Dernières notes
Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
20 avril 2026
Un pan-bagnat au poulet et une croustade pour dix euros, c’est ce que je me procure ce dimanche à sept heures à Secrets de Pains où je petit-déjeune à mon habitude. Faute de bus avant huit heures, je rejoins à pied la Gare Multimodale. J’y prends le car liO Cinq Cent Quarante de huit heures dix à destination de Port-Vendres avec pour voisine d’outre couloir une moustachue qui parle toute seule. En banlieue de Perpignan montent une dizaine de jeunes Noir(e)s que je suppose travailler dans les cuisines des restaurants de la Côte Vermeille.
Un seul arrêt à Port-Vendres, en haut du bourg, en raison de la deuxième édition d’« Escale à Port-Vendres », un rassemblement de vieux gréements à la manière de l’Armada de Rouen en plus modeste. Il me faut descendre par la route jusqu’au vaste Port. Il a beau être tôt, il y a déjà trop de monde à mon goût. Néanmoins, je fais le tour. Outre le Belem et ses collègues qui sont là pour quatre jours et que l’on peut visiter en payant dix euros, à Port-Vendres sont amarrés de façon permanente de bons gros bateaux de pêche et d’imposants navires industriels, ce qui me contente.
Après avoir rebroussé chemin, je demande aux Sauveteurs en Mer où démarre le sentier côtier qui mène à Collioure, que j’ai déjà emprunté lors de mon séjour ici. « Vous verrez la Vierge et après vous suivrez », me dit l’une. « Sans jeu de mots », ajoute-t-elle.
Je ne vois pas cette Vierge mais avec l’aide d’une habitante qui me dit que le sentier de randonnée est officiellement interdit sur toute sa longueur entre Argelès et Cerbère depuis les fortes pluies des mois passés mais que rien n’empêche de le prendre, je trouve la pancarte qui indique la direction et quatre kilomètres à faire (un de plus que dans mon souvenir). Le chemin caillouteux et qui monte fort au début est rude pour un vieux comme moi. J’atteins le Fort de la Mauresque qui surveillait la Méditerranée puis je suis le bord de la côte, bénéficiant de la vue sur des grands voiliers sortis en mer. Pour une fois, je croise quelques autres marcheurs et marcheuses. Soudain, Collioure m’apparaît mais elle est encore loin. Peu après, à bâbord, j’ai une dernière vision du Port de Port-Vendres. Plus que deux kilomètres, m’annonce un écriteau. Heureusement, c’est devenu à peu près plat. Encore que je doive descendre quelques marches dangereuses. J’arrive dans une crique à plage non surveillée où un banc me donne l’ordre de m’asseoir.
Bien qu’il ne soit qu’onze heures trente, je sors mon repas du sac. Je me débrouille assez bien avec le pan-bagnat mais m’en mets plein les doigts de la compote de pommes de la croustade. Sur la plage une femme apprend à ses deux enfants comment on ramasse les déchets. Une autre femme nage un moment puis s’allonge sur le sable offrant ses seins au soleil et à mon regard. J’ai aussi une très belle vue sur Collioure et son clocher phallique qui à midi carillonne de façon orgasmique.
Ensuite le chemin, c’est essentiellement la route. Fatigué comme je suis, ça ne me dérange pas, d’autant que ça descend. Arrivé à Collioure, je m’installe à la première terrasse, celle du Saint-Elme, pour un café bien mérité et un verre d’eau bien fraîche. J’ajoute, un peu plus tard, un diabolo menthe. Ça fait cinq euros quatre-vingts. Je suis incapable de bouger, ni même de lire, jusqu’à l’heure du car liO du retour.
Ce car de quatorze heures trente-neuf est attendu par pas mal de monde. Il est malheureusement en retard d’un bon quart d’heure, ce qui fait qu’en cours de route une pluie légèrement orageuse lui tombe dessus et que je ne suis pas épargné à l’arrivée quand je rejoins mon logis Air Bibi.
Un seul arrêt à Port-Vendres, en haut du bourg, en raison de la deuxième édition d’« Escale à Port-Vendres », un rassemblement de vieux gréements à la manière de l’Armada de Rouen en plus modeste. Il me faut descendre par la route jusqu’au vaste Port. Il a beau être tôt, il y a déjà trop de monde à mon goût. Néanmoins, je fais le tour. Outre le Belem et ses collègues qui sont là pour quatre jours et que l’on peut visiter en payant dix euros, à Port-Vendres sont amarrés de façon permanente de bons gros bateaux de pêche et d’imposants navires industriels, ce qui me contente.
Après avoir rebroussé chemin, je demande aux Sauveteurs en Mer où démarre le sentier côtier qui mène à Collioure, que j’ai déjà emprunté lors de mon séjour ici. « Vous verrez la Vierge et après vous suivrez », me dit l’une. « Sans jeu de mots », ajoute-t-elle.
Je ne vois pas cette Vierge mais avec l’aide d’une habitante qui me dit que le sentier de randonnée est officiellement interdit sur toute sa longueur entre Argelès et Cerbère depuis les fortes pluies des mois passés mais que rien n’empêche de le prendre, je trouve la pancarte qui indique la direction et quatre kilomètres à faire (un de plus que dans mon souvenir). Le chemin caillouteux et qui monte fort au début est rude pour un vieux comme moi. J’atteins le Fort de la Mauresque qui surveillait la Méditerranée puis je suis le bord de la côte, bénéficiant de la vue sur des grands voiliers sortis en mer. Pour une fois, je croise quelques autres marcheurs et marcheuses. Soudain, Collioure m’apparaît mais elle est encore loin. Peu après, à bâbord, j’ai une dernière vision du Port de Port-Vendres. Plus que deux kilomètres, m’annonce un écriteau. Heureusement, c’est devenu à peu près plat. Encore que je doive descendre quelques marches dangereuses. J’arrive dans une crique à plage non surveillée où un banc me donne l’ordre de m’asseoir.
Bien qu’il ne soit qu’onze heures trente, je sors mon repas du sac. Je me débrouille assez bien avec le pan-bagnat mais m’en mets plein les doigts de la compote de pommes de la croustade. Sur la plage une femme apprend à ses deux enfants comment on ramasse les déchets. Une autre femme nage un moment puis s’allonge sur le sable offrant ses seins au soleil et à mon regard. J’ai aussi une très belle vue sur Collioure et son clocher phallique qui à midi carillonne de façon orgasmique.
Ensuite le chemin, c’est essentiellement la route. Fatigué comme je suis, ça ne me dérange pas, d’autant que ça descend. Arrivé à Collioure, je m’installe à la première terrasse, celle du Saint-Elme, pour un café bien mérité et un verre d’eau bien fraîche. J’ajoute, un peu plus tard, un diabolo menthe. Ça fait cinq euros quatre-vingts. Je suis incapable de bouger, ni même de lire, jusqu’à l’heure du car liO du retour.
Ce car de quatorze heures trente-neuf est attendu par pas mal de monde. Il est malheureusement en retard d’un bon quart d’heure, ce qui fait qu’en cours de route une pluie légèrement orageuse lui tombe dessus et que je ne suis pas épargné à l’arrivée quand je rejoins mon logis Air Bibi.
19 avril 2026
Ce samedi matin je vais jusqu’au bout, seul avec le conducteur, dans le bus Dix du Barcarès. À droite, une courte route mène au petit Parc Naturel des Dosses. À son entrée, une masure d’autrefois. Je fais le tour de cette nature du bord de l’étang de Leucate et de Salses par un sentier sablonneux d’où l’on a belle vue sur le Canigou.
