Le Journal de Michel Perdrial

Le Journal de Michel Perdrial


Dernières notes


Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.







Rss

21 avril 2015


Imagine-t-on Gustave Flaubert, Guy de Maupassant, Edmond de Goncourt, George Sand et Yvan Tourgueniev réunis au Théâtre des Arts de leur époque pour évoquer Corneille ? Les temps ont changé (comme on dit) et, ce samedi après-midi, Pierre Bergounioux, Annie Ernaux, Pierre Michon, Christine Montalbetti et Jean-Philippe Toussaint, sont attendus au Théâtre des Arts (Opéra de Rouen) pour parler de Flaubert, à l’invitation de l’Université.
L’entrée est libre et gratuite mais le public intéressé semble mince. Assis sur l’un des bancs du parvis, j’attends la levée des grilles contre laquelle sont vautrés les zonards habituels. Un peu plus loin, la femme au caniche expérimente le ménage à trois, plus calme que sa vie de couple.
Quand la grille se lève, deux des zonards transportent un troisième, ivre mort, jusqu’à la pelouse. Il faut encore attendre l’ouverture des portes, ce qui fait râler les arrivant(e)s. Certaines sont à canne ou à béquille. Enfin, il est permis de s’installer au foyer où une table à micros attend les intervenant(e)s. Dans un coin, la librairie L’Armitière a dépêché son néo barbu pour vendre un choix étique de livres des invité(e)s. D’autres tables permettront à ces cinq auteur(e)s de dédicacer. Une caméra est en place pour filmer les échanges que l’on pourra revoir via Internet.
Que des écrivains actuellement parmi les plus importants de langue française (pour quatre d’entre eux) ne déplacent que quelques dizaines d’auditrices et d’auditeurs en dit long. Aucune de mes connaissances n’est là. Je partage ma table avec deux femmes non moins âgées que moi.
L’installation sonore mise en place par l’Opéra de Rouen dysfonctionne, ce qui complique le début de l’échange entre Pierre Bergounioux (pantalon et chemise rustiques) et son poseur de questions, l’attaché temporaire d'enseignement et de recherche au Collège de France Matthieu Vernet (cravate, élégantes lunettes, soupçon de barbe). Les questions sont floues et les réponses alambiquées, qu’on comprend mieux toutefois quand un technicien remplace enfin le micro défaillant. Le maigre public est invité à poser quelques questions. Le premier à demander le micro est un exalté qui annonce qu’on nous cache que Flaubert était franc-maçon, ce à quoi Bergounioux ne peut répondre.
Annie Ernaux fait suite, interrogée par Françoise Simonet-Tenant, universitaire spécialiste des journaux personnels, pour un dialogue plus concret que le précédent. « « J’ai lu tout Flaubert et sa correspondance. » avez-vous dit, pouvez-vous nous en dire plus sur cette conjonction de coordination ? » demande la questionneuse. Annie Ernaux confirme que pour elle la correspondance de Flaubert ne fait pas partie de son œuvre. C’est pourtant cette correspondance que je préfère, me dis-je, et je donnerais tous les romans pour une poignée de lettres de Gustave.
A la pause, je prends un café puis l’air sur la terrasse, assistant de là-haut à l’arrivée de Pierre Michon et de sa jolie fille Louise (« J'ai de la tendresse pour Louise, Louise Colet », nous dira-t-il plus tard). Le poseur de la question sur Flaubert franc-maçon distribue un flayeur vantant le livre à trente-cinq euros qu’il a écrit sur le sujet. Je demande à Matthieu Vernet ce qu’il en pense. « Cela me paraît bien fumeux », me répond-il.
Pierre Michon est interrogé par Matthieu Vernet. Les questions sont, cette fois encore, un peu obscures mais les réponses parfaitement claires et font montre d’un amusement critique envers l’auteur étudié et son style. Parmi les piques envoyées par Michon à Gustave, réputé pour s’épuiser tel un moine jusqu’à obtenir la phrase parfaite : « On peut faire des ratures toute la journée, ce n’est pas très fatigant. »
Je ne connais pas et ignorais même le nom de  Christine Montalbetti, questionnée par Christine Lecerf, que je connais, elle, par ses émissions de France Culture et son livre d’entretien avec Elfriede Jelinek. « Il semble qu’ici les femmes doivent interroger les femmes et les hommes interroger les hommes » remarque cette dernière en introduction. J’apprends que Christine Montalbetti aime les voyages. C’est une écrivaine de nouvelle génération, à résidences d’écriture à l’étranger et à ateliers d’écriture pour avoir un revenu.
Pour finir, Jean-Philippe Toussaint, de noir vêtu, est interrogé par Thierry Roger, maître de conférence à l’Université de Rouen, dont les questions sont si embrouillées qu’il me fait penser à Desproges interrogeant Sagan. Jean-Philippe Toussaint trouve pourtant des réponses limpides à lui faire.
Une séance de dédicaces suit pour laquelle je n’ai pas de livres à présenter, ayant offert mes nombreux Ernaux et revendu tous mes Michon, mes deux Toussaint et ma miette de Bergounioux.
Yvon Robert, Maire de Rouen, est arrivé. Un cocktail d’inauguration du parcours « Flaubert dans la ville » (uniquement sur invitation) doit suivre, déjà partiellement installé quand je quitte le lieu.
Imagine-t-on Gustave Flaubert, Guy de Maupassant, Edmond de Goncourt, George Sand et Yvan Tourgueniev boire un verre avec le Maire de Rouen d’alors ?
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Opportunément, ce samedi, le site Des Lettres en publie une de Gustave Flaubert à Louis Bouilhet, écrite quand en compagnie de Maxime Du Camp il voyageait en Orient et que tous deux pratiquaient ce qu’aujourd’hui les bonnes consciences de toute obédience nomment pour le condamner le tourisme sexuel : Voyageant pour notre instruction et chargés d’une mission par le gouvernement, nous avons regardé comme de notre devoir de nous livrer à ce mode d’éjaculation.
À propos, écris donc cul avec un L et non cu. Ça m’a choqué. conclut Gustave.
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Flaubert était un véritable ébéniste littéraire qui astiquait partout pour que ça brille. Résultat: médiocrité, ennui. Paul Léautaud (Entretiens avec Robert Mallet)
 

