Dernières notes
Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
14 avril 2026
La pluie est là ce lundi et le vent qui lui tient compagnie, obligé de décrocher mon coupe-vent imperméable pour aller jusqu’à Secrets de Pains me percher avec mon allongé et mon pain au chocolat. Par ce temps, les arcades de la rue de la Barre sont bienvenues.
L’étape suivante me mène au Grand Café de la Poste. « Café verre d’eau ? » me crie de loin le serveur qui a l’âge d’économiser ses pas. J’ai Casanova avec moi. J’ai commencé à vivre en vraie indépendant de tout ce qui pouvait mettre des bornes à mes inclinations. D’abord que je respectais les lois il me semblait de pouvoir mépriser les préjugés. Durant cette lecture, la pluie se calme puis cesse.
Je déjeune au Café de la Source où le plat du jour est la poire de bœuf sauce échalotes. Malheureusement, l’entrée du jour est toujours la même et le dessert du jour aussi.
À droite en sortant est la rue de la Grande Monnaie. Je l’emprunte puis, en montant plus ou moins droit, j’atteins le Palais des Rois de Majorque, mastoc et entouré d’écoles d’où proviennent les cris de l’interclasse. L’imposante citadelle domine Perpignan et offre une vaste vue sur la ville et le Canigou. Construit à la fin du treizième siècle, le Palais est l’une des plus vieilles résidences royales de France. Il a été édifié après que Jaume le Conquérant eut décidé de faire de Perpignan la capitale du Royaume de Majorque qui englobait les Baléares, la Seigneurie de Montpellier et les Comtés catalans de Roussillon et de Cerdagne. Au fil du temps, le Palais fut volontairement abandonné avant d’être converti au dix-septième siècle en citadelle militaire. Une vocation qu’il a conservée en partie puisqu’il abrite un détachement de l’armée « Terrain militaire : photos interdites ».
J’accède à l’intérieur du Palais par de grands escaliers cavaliers se faufilant entre d’épais remparts et me voici face au bâtiment intérieur partiellement en travaux. Je m’attarde près d’une sculpture de femme nue. Ça ressemble à du Maillol mais je ne crois pas que ça en soit. Encore une muraille à franchir et c’est la cour centrale où se dresse ce qui ressemble à une église. À gauche, l’entrée payante à neuf euros. Je m’en dispense n’ayant pas envie de m’instruire.
Pour redescendre au cœur de la ville, je passe par le quartier gitan de plus ou moins bonne réputation. Comme il fait froid, les femmes ne sont pas assises sur le seuil. Certaines sont à leur fenêtre, des hommes aussi. Attention à ne pas les prendre en photo. J’arrive place de la République où des cafés et restaurants sont fermés comme un lundi. C’est donc au Grand Café de la Poste ouvert sept jours sur sept que je bois le mien avant de casanover.
*
Je n'y croyais guère, n’ayant pu envoyer une photo, et pourtant la Senecefe m’informe que je suis remboursé de la moitié du billet pour Paris que je n’ai pas pu utiliser un mercredi où le train était bloqué entre Le Havre et Rouen, soit quatre euros sous forme de code à utiliser lors d’un prochain voyage.
*
Mon ordinateur Lenovo ThinkPad m’inquiète. Depuis quelques temps, une fois par jour, en cours d’utilisation, il présente un écran noir d’une seconde qui se répète une fois. J’en ignore la cause.
L’étape suivante me mène au Grand Café de la Poste. « Café verre d’eau ? » me crie de loin le serveur qui a l’âge d’économiser ses pas. J’ai Casanova avec moi. J’ai commencé à vivre en vraie indépendant de tout ce qui pouvait mettre des bornes à mes inclinations. D’abord que je respectais les lois il me semblait de pouvoir mépriser les préjugés. Durant cette lecture, la pluie se calme puis cesse.
Je déjeune au Café de la Source où le plat du jour est la poire de bœuf sauce échalotes. Malheureusement, l’entrée du jour est toujours la même et le dessert du jour aussi.
À droite en sortant est la rue de la Grande Monnaie. Je l’emprunte puis, en montant plus ou moins droit, j’atteins le Palais des Rois de Majorque, mastoc et entouré d’écoles d’où proviennent les cris de l’interclasse. L’imposante citadelle domine Perpignan et offre une vaste vue sur la ville et le Canigou. Construit à la fin du treizième siècle, le Palais est l’une des plus vieilles résidences royales de France. Il a été édifié après que Jaume le Conquérant eut décidé de faire de Perpignan la capitale du Royaume de Majorque qui englobait les Baléares, la Seigneurie de Montpellier et les Comtés catalans de Roussillon et de Cerdagne. Au fil du temps, le Palais fut volontairement abandonné avant d’être converti au dix-septième siècle en citadelle militaire. Une vocation qu’il a conservée en partie puisqu’il abrite un détachement de l’armée « Terrain militaire : photos interdites ».
J’accède à l’intérieur du Palais par de grands escaliers cavaliers se faufilant entre d’épais remparts et me voici face au bâtiment intérieur partiellement en travaux. Je m’attarde près d’une sculpture de femme nue. Ça ressemble à du Maillol mais je ne crois pas que ça en soit. Encore une muraille à franchir et c’est la cour centrale où se dresse ce qui ressemble à une église. À gauche, l’entrée payante à neuf euros. Je m’en dispense n’ayant pas envie de m’instruire.
Pour redescendre au cœur de la ville, je passe par le quartier gitan de plus ou moins bonne réputation. Comme il fait froid, les femmes ne sont pas assises sur le seuil. Certaines sont à leur fenêtre, des hommes aussi. Attention à ne pas les prendre en photo. J’arrive place de la République où des cafés et restaurants sont fermés comme un lundi. C’est donc au Grand Café de la Poste ouvert sept jours sur sept que je bois le mien avant de casanover.