Je rejoins ensuite le bord de mer à la frontière de Port-Leucate, pas loin d’où séjourne actuellement quelqu’un que je connais, pas vu depuis longtemps dans les rues de Rouen, mais ce n’est pas au bout du pays que je pourrais le croiser allant chercher le pain. La promenade sur laquelle je marche est en travaux et la plage qu’elle longe cachée par les dunes. Il me faut cheminer un long moment dans les gravillons avant d’arriver au Lydia, le seul bateau fier d’être ensablé.
Le Lydia est un ancien paquebot grec de quatre-vingt-dix mètres. Il a été amené là dans les années soixante à l'initiative de Gaston Pams, Sénateur, pour être transformé en complexe de loisirs, trois bars, un snack, une discothèque, un restaurant, des douches et une piscine. Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Michel Polnareff et Claude François y donnaient des concerts. Il fut ensuite transformé en casino de luxe, puis racheté en mil neuf cent quatre-vingt-sept par Alain Ferrand, l’actuel Maire, Droitiste, avant qu’il soit interdit de gestion de casino pour des liens avec des groupes maffieux. Aujourd’hui, ce bateau est en travaux et sert à présenter des expos. Alain Ferrand, après de nombreuses condamnations dans des affaires crapuleuses liées à sa fonction d’élu, et encore mis en examen dans plusieurs autres non jugées, vient d’être brillamment réélu à la Mairie.
Ce serait trop d’effort de poursuivre à pied jusqu’au centre du Barcarès en passant par le Port. Un aimable autochtone m’indique comment rejoindre l’arrêt de bus Le Lydia. Par bonheur, un doit arriver dans dix minutes (le suivant une heure plus tard).
J’en descends à l’arrêt Mairie, réserve une table à l’ombre au Casablanca puis vais m’asseoir, à l’ombre toujours, il est onze heures mais il fait déjà vingt-cinq degrés, à la terrasse du Front de Mer pour un café verre d’eau lecture de Casanova, plus question de bouger. Elle ferma sa porte, puis s’asseyant sur mes genoux, elle me demanda s’il était vrai que je la méprisasse si fort. À côté de moi des grands-parents et leur fille, mère de deux filles, une sept huit ans et une douze treize ans à petit bijou sur la narine avachie sur sa chaise les bras croisés d’un air « Je n’ai rien à voir avec ces gens ».
Le Casablanca le samedi, c’est à la carte ou alors un menu à vingt-neuf euros. C’est ce menu que je choisis. Il comprend un verre de muscat de Rivesaltes en apéritif (petit), six huîtres de Leucate « toutes fraîches de ce matin », me dit le serveur (de taille estimable), un pavé de thon mi-cuit sauce soja (pas très grand), une pomme au four façon Tatin (qui ressemble plus à une glace) et un café (petit). Aux tables voisines, l’une parle à son enfant « Attends, maman, elle va te donner de la frite », une autre à son chien « Attends, maman, elle va te donner de la viande ». Leur autre point commun, c’est que les hommes qui vivent avec elles ne se sentent pas concernés.
Pour rentrer, il y a le bus Dix de quatorze heures vingt-six. Je l’attends face à la mer, observant les familles qui vont s’étendre sur le sable et les bicyclistes qui passent. Une nouvelle saison commence d’hommes en culotte courte, petits garçons de leurs femmes en robe ou pantalon, et de couples en bicyclette où c’est toujours lui devant et elle derrière.
Sur le chemin du retour, nous nous rapprochons du Canigou, lequel est surmonté de nuages d’orage. Celui-ci est craint dans la montagne pour les deux jours à venir, notamment dans le Vallespir.
*
Couple de jeune, mon envie de lui dire à elle : « Qu’est-ce que tu fais avec un type pareil ? » Couple de vieux, mon envie de lui dire à lui : « Qu’est-ce que vous faites avec une femme pareille ? »
Je rejoins ensuite le bord de mer à la frontière de Port-Leucate, pas loin d’où séjourne actuellement quelqu’un que je connais, pas vu depuis longtemps dans les rues de Rouen, mais ce n’est pas au bout du pays que je pourrais le croiser allant chercher le pain. La promenade sur laquelle je marche est en travaux et la plage qu’elle longe cachée par les dunes. Il me faut cheminer un long moment dans les gravillons avant d’arriver au Lydia, le seul bateau fier d’être ensablé.
Le Lydia est un ancien paquebot grec de quatre-vingt-dix mètres. Il a été amené là dans les années soixante à l'initiative de Gaston Pams, Sénateur, pour être transformé en complexe de loisirs, trois bars, un snack, une discothèque, un restaurant, des douches et une piscine. Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Michel Polnareff et Claude François y donnaient des concerts. Il fut ensuite transformé en casino de luxe, puis racheté en mil neuf cent quatre-vingt-sept par Alain Ferrand, l’actuel Maire, Droitiste, avant qu’il soit interdit de gestion de casino pour des liens avec des groupes maffieux. Aujourd’hui, ce bateau est en travaux et sert à présenter des expos. Alain Ferrand, après de nombreuses condamnations dans des affaires crapuleuses liées à sa fonction d’élu, et encore mis en examen dans plusieurs autres non jugées, vient d’être brillamment réélu à la Mairie.
Ce serait trop d’effort de poursuivre à pied jusqu’au centre du Barcarès en passant par le Port. Un aimable autochtone m’indique comment rejoindre l’arrêt de bus Le Lydia. Par bonheur, un doit arriver dans dix minutes (le suivant une heure plus tard).
J’en descends à l’arrêt Mairie, réserve une table à l’ombre au Casablanca puis vais m’asseoir, à l’ombre toujours, il est onze heures mais il fait déjà vingt-cinq degrés, à la terrasse du Front de Mer pour un café verre d’eau lecture de Casanova, plus question de bouger. Elle ferma sa porte, puis s’asseyant sur mes genoux, elle me demanda s’il était vrai que je la méprisasse si fort. À côté de moi des grands-parents et leur fille, mère de deux filles, une sept huit ans et une douze treize ans à petit bijou sur la narine avachie sur sa chaise les bras croisés d’un air « Je n’ai rien à voir avec ces gens ».
Le Casablanca le samedi, c’est à la carte ou alors un menu à vingt-neuf euros. C’est ce menu que je choisis. Il comprend un verre de muscat de Rivesaltes en apéritif (petit), six huîtres de Leucate « toutes fraîches de ce matin », me dit le serveur (de taille estimable), un pavé de thon mi-cuit sauce soja (pas très grand), une pomme au four façon Tatin (qui ressemble plus à une glace) et un café (petit). Aux tables voisines, l’une parle à son enfant « Attends, maman, elle va te donner de la frite », une autre à son chien « Attends, maman, elle va te donner de la viande ». Leur autre point commun, c’est que les hommes qui vivent avec elles ne se sentent pas concernés.
Pour rentrer, il y a le bus Dix de quatorze heures vingt-six. Je l’attends face à la mer, observant les familles qui vont s’étendre sur le sable et les bicyclistes qui passent. Une nouvelle saison commence d’hommes en culotte courte, petits garçons de leurs femmes en robe ou pantalon, et de couples en bicyclette où c’est toujours lui devant et elle derrière.
Sur le chemin du retour, nous nous rapprochons du Canigou, lequel est surmonté de nuages d’orage. Celui-ci est craint dans la montagne pour les deux jours à venir, notamment dans le Vallespir.