20 avril 2015


C’est la foule habituelle devant la porte de la Halle aux Toiles, ce vendredi matin, tout le monde attendant avec impatience dix heures pour se précipiter sur les livres d’occasion que vend le Secours Populaire rouennais au profit de ses bonnes œuvres. Je discute avec un malade de mon genre, forcément là lui aussi, comme d’autres de ma connaissance, et à l’heure dite c’est chacun pour soi.
Assez vite me parviennent les plaintes et déconvenues des concurrents, « pas grand-chose d’intéressant », « prix trop élevés ». Il n’empêche que leurs sacs se remplissent et le mien également. S’y trouvent notamment la belle édition André Dimanche de Seins de Ramón Gómez de la Serna et de quoi faire deux surprises.
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Je me remets de l’effort en prenant un café verre d’eau au Son du Cor observant la mise en place d’une autre bouffonnerie culturelle d’avril, le parcours Flaubert qui passe par la rue Eau-de-Robec, une aubaine pour les artistes institutionnel(le)s. L’une, que je connais, grimpée sur un échafaudage, accroche des petits papiers dans les arbres fleuris autour du terrain de pétanque avec écrit dessus des citations de Gustave, je suppose.
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France Culture n’est plus en grève. Le matin de ce vendredi, émission sur les séries ; l’après-midi, émission sur le foute. La Culture est bien à plaindre.
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Pas étonnant que les poissons qu’on ramène du marché empestent : ils sont emballés dans le journal de la veille. William Humphrey à Nick Lyons, le vingt neuf décembre mil neuf cent quatre-vingt-un, in Loin du Texas, lettres choisies (Arcades Gallimard).
J’ignorais jusqu’au nom de cet écrivain américain dont j’ai lu au lit l’intéressante correspondance littéraire, des espoirs de sa jeunesse à l’alcoolisme de sa vieillesse.

