Le Journal de Michel Perdrial
Le Journal de Michel Perdrial



Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

Vieillir avec Cioran

23 décembre 2020


Vers la fin de ses Cahiers (1957-1972) publiés chez Gallimard, Cioran s’inquiète plus qu’à d’ordinaire de son état de santé. Pour cause sa vieillesse, il est au début de la soixantaine :
29 mars 1972 Ai vu trois médecins aujourd’hui. Hypertrophie de la prostate. Maladie des vieillards. Hypertension artérielle, hypertrophie du foie, etc., etc.
A vingt ans, je n’avais en tête que l’extermination des vieux ; je persiste à la croire urgente mais j’y ajouterais maintenant celle des jeunes ; avec l’âge on a une vision plus complète des choses.
Dans le Journal d’exil de Trotski, entre deux considérations politiques qui datent forcément, il intercale cette remarque, qui rachète tout le reste : « La vieillesse est la chose la plus inattendue de toutes celles qui arrivent à l’homme. »
L’avantage de vieillir est de pouvoir observer de près la lente et méthodique dégradation des organes ; ils commencent tous à craquer, les uns d’une façon voyante, les autres, discrète. Ils se détachent du corps, comme le corps se détache de nous : il nous échappe, il nous fuit, il ne nous appartient plus.
Hier soir, dans le métro, une jeune fille (seize, dix-sept ans), assise, m’a proposé sa place. J’ai décliné, naturellement. M’offrir sa place, à moi, qui venais de faire, dans l’après-midi, vingt-cinq kilomètres à pied ! Elle avait l’air plutôt frêle, et je doute qu’elle puisse faire la moitié de ce que je viens de faire. N’empêche qu’à ses yeux, j’étais un vieux. Et je le suis, en effet, avec cette gueule de bagnard reposé. (J’ai déjà cité dans ce Journal une lettre de Cioran évoquant la jeune fille du métro)
On dit des morts : les disparus. Et ils sont bien disparus en effet. Sans laisser de trace, et comme s’ils n’avaient jamais été. On croit employer un euphémisme, en réalité disparu est plus fort, plus terrible que mort.
                                                             *
Emil Cioran ne mourra, sans disparaître, qu’à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, le vingt juin mil neuf cent quatre-vingt-quinze, de la maladie d’Alzheimer, dont il sera victime pendant une dizaine d’années, incapable d’observer sa lente et méthodique dégradation.
 


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