*
Couple de jeune, mon envie de lui dire à elle : « Qu’est-ce que tu fais avec un type pareil ? » Couple de vieux, mon envie de lui dire à lui : « Qu’est-ce que vous faites avec une femme pareille ? »
18 avril 2026
Retourner voir la mer, c’est mon objectif ce samedi. Pour cela je prends le car liO Cinq Cent Quarante-Deux de huit heures dix, terminus Saint-Cyprien, dont je ne sais rien, hormis que s’y trouve le deuxième port de plaisance de Méditerranée (deux mille deux cents anneaux).
On passe par deux paisibles bourgs, Théza et Alénya. Pas moins de seize arrêts de car à Saint-Cyprien, je descends lorsque j’aperçois les premiers mâts. Je fais le tour du vaste Port au bout duquel est une petite plage qualifiée de sauvage puis reviens à mon point de départ en coupant au plus court.
La terrasse du Bilbo au bord du Port me fait signe. Je commande un café verre d’eau (un euro quatre-vingts avec un petit croissant offert). Face à moi une barre d’immeuble résidentiel et sur ma droite quelques bateaux traditionnels, deux cahutes où l’on vend sa pêche, un promène-touristes ainsi qu’un camion à nacelle dans laquelle un travailleur effeuille les palmiers. Je retrouve là Casanova qui passe beaucoup de temps dans les cafés.
Vers onze heures, le tour des restos m’apprend qu’on y attend le pigeon à moules frites et à menu aussi basique que cher, et comme j’ai déjà tout vu de Saint-Cyprien, y compris, de l’autre côté du Port, sa longue plage en travaux, je rejoins l’abribus pour y attendre le car liO d’onze heures vingt, terminus Perpignan et je suis à midi pile assis à la terrasse du Vauban, sur le quai du Canal de la Basse, me félicitant d’avoir fui Saint-Cyprien.
Cette terrasse est à l’ombre et le menu du jour à vingt et un euros : pissaladière maison, brandade de cabillaud et café gourmand. C’est Jordi, le patron, qui prend la commande. La clientèle est d’habitués et de passagers. Sur ma droite, un homme sévèrement tatoué au crâne rasé parle de littérature gothique et spécialement éco-gothique à un quidam qui ne pipe mot. Arrive un troisième à catogan dont les jambes ont un incessant mouvement saccadé quand il parle. « Vous savez que Simone de Beauvoir quand elle était prof séduisait ses élèves et les offrait à son entourage et après ça on dit qu’elle est féministe », dit-il aux deux autres qui ne répondent rien. Tous trois commandent des burgueurs. Sans salade, que des frites, pour l’écolo-gothique.
Mon repas est rondement mené. Je longe le Canal de la Basse puis le franchis par le vieux pont. En face est le Castillet, imposante bâtisse de briques rouges du quatorzième siècle, qui par sa Porte Notre-Dame permet d’entrer dans le cœur de ville. Je pénètre dans cette noble bâtisse et pour deux euros en fait la visite. À chaque niveau sont des expos sur la vie locale et tout en haut, après avoir gravi les cent quarante-deux marches, je jouis en solitaire d’une vue forcément superbe sur les toits de la ville, la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste, le Palais des Rois de Majorque et le Canigou.
Redescendu, je retraverse la Basse et entre aux Galeries Lafayette. L’ascenseur m’élève jusqu’au café terrasse du quatrième étage. Deux hommes y comatent dans une chaise longue et un coin est réservé à la pause du personnel. J’y bois un café verre d’eau à deux euros face au Castillet, lequel est malheureusement en grande partie caché par le feuillage des platanes, au second plan le clocher de la Cathédrale que je n’entends jamais sonner.
Une musique planante encourage à ne pas bouger. Néanmoins, je finis par redescendre, repasse le Canal puis sous le Castillet et m’assois à la terrasse du Grand Café de la Poste.
On passe par deux paisibles bourgs, Théza et Alénya. Pas moins de seize arrêts de car à Saint-Cyprien, je descends lorsque j’aperçois les premiers mâts. Je fais le tour du vaste Port au bout duquel est une petite plage qualifiée de sauvage puis reviens à mon point de départ en coupant au plus court.
La terrasse du Bilbo au bord du Port me fait signe. Je commande un café verre d’eau (un euro quatre-vingts avec un petit croissant offert). Face à moi une barre d’immeuble résidentiel et sur ma droite quelques bateaux traditionnels, deux cahutes où l’on vend sa pêche, un promène-touristes ainsi qu’un camion à nacelle dans laquelle un travailleur effeuille les palmiers. Je retrouve là Casanova qui passe beaucoup de temps dans les cafés.
Vers onze heures, le tour des restos m’apprend qu’on y attend le pigeon à moules frites et à menu aussi basique que cher, et comme j’ai déjà tout vu de Saint-Cyprien, y compris, de l’autre côté du Port, sa longue plage en travaux, je rejoins l’abribus pour y attendre le car liO d’onze heures vingt, terminus Perpignan et je suis à midi pile assis à la terrasse du Vauban, sur le quai du Canal de la Basse, me félicitant d’avoir fui Saint-Cyprien.
Cette terrasse est à l’ombre et le menu du jour à vingt et un euros : pissaladière maison, brandade de cabillaud et café gourmand. C’est Jordi, le patron, qui prend la commande. La clientèle est d’habitués et de passagers. Sur ma droite, un homme sévèrement tatoué au crâne rasé parle de littérature gothique et spécialement éco-gothique à un quidam qui ne pipe mot. Arrive un troisième à catogan dont les jambes ont un incessant mouvement saccadé quand il parle. « Vous savez que Simone de Beauvoir quand elle était prof séduisait ses élèves et les offrait à son entourage et après ça on dit qu’elle est féministe », dit-il aux deux autres qui ne répondent rien. Tous trois commandent des burgueurs. Sans salade, que des frites, pour l’écolo-gothique.
Mon repas est rondement mené. Je longe le Canal de la Basse puis le franchis par le vieux pont. En face est le Castillet, imposante bâtisse de briques rouges du quatorzième siècle, qui par sa Porte Notre-Dame permet d’entrer dans le cœur de ville. Je pénètre dans cette noble bâtisse et pour deux euros en fait la visite. À chaque niveau sont des expos sur la vie locale et tout en haut, après avoir gravi les cent quarante-deux marches, je jouis en solitaire d’une vue forcément superbe sur les toits de la ville, la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste, le Palais des Rois de Majorque et le Canigou.
Redescendu, je retraverse la Basse et entre aux Galeries Lafayette. L’ascenseur m’élève jusqu’au café terrasse du quatrième étage. Deux hommes y comatent dans une chaise longue et un coin est réservé à la pause du personnel. J’y bois un café verre d’eau à deux euros face au Castillet, lequel est malheureusement en grande partie caché par le feuillage des platanes, au second plan le clocher de la Cathédrale que je n’entends jamais sonner.
Une musique planante encourage à ne pas bouger. Néanmoins, je finis par redescendre, repasse le Canal puis sous le Castillet et m’assois à la terrasse du Grand Café de la Poste.
17 avril 2026
Troisième et dernière étape de mon exploration de la vallée du Vallespir, Céret, ville chérie par les peintres du vingtième siècle et dont le monument le plus important est à l’entrée, quand on vient de Perpignan, visible depuis le car, le Pont du Diable. Son unique arche de pierre de quarante-cinq mètres d'ouverture résiste depuis le quatorzième siècle aux crues du Tech.