18 avril 2015


Malgré plusieurs passages à la billetterie, impossible d’avoir autre chose pour poser mes fesses qu’un strapontin de corbeille ce jeudi soir à l’Opéra de Rouen, pourtant Cendrillon par le Malandain Ballet Biarritz est donné deux soirs de suite.
Aucune place disponible n’a-t-on cessé de me dire avec le sourire. Comment expliquer une telle affluence ? Je l’apprends en entendant des messages fébriles dans les toki-ouokis des placeuses et placeurs que l’on avertit d’avoir à faire face à des meutes de scolaires.
J’en ai bientôt une brochette à la rangée précédente, mais je ne m’en plains pas, que des jolies lycéennes. La plus proche a un pied fraîchement plâtré et deux béquilles dont elle ne sait que faire.
Comme souvent, quand ça doit être complet, il reste de nombreuses places disponibles et parmi les meilleures. J’abandonne les lycéennes pour aller m’installer derrière le maître des lieux et malgré mon peu de goût pour la danse néo-classique me laisse emporter par le ballet.
La musique est de Sergueï Prokofiev, c’est plein d’idées, c’est bien dansé, Cendrillon est fort jolie, et bien sûr le chorégraphe Thierry Malandain a pris soin de montrer qu’il n’est pas dupe, avec clin d’œil à l’appui, la marâtre (qui, elle, sait quoi faire avec ses béquilles) et les vilaines demi-sœurs sont jouées par des hommes.
Le succès est au bout, avec applaudissements qui durent longtemps et bravos criés. Tout ce monde, pour qui la danse s’est arrêtée il y a bien longtemps, repart content, et moi un peu quand même.
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Dans la série des bouffonneries dont désormais sont friandes les institutions culturelles, le Musée des Beaux-Arts de Rouen organise « une soirée étudiante » le vingt-deux avril avec visite « décalée » de l’exposition des peintures de Sienne par un duo de comiques nommé les Naufragés du Temps, « humour et découvertes seront au rendez-vous ». Cet évènement est programmé dans le cadre d’un « projet tuteuré » entre le Musée et des étudiantes du Master Deux Métiers de la Culture. La Culture est bien à plaindre.
 

