Trop de monde au Book-Off d’à côté et pas assez de livres à un euro pour moi, seulement La première main de Rosetta Loy (Mercure de France) et Femmes de Paris, femmes de lettres et autres portraits inédits d’Irène Némirovsky (Denoël).
Dans le métro Un qui me conduit à Saint-Opportune, un sexagénaire à cheveux blancs fait les mots croisés de La Croix (Personnage imaginaire, en quatre lettres : Dieu). Au mur des stations, une publicité « Pays Catalan Pyrénées-Orientales » retient mon attention.
Chez Au Diable des Lombards j’adapte mon choix au temps qu’il fait : soupe à l’oignon gratinée et bourguignon légumes vapeur. Sur l’écran muet, des images de la France inondée, un bel exemple de productivisme punitif.
Au Book-Off de Saint-Martin, Fip est de retour et suffisamment de livres à un euro sont dans mon panier quand je remonte au rez-de-chaussée : Michel-Ange face aux murs d’Armand Farrachi (L’un et l’autre Gallimard), Octobre de Christopher Isherwood (Rivages), Le Caillou mort d’amour de Charles Cros (Petite Bibliothèque Ombres), Écrits français de Walter Benjamin et Analyser la situation de Pierre Autin-Grenier (Finitude). J’y ajoute, au rayon Art à deux euros, Journal de la Guerre 1914-1918 de l’Enfant Yves Congar, futur cardinal (Cerf).
La mouillasse persiste quand je rejoins L’Opportun où une seule table est libre. Des vacanciers occupent les autres, mangeant encore à quatorze heures trente. Un couple de quinquagénaires de Mont-Saint-Aignan à ma droite. Un trio italien composé de deux branlotins boutonneux et de leur mère à ma gauche. Mon café bu, je retrouve Edith Thomas. Elle m’ennuie avec ses histoires de la Résistance. « Rendez-nous Jésus », est-il écrit sur la porte des toilettes. Je quitte ce café sous une pluie battante.
Le haut des cheminées de Porcheville est dans la brume quand le seize heures quarante ralentit pour se laisser dépasser par un train de banlieue. La Seine n’en est pas encore à déborder. Ça va finir par arriver.
De la pluie, encore de la pluie, toujours de la pluie à Rouen. Je me serre contre d’autres sous l’abribus en attendant un Effe Sept ou un Onze.