Dans le car liO Cinq Cent Trente de huit heures dix sont une dizaine d’élèves de Première et leur professeur de gestion qui vont passer un concours oral au Lycée Agricole Beausoleil. Je descends comme eux à l’arrêt Rond-point des Toréadors d’où je marche jusqu’au centre du bourg qui a vu passer bien des peintres : Pablo Picasso, Georges Braque, Juan Gris, Chaïm Soutine, André Masson, Marc Chagall et cetera.
J’arrive précisément placette André-Masson derrière le Musée d’Art Moderne dont je m’exonère de la visite car on y voit pas mal d’œuvres cubistes et je n’aime pas ça, par ailleurs on n’y trouve pas d’œuvre majeure, et surtout il fait trop beau pour s’enfermer. Je me balade dans les rues étroites après y être entré par l’imposante Porte de France derrière laquelle se cache la Médiathèque Ludovic Massé. Cet écrivain libertaire, qui signa avec Henry Poulaille le Manifeste du Groupe des Écrivains Prolétariens, vécut à Céret. Je passe par l’Église et par la place des Neuf Jets et sa fontaine du même nom puis ressors par la Porte d’Espagne. À côté est la place Picasso, où se trouve une sculpture fontaine faite en son hommage d’après un de ses dessins La Sardane de la paix.
Le cœur de Céret est cerné de boulevards à platanes géants, une sorte d’Uzès en plus petit. L’atmosphère y est la même. La terrasse du Grand Café sur le boulevard entre la Porte de France et le Musée d’Art Moderne est là pour m’accueillir. Le café sous les platanes n’y coûte qu’un euro soixante et la clientèle est locale. Après deux jours d’abstinence, je reprends Casanova. Voltaire n’aurait pas pu aller à l’immortalité avec le nom d’Arouet. On lui aurait interdit l’entrée du temple lui fermant la porte au nez. Lui-même se serait avilit s’entendant toujours appelé à rouer. D’Alembert ne serait pas devenu illustre et célèbre sous le nom de Lerond. On peut trouver des contre-exemples. Marcel Proust pour n’en citer qu’un. Certes Casanova ne pouvait pas le connaître.
Pour déjeuner, c’est presque en face, à une autre terrasse sous les arbres, celle du Glacier Restaurant Le France. Samossas aux légumes sauce fromage blanc aux herbes, pavé de rumsteck sauce aux morilles et son écrasé de pommes de terre, brownie au chocolat, le tout pour dix-neuf euros. Une grosse terrasse et une grosse affluence, dont deux longues tablées de collègues, mais le service efficace me permet d’être à treize heures de retour au Grand Café.
Pour prendre le quatorze heures cinq du retour, je rejoins le rond-point des Toréadors au centre duquel est érigée la fière statue de l’un d’eux avec inscrit sur son socle « Aux toréadors du monde ». Il y a tellement de monde pour prendre ce car que le chauffeur est obligé de compter les places libres avant de faire monter. Ça rentre mais tout juste. Un médiateur présent ne comprend pas cette affluence. J’ai une hypothèse : l’explosion du prix des carburants. Rester au pied du car et devoir attendre le suivant dans une heure, c’est ma crainte. Qui ne m’empêche pas à l’arrivée à Perpignan de faire recharger ma carte dix voyages pour quinze euros.
*
La Sardane de la paix a été dessinée par Pablo Picasso le vingt septembre mil neuf cent cinquante-trois, jour de Fête de Saint-Ferréol, au Grand Café où, après avoir assisté à une corrida, il avait rejoint une réception organisée en son honneur par le Parti Communiste.
*
A Céret il y a également un Musée de la Musique. Le compositeur Déodat de Séverac est mort dans cette ville (le Lycée porte son nom). Autre résidant compositeur, bien vivant, Pascal Comelade.
*
Pas loin de l’Office du Tourisme, Ivre de Livres, un bouquiniste du genre pleurnichard. Une affichette en vitrine compare le prix de ses livres d’extérieur (un euro) avec ceux d’un voyage en car liO, de L’Indépendant, d’un timbre-poste, d’une baguette ordinaire et d’un café au bar, en précisant que son prix à lui (un euro) n’a pas bougé depuis dix ans. Les livres d’extérieur non plus je suppose (qui en voudrait ?). Ils seront encore là dans dix ans, au même prix. S’il ne fait pas faillite avant.
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Impossible d’échapper aux jeux de mots avec un nom de bourg pareil. Exemple : le torréfacteur Un Café Céret.
Dans le car liO Cinq Cent Trente de huit heures dix sont une dizaine d’élèves de Première et leur professeur de gestion qui vont passer un concours oral au Lycée Agricole Beausoleil. Je descends comme eux à l’arrêt Rond-point des Toréadors d’où je marche jusqu’au centre du bourg qui a vu passer bien des peintres : Pablo Picasso, Georges Braque, Juan Gris, Chaïm Soutine, André Masson, Marc Chagall et cetera.
J’arrive précisément placette André-Masson derrière le Musée d’Art Moderne dont je m’exonère de la visite car on y voit pas mal d’œuvres cubistes et je n’aime pas ça, par ailleurs on n’y trouve pas d’œuvre majeure, et surtout il fait trop beau pour s’enfermer. Je me balade dans les rues étroites après y être entré par l’imposante Porte de France derrière laquelle se cache la Médiathèque Ludovic Massé. Cet écrivain libertaire, qui signa avec Henry Poulaille le Manifeste du Groupe des Écrivains Prolétariens, vécut à Céret. Je passe par l’Église et par la place des Neuf Jets et sa fontaine du même nom puis ressors par la Porte d’Espagne. À côté est la place Picasso, où se trouve une sculpture fontaine faite en son hommage d’après un de ses dessins La Sardane de la paix.
Le cœur de Céret est cerné de boulevards à platanes géants, une sorte d’Uzès en plus petit. L’atmosphère y est la même. La terrasse du Grand Café sur le boulevard entre la Porte de France et le Musée d’Art Moderne est là pour m’accueillir. Le café sous les platanes n’y coûte qu’un euro soixante et la clientèle est locale. Après deux jours d’abstinence, je reprends Casanova. Voltaire n’aurait pas pu aller à l’immortalité avec le nom d’Arouet. On lui aurait interdit l’entrée du temple lui fermant la porte au nez. Lui-même se serait avilit s’entendant toujours appelé à rouer. D’Alembert ne serait pas devenu illustre et célèbre sous le nom de Lerond. On peut trouver des contre-exemples. Marcel Proust pour n’en citer qu’un. Certes Casanova ne pouvait pas le connaître.
Pour déjeuner, c’est presque en face, à une autre terrasse sous les arbres, celle du Glacier Restaurant Le France. Samossas aux légumes sauce fromage blanc aux herbes, pavé de rumsteck sauce aux morilles et son écrasé de pommes de terre, brownie au chocolat, le tout pour dix-neuf euros. Une grosse terrasse et une grosse affluence, dont deux longues tablées de collègues, mais le service efficace me permet d’être à treize heures de retour au Grand Café.
Pour prendre le quatorze heures cinq du retour, je rejoins le rond-point des Toréadors au centre duquel est érigée la fière statue de l’un d’eux avec inscrit sur son socle « Aux toréadors du monde ». Il y a tellement de monde pour prendre ce car que le chauffeur est obligé de compter les places libres avant de faire monter. Ça rentre mais tout juste. Un médiateur présent ne comprend pas cette affluence. J’ai une hypothèse : l’explosion du prix des carburants. Rester au pied du car et devoir attendre le suivant dans une heure, c’est ma crainte. Qui ne m’empêche pas à l’arrivée à Perpignan de faire recharger ma carte dix voyages pour quinze euros.