17 avril 2015


Le train de huit heures sept m’emmène à Paris ce mercredi. Dans le carré le plus proche de mon siège quatre étudiantes parlent de leur saison préférée. « Les vacances de la Toussaint, c’est celles où il y a Halloween ? », demande l’une. Une quinquagénaire vêtue d’un gilet poilu installée dans le carré voisin du leur est plongée dans Nos ancêtres les Germains (les archéologues au service du nazisme) de Laurent Olivier. Elle en souligne des paragraphes entiers au stylo bleu et écrit ses commentaires à l’intérieur de la couverture. Tout à coup, se croyant peut-être en salle de cours, elle se tourne vers les quatre filles et leur intime de parler moins fort. Du coup, jusqu’à Saint-Lazare, elles ne pipent.
« Ne vous faites plus rouler pour un joint » conseille la publicité d’un site de plomberie dans les couloirs des métros Douze et Huit qui m’emmènent au Book-Off de la rue du Faubourg-Saint-Antoine. J’y fais quelques achats. Le beau temps m’incite ensuite à faire un tour au marché d’Aligre où j’aperçois parmi les acheteurs de brocante, sans en être étonné, un prof artiste des Beaux-Arts de Rouen.
A midi, je m’installe en terrasse à La Grille où je passe commande à la serveuse débutante tandis que le patron fait le mariole avec sa collection de chapeaux. La pauvre ne cesse de faire l’aller et  retour entre lui et moi mais impossible de connaître précisément le prix des vins. Par pitié pour elle et aussi parce que je me suis déjà fait avoir au moment de l’addition, je finis par commander une carafe d’eau. Après un hareng pommes à l’huile à peine tiède et l’habituel tagine au poulet, j’attends la mousse au chocolat promise quand la courageuse serveuse vient me dire que finalement il n’y en a pas. Dans ce cas, je me passerai de dessert, lui dis-je.
-Ça a été ?, me demande le coiffé d’un casque de pompier.
-Non, lui dis-je, mais je vais vous payer quand même et vous ne me reverrez pas.
Je rejoins la rue du Faubourg-Saint-Antoine et la remonte jusqu’à la place de la Nation, ce qui me rappelle le temps où j’allais attendre certaine à la sortie de l’Ecole Boulle. J’y prends le métro Deux jusqu’à Barbès où je change pour aller Porte de Clignancourt.
A l’arrivée, je pousse celle de La REcyclerie, sise dans l’ancienne gare Ornano. J’espère y trouver chaussures déjà faites à mon pied et pourquoi pas une veste. Je déchante, la vente n’a lieu qu’en certaines occasions. Ce jour, c’est cantine à bobos. Le mobilier, la décoration et la nourriture sont conformes. Je descends quand même voir à quoi ressemble l’extérieur. Le long de la voie ferrée désaffectée, d’autres mangeurs tiennent compagnie aux chèvres et aux poules.
Ressorti, je croise une autre population, plus représentative de cette partie de l’arrondissement, dans ces rues bien souvent parcourues du temps où je rendais visite à la même aux Amiraux. J’entre chez Emmaüs, rue de Clignancourt, mais point de chaussures à ma pointure, ni de livres à mon goût.
J’en trouve quelques-uns en fin d’après-midi à l’autre Book-Off puis à pied comme d’habitude, avec ma chaussure percée, je me rapproche de Saint-Lazare en faisant une pause Chez Léon. Outre les habituels piliers de comptoir, j’y côtoie deux sexagénaires. L’un a acheté à la fois Les Echos et Charlie Hebdo.
Cette semaine Luz réussit à être drôle en couverture. Sous le titre « Comment j’ai mangé mon père », on y voit la cromagnesque fille Le Pen déclarer en pleine action « Le plus dur, c’est de chier son œil de verre ! »
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Nul bar ailleurs, nom d’un troquet de la rue de Cotte, près de la place d’Aligre.
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Dans un autre café parisien :
« Dans mon immeuble à Max-Dormoy, y a que des blancs, des blancs et des jaunes, y a pas de … tu vois ce que je veux dire. »
 

16 avril 2015


« Ai-je bien fait ou non de prendre une place pour ce spectacle « en famille à partir de six ans » ? » C’est ce que je me demande ce mardi soir prenant le soleil sur la terrasse de l’Opéra de Rouen. Sur le parvis deux autres spectacles se jouent concurremment en s’ignorant l’un l’autre. Au centre, un branlotin fait des acrobaties avec un vélo fait pour cela sous le regard plus ou moins indifférent de ses semblables avachis au pied de la statue de Corneille. A gauche, un couple de clochards ivres s’engueule copieusement. Je reconnais celle connue en ville sous le nom de la femme au caniche, pas vue depuis longtemps. Il semble qu’elle ait remplacé le caniche par un luron dans son genre, à moins que l’animal soit endormi dans l’une des deux voitures d’enfant. L’homme, torse nu, une bière à la main, se met à invectiver le monde alentour. Elle, tout à coup, disparaît derrière une potiche géante où pousse une plante verte. Une rigole d’urine indique ce qu’elle y fait.
« Retour à la vie normale » me dit le chef placeur lorsque je rejoins l’intérieur. C’est une petite affluence. La plupart des abonné(e)s boudent la soirée. Les familles se munissent de rehausseurs pour leurs plus de cinq ans, ce que refuse obstinément une neuf ans près de moi, vexée comme une puce.
Après un coup de tonnerre, les Jeux d’enfants de Georges Bizet sont joués à quatre mains par un couple, tandis que celle qui chante avant et après des mélodies du même a le rôle d’accessoiriste, montrant une poupée quand est joué Poupée, une toupie quand est joué Toupie, etc.. Cela dure moins d’une heure, la salle étant plongée dans le noir, et me semble interminable.
J’ai la réponse à ma question.
                                                           *
En ouverture, sur le livret programme de ce spectacle pour enfants, cette pensée banale et contestable de Jean Cocteau : L’enfance croit ce qu’on lui raconte et ne le met pas en doute.
 