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La Sardane de la paix a été dessinée par Pablo Picasso le vingt septembre mil neuf cent cinquante-trois, jour de Fête de Saint-Ferréol, au Grand Café où, après avoir assisté à une corrida, il avait rejoint une réception organisée en son honneur par le Parti Communiste.
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A Céret il y a également un Musée de la Musique. Le compositeur Déodat de Séverac est mort dans cette ville (le Lycée porte son nom). Autre résidant compositeur, bien vivant, Pascal Comelade.
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Pas loin de l’Office du Tourisme, Ivre de Livres, un bouquiniste du genre pleurnichard. Une affichette en vitrine compare le prix de ses livres d’extérieur (un euro) avec ceux d’un voyage en car liO, de L’Indépendant, d’un timbre-poste, d’une baguette ordinaire et d’un café au bar, en précisant que son prix à lui (un euro) n’a pas bougé depuis dix ans. Les livres d’extérieur non plus je suppose (qui en voudrait ?). Ils seront encore là dans dix ans, au même prix. S’il ne fait pas faillite avant.
*
Impossible d’échapper aux jeux de mots avec un nom de bourg pareil. Exemple : le torréfacteur Un Café Céret.
16 avril 2026
Il a l’accent de Cioran donc je le suppose Roumain, un Roumain unijambiste à deux béquilles dans le Sankéo qui va vers la Gare Multimodale ce mercredi matin. Il élucubre sur l’électronique des bus qui rentre directement dans le cerveau de tout le monde. « Y a que moi qui le sais. » Chez les autres voyageurs : indifférence, sourire ou exaspération. Je me range dans la première catégorie.
C’est plus tranquille dans le liO Cinq Cent Trente de huit heures dix bien qu’il soit presque complet. Cette fois, je le quitte à l’arrêt Camping d’Amélie-les-Bains afin de jouir de la vue sur Palalda, ce bourg de toute beauté accroché au versant d’en face.
Je descends ensuite par le bord de route jusqu’au centre d’Amélie où coule le Tech. L’aimable employé de l’Office du Tourisme me donne l’horaire du minibus qui part de la Gare Routière pour un circuit à un euro qui vous fait passer à Palalda.
Dans celui de dix heures vingt-cinq, quatre autochtones rentrent chez eux. Je suis le seul à descendre à l’arrêt Église, celle de Palalda. Elle est un peu plus haut et fermée. Près d’elle, les tours de l’ancien château féodal, la Mairie et une chapelle. Je marche un peu dans les rues descendantes mais ne voulant pas avoir à trop remonter, je ne vais pas loin, préférant m’asseoir au soleil du temps estival revenu dans le petit jardin du Rosaire entre l’Église et la Mairie.
Je rentre avec le minibus d’onze heures dix, sans avoir à repayer, avec lequel je fais le reste de la boucle. Un vieux couple, avec canne pour elle, rentre des courses, avec sac et chariot. Arrivés à leur résidence, lui et elle ont du mal à descendre. La peur de l’avenir proche doit les habiter. Je termine seul avec le chauffeur après moult détours et visite un peu Amélie dont toutes les rues montent. Je ne vais pas plus haut que l’Église.
Du terminus de la Gare Routière une rue pentue descend au restaurant L’Autentic, place de la Républic. Il bénéficie d’une terrasse de bord de l’eau sous les platanes. Au menu du jour : planche de charcuterie catalane, tête de veau sauce gribiche, verrine de pomme caramélisée et sa chantilly, avec bruit de cascade, pour vingt-deux euros quatre-vingt-dix. Il est servi par une gentille jolie petite serveuse qui se démène aidée par le patron. La tête de veau sauce gribiche, pas un plat de curiste, ni approuvé par mon médecin, mais c’est tellement bon.
Je prends le café à la terrasse du Grand Café de Paris où je suis seul. Il est servi avec une madeleine (un euro soixante seulement). Je photographie l’immeuble d’en face dont le dernier étage est cerné d’un balcon métallique en manque de peinture dont le dessous sert de support aux hirondelles pour y construire leurs nids.
Je rentre avec le même car liO qu’hier. Cette fois il a un quart d’heure de retard. Une partie des voyageurs n’est guère reluisante. L’un s’endort pendant le trajet et me tombe sur les genoux lors un virage.
*
La commune d’Amélie-les-Bains-Palalda fut créée en mil neuf cent quarante-deux par la fusion d’Amélie-les-Bains et de Palalda.
*
À Amélie-les-Bains-Palalda : un lieu d’exposition nommé Casa Restany (Pierre Restany est né ici), un mur de mosaïque d’après les dessins créés par les élèves de maternelle en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf (il est surmonté d’une publicité pour le Casino) et au fronton de la Mairie parmi les drapeaux, l’arc-en-ciel.
C’est plus tranquille dans le liO Cinq Cent Trente de huit heures dix bien qu’il soit presque complet. Cette fois, je le quitte à l’arrêt Camping d’Amélie-les-Bains afin de jouir de la vue sur Palalda, ce bourg de toute beauté accroché au versant d’en face.
Je descends ensuite par le bord de route jusqu’au centre d’Amélie où coule le Tech. L’aimable employé de l’Office du Tourisme me donne l’horaire du minibus qui part de la Gare Routière pour un circuit à un euro qui vous fait passer à Palalda.
Dans celui de dix heures vingt-cinq, quatre autochtones rentrent chez eux. Je suis le seul à descendre à l’arrêt Église, celle de Palalda. Elle est un peu plus haut et fermée. Près d’elle, les tours de l’ancien château féodal, la Mairie et une chapelle. Je marche un peu dans les rues descendantes mais ne voulant pas avoir à trop remonter, je ne vais pas loin, préférant m’asseoir au soleil du temps estival revenu dans le petit jardin du Rosaire entre l’Église et la Mairie.
Je rentre avec le minibus d’onze heures dix, sans avoir à repayer, avec lequel je fais le reste de la boucle. Un vieux couple, avec canne pour elle, rentre des courses, avec sac et chariot. Arrivés à leur résidence, lui et elle ont du mal à descendre. La peur de l’avenir proche doit les habiter. Je termine seul avec le chauffeur après moult détours et visite un peu Amélie dont toutes les rues montent. Je ne vais pas plus haut que l’Église.
Du terminus de la Gare Routière une rue pentue descend au restaurant L’Autentic, place de la Républic. Il bénéficie d’une terrasse de bord de l’eau sous les platanes. Au menu du jour : planche de charcuterie catalane, tête de veau sauce gribiche, verrine de pomme caramélisée et sa chantilly, avec bruit de cascade, pour vingt-deux euros quatre-vingt-dix. Il est servi par une gentille jolie petite serveuse qui se démène aidée par le patron. La tête de veau sauce gribiche, pas un plat de curiste, ni approuvé par mon médecin, mais c’est tellement bon.
Je prends le café à la terrasse du Grand Café de Paris où je suis seul. Il est servi avec une madeleine (un euro soixante seulement). Je photographie l’immeuble d’en face dont le dernier étage est cerné d’un balcon métallique en manque de peinture dont le dessous sert de support aux hirondelles pour y construire leurs nids.
Je rentre avec le même car liO qu’hier. Cette fois il a un quart d’heure de retard. Une partie des voyageurs n’est guère reluisante. L’un s’endort pendant le trajet et me tombe sur les genoux lors un virage.
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La commune d’Amélie-les-Bains-Palalda fut créée en mil neuf cent quarante-deux par la fusion d’Amélie-les-Bains et de Palalda.
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À Amélie-les-Bains-Palalda : un lieu d’exposition nommé Casa Restany (Pierre Restany est né ici), un mur de mosaïque d’après les dessins créés par les élèves de maternelle en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf (il est surmonté d’une publicité pour le Casino) et au fronton de la Mairie parmi les drapeaux, l’arc-en-ciel.
15 avril 2026
En ce mardi de soleil revenu mais de tramontane maintenue, direction l’intérieur des terres par la vallée du Vallespir où coule le Tech. Pour ce faire, à la Gare Multimodale, je prends le car liO Cinq Cent Trente de huit heures dix, terminus Arles-sur-Tech.
Dans celui-ci, de la jeunesse collégienne et des travailleurs travailleuses. Une moitié descendent au Boulou, station thermale où Vladimir Nabokov séjourna de février à juin mil neuf cent vingt-neuf et écrivit l'essentiel de La Défense Loujine. L’autre moitié descend à Céret. Le car continue avec quelques nouvelles et nouveaux. Il s’arrête à Amélie-les-Bains, autre station thermale, et enfin c’est Arles-sur-Tech.
Je monte dans le village aux maisons rustiques, aperçois la tour de l’Abbaye Sainte-Marie mais ai du mal à en trouver l’entrée. C’est celle de l’Office du Tourisme. J’y suis accueilli par une gentille dame à qui je paie quatre euros pour avoir le privilège de visiter seul ce remarquable bâtiment, la plus ancienne abbaye carolingienne de Catalogne. Je passe d’abord dans le cloître, tout simple mais bâti en marbre blanc et en pierre de Genome, puis entre par le côté dans l’église de type basilical (c’est-à-dire à trois nefs parallèles) et m’attarde en ses différentes chapelles. J’en sors par le devant et découvre, protégée par des grilles, la Sainte Tombe, un sarcophage du quatrième siècle qui sécrète de façon inexpliquée de l’eau claire depuis qu’il a abrité les reliques des Saints Abdon et Sennen. Au-dessus d’icelle, le gisant de Guillem Gaucelm, seigneur de Tellet, enterré le dix avril mil deux cent onze. Il me reste à voir le logis contigu, le Palau, où se tient une exposition sur la Fête de l’Ours. « Celle de Prats-de-Mollo est plus violente », me dit l’aimable employé de l’Office du Tourisme. Leur ours est enduit de graisse et de peinture et il aime se frotter aux vêtements clairs. « Vous êtes en noir, il y aurait moins de risque qu’il s’en prenne à vous. »
Je traverse ensuite la rue pour voir l’Hôtel de Ville de style Belle Époque puis remonte dans le village où m’attendait une des deux tables au soleil du Can Poch. L’autre est occupée par le patron qui se la coule douce. Mon café bu (un euro soixante-dix), je remonte à l’intérieur du bourg, passe devant l’Église Saint Sauveur et des boutiques définitivement fermées.
De retour au Can Poch, je déjeune à l’intérieur pour dix-huit euros cinquante d’un buffet de crudités, d’une bavette sans aucune sauce avec des frites industrielles et d’un gâteau au chocolat. Le tragique de l’histoire, c’est qu’à part moi, seul le patron y mange, servi comme moi et en parallèle par sa femme (elle et lui ne se disent pas un mot mais n’ont pas l’air fâché). La télé est branchée sur France Trois qui passe du quartier du Pollet à Dieppe à Anna Akhmatova puis au viol en réunion d’une autostoppeuse en Nouvelle-Calédonie.
Avant de rentrer avec le treize heures trente-cinq, j’ai le temps de descendre jusqu’au Tech. Il coule paisiblement. Le chemin longe un bâtiment métallique ruiné. Sur la place, un panneau à demi effacé : Carreau de la mine d’Arles-sur-Tech.
C’est le jour des contrôles, dans le car liO du retour à l’arrêt du Boulou puis dans le bus Sankéo à l’arrêt du Castillet.
*
Sur la vitrine d’une charcuterie d'Arles-sur-Tech définitivement fermée, une grande affiche manuscrite : « Suite à une fermeture administrative, je ne me sens pas le courage à 76 ans d’investir dans les travaux pour continuer. »
*
Une plaque commémorative : « Maison natale du poète Henri Muchart ». Il est prophète en son pays.
*
Sur la Gare désaffectée, une plaque en hommage aux Républicains espagnols passés par là lors de la Retirada.
*
Charles Trenet venait à Arles-sur-Tech régulièrement, son père ayant été Maire de la commune, nommé par le Gouvernement de Vichy, de mil neuf cent quarante et un à quarante-deux. Eh oui !
Dans celui-ci, de la jeunesse collégienne et des travailleurs travailleuses. Une moitié descendent au Boulou, station thermale où Vladimir Nabokov séjourna de février à juin mil neuf cent vingt-neuf et écrivit l'essentiel de La Défense Loujine. L’autre moitié descend à Céret. Le car continue avec quelques nouvelles et nouveaux. Il s’arrête à Amélie-les-Bains, autre station thermale, et enfin c’est Arles-sur-Tech.
Je monte dans le village aux maisons rustiques, aperçois la tour de l’Abbaye Sainte-Marie mais ai du mal à en trouver l’entrée. C’est celle de l’Office du Tourisme. J’y suis accueilli par une gentille dame à qui je paie quatre euros pour avoir le privilège de visiter seul ce remarquable bâtiment, la plus ancienne abbaye carolingienne de Catalogne. Je passe d’abord dans le cloître, tout simple mais bâti en marbre blanc et en pierre de Genome, puis entre par le côté dans l’église de type basilical (c’est-à-dire à trois nefs parallèles) et m’attarde en ses différentes chapelles. J’en sors par le devant et découvre, protégée par des grilles, la Sainte Tombe, un sarcophage du quatrième siècle qui sécrète de façon inexpliquée de l’eau claire depuis qu’il a abrité les reliques des Saints Abdon et Sennen. Au-dessus d’icelle, le gisant de Guillem Gaucelm, seigneur de Tellet, enterré le dix avril mil deux cent onze. Il me reste à voir le logis contigu, le Palau, où se tient une exposition sur la Fête de l’Ours. « Celle de Prats-de-Mollo est plus violente », me dit l’aimable employé de l’Office du Tourisme. Leur ours est enduit de graisse et de peinture et il aime se frotter aux vêtements clairs. « Vous êtes en noir, il y aurait moins de risque qu’il s’en prenne à vous. »
Je traverse ensuite la rue pour voir l’Hôtel de Ville de style Belle Époque puis remonte dans le village où m’attendait une des deux tables au soleil du Can Poch. L’autre est occupée par le patron qui se la coule douce. Mon café bu (un euro soixante-dix), je remonte à l’intérieur du bourg, passe devant l’Église Saint Sauveur et des boutiques définitivement fermées.
De retour au Can Poch, je déjeune à l’intérieur pour dix-huit euros cinquante d’un buffet de crudités, d’une bavette sans aucune sauce avec des frites industrielles et d’un gâteau au chocolat. Le tragique de l’histoire, c’est qu’à part moi, seul le patron y mange, servi comme moi et en parallèle par sa femme (elle et lui ne se disent pas un mot mais n’ont pas l’air fâché). La télé est branchée sur France Trois qui passe du quartier du Pollet à Dieppe à Anna Akhmatova puis au viol en réunion d’une autostoppeuse en Nouvelle-Calédonie.