15 avril 2015


Grâce à l’aimable entremise de Michaël Feron qui m’en remet ce mardi matin l’exemplaire que je lui avais réservé, me voici repartant de la bouquinerie Le Rêve de l’Escalier avec le Quetton sous le bras, qui plus est sans l’avoir payé, cadeau de son aimable directeur et rédacteur en chef JF Rocking Yaset que je ne connais que de réputation et depuis longtemps, ayant lu, ici ou là, à différentes époques, son journal diffusé « sous le manteau ».
Il s’agit là du numéro vingt-neuf de la neuvième formule du journal « beau, satirique et artistique » paraissant depuis mil neuf cent soixante-sept à Cherbourg, rare survivant de cette presse que l’on disait parallèle dans les années soixante-dix, « douze pages pour mémoire », un numéro publié en janvier deux mille quinze suite aux assassinats islamistes à Charlie Hebdo et à l’hypermarché casher. Il est sous-titré « spécial liberté de la presse et pour faire ses courses en paix ».
A la une figure le dessin signé Voyer d’un kiosque à journaux submergé par les acheteurs : « Les laïcs ont enfin un lieu de culte ! ». A l’intérieur sont plein d’autres dessins d’humour ou d’humeur et des articles incisifs sur le sujet : « Il faut le dire, certains, fort insidieusement, nous auront menés de JE SUIS CHARLIE à une sorte de J’ESSUIE LE VOMI. », écrivent J.F. R. Yaset et Mary Von Goudal.
C’est l’ami Jean-Pierre Turmel (créateur du label Sordide Sentimental) qui m’avait averti de cette parution, étant l’auteur de l’article des pages deux et trois titré : Dieu n’existe pas mais il tue… et intertitré «  On n’a jamais vu un animal se prosterner ».
« Au début du XXe siècle la priorité était au minage des croyances chrétiennes », écrit-il, espérant que des hommes issus de la culture islamique vont de même travailler au début de ce siècle au minage des croyances musulmanes, nouvelle priorité.
On peut l’espérer mais j’ai des doutes. Dans les pays islamiques, actuellement, la critique est aussi peu possible que dans les pays chrétiens au temps de l’Inquisition.
                                                                *
Quelques courageux s’y risquent néanmoins, ainsi est paru en janvier deux mille quinze chez Grasset Le Blasphémateur, livre dans lequel le jeune blogueur palestinien Waleed Al-Husseini, raconte son emprisonnement pour blasphème et revendique son athéisme.
                                                                *
François Maspero était le dernier des grands éditeurs des années soixante-dix encore vivant (ayant même commencé ses activités pendant la guerre d’Algérie). Il est mort ce onze avril à l’âge de quatre-vingt-trois ans. Etrange catalogue que celui de sa maison où se côtoyaient les écrits des tyrans communistes (Mao, Castro, Enver Hodja, Ho Chi Minh) et les écrits libertaires de type Libres enfants de Summerhill de A.S. Neill.
Dans ma bibliothèque, venant de chez lui : Le droit à la paresse de Paul Lafargue et les quatre volumes de l’anthologie de textes anarchistes Ni Dieu ni Maître due à Daniel Guérin.
 