Avant de rentrer avec le treize heures trente-cinq, j’ai le temps de descendre jusqu’au Tech. Il coule paisiblement. Le chemin longe un bâtiment métallique ruiné. Sur la place, un panneau à demi effacé : Carreau de la mine d’Arles-sur-Tech.
C’est le jour des contrôles, dans le car liO du retour à l’arrêt du Boulou puis dans le bus Sankéo à l’arrêt du Castillet.
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Sur la vitrine d’une charcuterie d'Arles-sur-Tech définitivement fermée, une grande affiche manuscrite : « Suite à une fermeture administrative, je ne me sens pas le courage à 76 ans d’investir dans les travaux pour continuer. »
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Une plaque commémorative : « Maison natale du poète Henri Muchart ». Il est prophète en son pays.
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Sur la Gare désaffectée, une plaque en hommage aux Républicains espagnols passés par là lors de la Retirada.
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Charles Trenet venait à Arles-sur-Tech régulièrement, son père ayant été Maire de la commune, nommé par le Gouvernement de Vichy, de mil neuf cent quarante et un à quarante-deux. Eh oui !
14 avril 2026
La pluie est là ce lundi et le vent qui lui tient compagnie, obligé de décrocher mon coupe-vent imperméable pour aller jusqu’à Secrets de Pains me percher avec mon allongé et mon pain au chocolat. Par ce temps, les arcades de la rue de la Barre sont bienvenues.
L’étape suivante me mène au Grand Café de la Poste. « Café verre d’eau ? » me crie de loin le serveur qui a l’âge d’économiser ses pas. J’ai Casanova avec moi. J’ai commencé à vivre en vraie indépendant de tout ce qui pouvait mettre des bornes à mes inclinations. D’abord que je respectais les lois il me semblait de pouvoir mépriser les préjugés. Durant cette lecture, la pluie se calme puis cesse.
Je déjeune au Café de la Source où le plat du jour est la poire de bœuf sauce échalotes. Malheureusement, l’entrée du jour est toujours la même et le dessert du jour aussi.
À droite en sortant est la rue de la Grande Monnaie. Je l’emprunte puis, en montant plus ou moins droit, j’atteins le Palais des Rois de Majorque, mastoc et entouré d’écoles d’où proviennent les cris de l’interclasse. L’imposante citadelle domine Perpignan et offre une vaste vue sur la ville et le Canigou. Construit à la fin du treizième siècle, le Palais est l’une des plus vieilles résidences royales de France. Il a été édifié après que Jaume le Conquérant eut décidé de faire de Perpignan la capitale du Royaume de Majorque qui englobait les Baléares, la Seigneurie de Montpellier et les Comtés catalans de Roussillon et de Cerdagne. Au fil du temps, le Palais fut volontairement abandonné avant d’être converti au dix-septième siècle en citadelle militaire. Une vocation qu’il a conservée en partie puisqu’il abrite un détachement de l’armée « Terrain militaire : photos interdites ».
J’accède à l’intérieur du Palais par de grands escaliers cavaliers se faufilant entre d’épais remparts et me voici face au bâtiment intérieur partiellement en travaux. Je m’attarde près d’une sculpture de femme nue. Ça ressemble à du Maillol mais je ne crois pas que ça en soit. Encore une muraille à franchir et c’est la cour centrale où se dresse ce qui ressemble à une église. À gauche, l’entrée payante à neuf euros. Je m’en dispense n’ayant pas envie de m’instruire.
Pour redescendre au cœur de la ville, je passe par le quartier gitan de plus ou moins bonne réputation. Comme il fait froid, les femmes ne sont pas assises sur le seuil. Certaines sont à leur fenêtre, des hommes aussi. Attention à ne pas les prendre en photo. J’arrive place de la République où des cafés et restaurants sont fermés comme un lundi. C’est donc au Grand Café de la Poste ouvert sept jours sur sept que je bois le mien avant de casanover.
*
Je n'y croyais guère, n’ayant pu envoyer une photo, et pourtant la Senecefe m’informe que je suis remboursé de la moitié du billet pour Paris que je n’ai pas pu utiliser un mercredi où le train était bloqué entre Le Havre et Rouen, soit quatre euros sous forme de code à utiliser lors d’un prochain voyage.
*
Mon ordinateur Lenovo ThinkPad m’inquiète. Depuis quelques temps, une fois par jour, en cours d’utilisation, il présente un écran noir d’une seconde qui se répète une fois. J’en ignore la cause.
L’étape suivante me mène au Grand Café de la Poste. « Café verre d’eau ? » me crie de loin le serveur qui a l’âge d’économiser ses pas. J’ai Casanova avec moi. J’ai commencé à vivre en vraie indépendant de tout ce qui pouvait mettre des bornes à mes inclinations. D’abord que je respectais les lois il me semblait de pouvoir mépriser les préjugés. Durant cette lecture, la pluie se calme puis cesse.
Je déjeune au Café de la Source où le plat du jour est la poire de bœuf sauce échalotes. Malheureusement, l’entrée du jour est toujours la même et le dessert du jour aussi.
À droite en sortant est la rue de la Grande Monnaie. Je l’emprunte puis, en montant plus ou moins droit, j’atteins le Palais des Rois de Majorque, mastoc et entouré d’écoles d’où proviennent les cris de l’interclasse. L’imposante citadelle domine Perpignan et offre une vaste vue sur la ville et le Canigou. Construit à la fin du treizième siècle, le Palais est l’une des plus vieilles résidences royales de France. Il a été édifié après que Jaume le Conquérant eut décidé de faire de Perpignan la capitale du Royaume de Majorque qui englobait les Baléares, la Seigneurie de Montpellier et les Comtés catalans de Roussillon et de Cerdagne. Au fil du temps, le Palais fut volontairement abandonné avant d’être converti au dix-septième siècle en citadelle militaire. Une vocation qu’il a conservée en partie puisqu’il abrite un détachement de l’armée « Terrain militaire : photos interdites ».
J’accède à l’intérieur du Palais par de grands escaliers cavaliers se faufilant entre d’épais remparts et me voici face au bâtiment intérieur partiellement en travaux. Je m’attarde près d’une sculpture de femme nue. Ça ressemble à du Maillol mais je ne crois pas que ça en soit. Encore une muraille à franchir et c’est la cour centrale où se dresse ce qui ressemble à une église. À gauche, l’entrée payante à neuf euros. Je m’en dispense n’ayant pas envie de m’instruire.
Pour redescendre au cœur de la ville, je passe par le quartier gitan de plus ou moins bonne réputation. Comme il fait froid, les femmes ne sont pas assises sur le seuil. Certaines sont à leur fenêtre, des hommes aussi. Attention à ne pas les prendre en photo. J’arrive place de la République où des cafés et restaurants sont fermés comme un lundi. C’est donc au Grand Café de la Poste ouvert sept jours sur sept que je bois le mien avant de casanover.
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Je n'y croyais guère, n’ayant pu envoyer une photo, et pourtant la Senecefe m’informe que je suis remboursé de la moitié du billet pour Paris que je n’ai pas pu utiliser un mercredi où le train était bloqué entre Le Havre et Rouen, soit quatre euros sous forme de code à utiliser lors d’un prochain voyage.
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Mon ordinateur Lenovo ThinkPad m’inquiète. Depuis quelques temps, une fois par jour, en cours d’utilisation, il présente un écran noir d’une seconde qui se répète une fois. J’en ignore la cause.
13 avril 2026
Du vent mais pas de pluie quand je me dirige vers Secrets de Pains qui ouvre aussi le dimanche à compter d’aujourd’hui. Perché face à la vitre, j’ai vue sur les nuages noirs au-dessus des toitures. En conséquence, point d’excursion.
Au Grand Café de la Poste, où j’entre à neuf heures, Pascal Danel ne chante pas les neiges du Canigou mais celles du Kilimandjaro. Mon café bu, je trouve Casanova occupé à manger des dragées empâtées de cheveux réduits en poudre de celle qu’il dit aimer, c’est-à-dire qu’il veut baiser.
En fin de matinée, je remonte tout droit dans la vieille ville jusqu’à atteindre l’Hôtel Palms que l’on peut visiter gratuitement à partir d’onze heures. « Vous êtes le premier », me dit la dame de l’accueil. Cela me permet de faire des photos sans être gêné par autrui. À l’origine usine à architecture métallique et demeure mitoyenne de Pierre Bardou, héritier du papier à cigarette JOB, ce lieu fut transformé par sa fille Jeanne et son gendre Jules Pams en un somptueux hôtel particulier dessiné par l’architecte Léopold Carlier. Les décors Fin de Siècle et Art Nouveau voisinent avec les insignes de la marque JOB et les allégories de la Côte Vermeille. Le grand escalier est orné de peintures de Paul Gervais. Le puits de jour célèbre les arts, l’industrie et la gloire maritime de Port-Vendres. Les panneaux sculptés proviennent du pavillon chinois de l’Exposition Universelle de mil huit cent quatre-vingt-neuf. Un patio-jardin invite à la détente. Un atelier vide témoigne des origines industrielles de la fortune des Pams. De l’autre côté de la rue est un autre bâtiment JOB. Il ne se visite pas. Entre les deux flottent un drapeau tricolore et un drapeau européen.
A midi j’opte pour le Café de la Paix, place Arago, qui propose un menu du dimanche à vingt et un euros cinquante : noix de Saint-Jacques glacée à la clémentine, parillade de poissons (loup, cabillaud et saumon), choco mousse. Une cuisine élaborée mais un endroit rendu ennuyeux par sa clientèle de couples qui s’ennuient.
J’en sors néanmoins content, monte dans mon logis provisoire avec l’ascenseur, en redescends par le bel escalier, vais sur la droite, prends la deuxième à droite, la rue de la Main de Fer, et entre à la Casa Xanxo, un bâtiment édifié au début du seizième siècle par Bernat Xanxo, riche marchand drapier. Cette demeure gothique se composait d’entrepôts, d’une cave voûtée pour le stockage de marchandises et d’une grande salle de réception à l’étage. La Casa Xanxo a été l’objet de nombreux remaniements jusqu’en mil neuf cent quarante-deux. A l’étage noble, une frise énigmatique met en scène des personnages grotesques et des animaux. La Casa Xanxo accueille désormais le Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine de Perpignan. Elle se visite gratuitement. L’endroit manque de charme et de personnalité. Comme je ne m’intéresse guère à l’urbanisme et pas du tout à celui de Perpignan, j’y reste peu longtemps.
Je me présente à quatorze heures quinze, place Arago, à l’entrée de l’institution locale Café Vienne où déjeune la bourgeoisie à cheveux blancs. Une des nombreuses serveuses en tenue classique me trouve la table idéale, d’où j’ai vue sur une partie d’une des salles et du comptoir, pour boire un café à deux euros soixante. C’est un endroit où lire Casanova. Dehors, le vent souffle mais il ne pleut toujours pas.
*
Vie locale : le huit avril l’Adjointe à la Mairie de Perpignan chargée de l’habitat (Rassemblement National) a reconnu des faits de « violences, menaces et outrages » sur une Policière lors d’un contrôle routier et d’un dépistage d’alcoolémie auquel elle a refusé de se soumettre. Elle a été condamnée à quatre mois de prison avec sursis et à une suspension de permis de conduire. Elle a ensuite démissionné. Cette femme s’appelle Bravo.
Au Grand Café de la Poste, où j’entre à neuf heures, Pascal Danel ne chante pas les neiges du Canigou mais celles du Kilimandjaro. Mon café bu, je trouve Casanova occupé à manger des dragées empâtées de cheveux réduits en poudre de celle qu’il dit aimer, c’est-à-dire qu’il veut baiser.
En fin de matinée, je remonte tout droit dans la vieille ville jusqu’à atteindre l’Hôtel Palms que l’on peut visiter gratuitement à partir d’onze heures. « Vous êtes le premier », me dit la dame de l’accueil. Cela me permet de faire des photos sans être gêné par autrui. À l’origine usine à architecture métallique et demeure mitoyenne de Pierre Bardou, héritier du papier à cigarette JOB, ce lieu fut transformé par sa fille Jeanne et son gendre Jules Pams en un somptueux hôtel particulier dessiné par l’architecte Léopold Carlier. Les décors Fin de Siècle et Art Nouveau voisinent avec les insignes de la marque JOB et les allégories de la Côte Vermeille. Le grand escalier est orné de peintures de Paul Gervais. Le puits de jour célèbre les arts, l’industrie et la gloire maritime de Port-Vendres. Les panneaux sculptés proviennent du pavillon chinois de l’Exposition Universelle de mil huit cent quatre-vingt-neuf. Un patio-jardin invite à la détente. Un atelier vide témoigne des origines industrielles de la fortune des Pams. De l’autre côté de la rue est un autre bâtiment JOB. Il ne se visite pas. Entre les deux flottent un drapeau tricolore et un drapeau européen.
A midi j’opte pour le Café de la Paix, place Arago, qui propose un menu du dimanche à vingt et un euros cinquante : noix de Saint-Jacques glacée à la clémentine, parillade de poissons (loup, cabillaud et saumon), choco mousse. Une cuisine élaborée mais un endroit rendu ennuyeux par sa clientèle de couples qui s’ennuient.
J’en sors néanmoins content, monte dans mon logis provisoire avec l’ascenseur, en redescends par le bel escalier, vais sur la droite, prends la deuxième à droite, la rue de la Main de Fer, et entre à la Casa Xanxo, un bâtiment édifié au début du seizième siècle par Bernat Xanxo, riche marchand drapier. Cette demeure gothique se composait d’entrepôts, d’une cave voûtée pour le stockage de marchandises et d’une grande salle de réception à l’étage. La Casa Xanxo a été l’objet de nombreux remaniements jusqu’en mil neuf cent quarante-deux. A l’étage noble, une frise énigmatique met en scène des personnages grotesques et des animaux. La Casa Xanxo accueille désormais le Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine de Perpignan. Elle se visite gratuitement. L’endroit manque de charme et de personnalité. Comme je ne m’intéresse guère à l’urbanisme et pas du tout à celui de Perpignan, j’y reste peu longtemps.
Je me présente à quatorze heures quinze, place Arago, à l’entrée de l’institution locale Café Vienne où déjeune la bourgeoisie à cheveux blancs. Une des nombreuses serveuses en tenue classique me trouve la table idéale, d’où j’ai vue sur une partie d’une des salles et du comptoir, pour boire un café à deux euros soixante. C’est un endroit où lire Casanova. Dehors, le vent souffle mais il ne pleut toujours pas.
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Vie locale : le huit avril l’Adjointe à la Mairie de Perpignan chargée de l’habitat (Rassemblement National) a reconnu des faits de « violences, menaces et outrages » sur une Policière lors d’un contrôle routier et d’un dépistage d’alcoolémie auquel elle a refusé de se soumettre. Elle a été condamnée à quatre mois de prison avec sursis et à une suspension de permis de conduire. Elle a ensuite démissionné. Cette femme s’appelle Bravo.
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