14 avril 2015


« Très bizarre de vous voir en dehors des murs », me dit le placeur en chef de l’Opéra de Rouen que je croise dans le jardin de l’Hôtel de Ville alors que je me rends chez Marché Plus pour quelques emplettes, c’est lundi.
-C’est réciproque, lui dis-je.
En début d’après-midi, je retrouve l’Opéra à l’Interlude où je renoue avec la terrasse, deux solistes de l’Orchestre y déjeunent ensemble. Dans le reste des attablé(e)s certain(e)s que je voyais tous les jours l’an dernier semblent ne pas avoir quitté leur table.
Je suis plongé dans le début du volume deux des Lettres au Castor et à quelques autres de Jean-Paul Sartre quand une de mes connaissances me salue.
-Pas de Son du Cor aujourd’hui, me dit-il.
-Eh non, c’est lundi.
Un lundi dont je ne ferai pas grand-chose. Elle est finie l’époque où j’allais les soirs de ce premier jour de semaine aux concerts gratuits du Kalif, faisant par tous les temps le chemin pentu à pied jusqu’à la lointaine salle de concert. L’envie m’en est passée.
Désormais, à l’annonce d’un concert, ma réaction est souvent : c’est trop loin ou bien c’est trop tard (comme pour ceux des Trois Pièces qui commencent au mieux à vingt et une heures).
                                                     *
L’idée, ce serait d’en avoir une.
 

13 avril 2015


Ce dimanche, le jour à peine levé, j’entre pédestrement dans l’île Lacroix. Un jeune homme barbu court après moi et me demande si j’y habite. Non, pourquoi ? Il a perdu son furet et un ami lui a dit en avoir vu un ici. Retrouver sur une île aussi grande l’animal dont on a fait une chanson obscène pour enfants n’entravant pas la contrepèterie ne va pas être simple. Je lui souhaite bonne chance et retrouve ma voiture, direction le vide grenier de Gaillon.
Je me gare à l’entrée, parcours par deux fois la rue principale pentue et les places attenantes sans y trouver le moindre livre à mon goût, ne dépensant mon argent que pour du ruban adhésif et des confitures.
Sur la route du retour je fais un crochet par Saint-Etienne-du-Vauvray. Une habitante m’indique où trouver le vide grenier inédit qui s’y tient sur les hauteurs dans un récent quartier pavillonnaire. De jeunes couples avec enfants ont déballé devant la maison dont ils viennent de devenir propriétaire au milieu de pas grand-chose dans un village sans commerçants. On trouve donc là des jouets et de la layette.
Rentré à Rouen, je vais profiter du soleil à la terrasse du Son du Cor où je suis entouré de trentenaires « retour du marché » venus faire là leur bronche dominical. Il est réjouissant de voir ces jeunes gens, dont beaucoup votent écolo, dévorer saucissons, pâtés et fruits d’importation en discutant de sujets sans intérêt (séries, foute, etc.).
On bronche aussi à l’Ubi dont c’est le premier anniversaire, ou plutôt devant l’Ubi. Les tables ont été sorties sur le trottoir de la rue Alsace-Lorraine entre vitrine et voie de bus Teor. Le coup de soleil est assuré et l’ambiance mise par un accordéon roumain. La fête ouverte à tous n’a pas attiré foule.
Ne m’y arrêtant pas, je vais faire le tour du vide grenier qui se tient sur et autour de la place Lelieur, pas loin de la Cathédrale. Je n’y trouve rien pour moi, hormis un livre que le vendeur peu sympathique prétend me vendre à un prix que je n’ai pas envie d’accepter. Je le lui laisse, histoire de lui rappeler que c’est l’acheteur qui a le pouvoir.
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L’argument massue des jeunes parents broncheurs du Son du Cor à leurs moutard(e)s qui s’impatientent : « Cet après-midi, on va aller au parc ». Le parc, ce doit être le jardin de l’Hôtel de Ville. Le sous-entendu : Si tu continues à nous casser les pieds, on n’ira pas au parc.
                                                       *
Rouen, rue de la République. Femme portant fièrement sur son ventre un dossier sur lequel est écrit : Félicitation vous êtes enceinte.
 

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