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Je n'y croyais guère, n’ayant pu envoyer une photo, et pourtant la Senecefe m’informe que je suis remboursé de la moitié du billet pour Paris que je n’ai pas pu utiliser un mercredi où le train était bloqué entre Le Havre et Rouen, soit quatre euros sous forme de code à utiliser lors d’un prochain voyage.
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Mon ordinateur Lenovo ThinkPad m’inquiète. Depuis quelques temps, une fois par jour, en cours d’utilisation, il présente un écran noir d’une seconde qui se répète une fois. J’en ignore la cause.
13 avril 2026
Du vent mais pas de pluie quand je me dirige vers Secrets de Pains qui ouvre aussi le dimanche à compter d’aujourd’hui. Perché face à la vitre, j’ai vue sur les nuages noirs au-dessus des toitures. En conséquence, point d’excursion.
Au Grand Café de la Poste, où j’entre à neuf heures, Pascal Danel ne chante pas les neiges du Canigou mais celles du Kilimandjaro. Mon café bu, je trouve Casanova occupé à manger des dragées empâtées de cheveux réduits en poudre de celle qu’il dit aimer, c’est-à-dire qu’il veut baiser.
En fin de matinée, je remonte tout droit dans la vieille ville jusqu’à atteindre l’Hôtel Palms que l’on peut visiter gratuitement à partir d’onze heures. « Vous êtes le premier », me dit la dame de l’accueil. Cela me permet de faire des photos sans être gêné par autrui. À l’origine usine à architecture métallique et demeure mitoyenne de Pierre Bardou, héritier du papier à cigarette JOB, ce lieu fut transformé par sa fille Jeanne et son gendre Jules Pams en un somptueux hôtel particulier dessiné par l’architecte Léopold Carlier. Les décors Fin de Siècle et Art Nouveau voisinent avec les insignes de la marque JOB et les allégories de la Côte Vermeille. Le grand escalier est orné de peintures de Paul Gervais. Le puits de jour célèbre les arts, l’industrie et la gloire maritime de Port-Vendres. Les panneaux sculptés proviennent du pavillon chinois de l’Exposition Universelle de mil huit cent quatre-vingt-neuf. Un patio-jardin invite à la détente. Un atelier vide témoigne des origines industrielles de la fortune des Pams. De l’autre côté de la rue est un autre bâtiment JOB. Il ne se visite pas. Entre les deux flottent un drapeau tricolore et un drapeau européen.
A midi j’opte pour le Café de la Paix, place Arago, qui propose un menu du dimanche à vingt et un euros cinquante : noix de Saint-Jacques glacée à la clémentine, parillade de poissons (loup, cabillaud et saumon), choco mousse. Une cuisine élaborée mais un endroit rendu ennuyeux par sa clientèle de couples qui s’ennuient.
J’en sors néanmoins content, monte dans mon logis provisoire avec l’ascenseur, en redescends par le bel escalier, vais sur la droite, prends la deuxième à droite, la rue de la Main de Fer, et entre à la Casa Xanxo, un bâtiment édifié au début du seizième siècle par Bernat Xanxo, riche marchand drapier. Cette demeure gothique se composait d’entrepôts, d’une cave voûtée pour le stockage de marchandises et d’une grande salle de réception à l’étage. La Casa Xanxo a été l’objet de nombreux remaniements jusqu’en mil neuf cent quarante-deux. A l’étage noble, une frise énigmatique met en scène des personnages grotesques et des animaux. La Casa Xanxo accueille désormais le Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine de Perpignan. Elle se visite gratuitement. L’endroit manque de charme et de personnalité. Comme je ne m’intéresse guère à l’urbanisme et pas du tout à celui de Perpignan, j’y reste peu longtemps.
Je me présente à quatorze heures quinze, place Arago, à l’entrée de l’institution locale Café Vienne où déjeune la bourgeoisie à cheveux blancs. Une des nombreuses serveuses en tenue classique me trouve la table idéale, d’où j’ai vue sur une partie d’une des salles et du comptoir, pour boire un café à deux euros soixante. C’est un endroit où lire Casanova. Dehors, le vent souffle mais il ne pleut toujours pas.
*
Vie locale : le huit avril l’Adjointe à la Mairie de Perpignan chargée de l’habitat (Rassemblement National) a reconnu des faits de « violences, menaces et outrages » sur une Policière lors d’un contrôle routier et d’un dépistage d’alcoolémie auquel elle a refusé de se soumettre. Elle a été condamnée à quatre mois de prison avec sursis et à une suspension de permis de conduire. Elle a ensuite démissionné. Cette femme s’appelle Bravo.
Au Grand Café de la Poste, où j’entre à neuf heures, Pascal Danel ne chante pas les neiges du Canigou mais celles du Kilimandjaro. Mon café bu, je trouve Casanova occupé à manger des dragées empâtées de cheveux réduits en poudre de celle qu’il dit aimer, c’est-à-dire qu’il veut baiser.
En fin de matinée, je remonte tout droit dans la vieille ville jusqu’à atteindre l’Hôtel Palms que l’on peut visiter gratuitement à partir d’onze heures. « Vous êtes le premier », me dit la dame de l’accueil. Cela me permet de faire des photos sans être gêné par autrui. À l’origine usine à architecture métallique et demeure mitoyenne de Pierre Bardou, héritier du papier à cigarette JOB, ce lieu fut transformé par sa fille Jeanne et son gendre Jules Pams en un somptueux hôtel particulier dessiné par l’architecte Léopold Carlier. Les décors Fin de Siècle et Art Nouveau voisinent avec les insignes de la marque JOB et les allégories de la Côte Vermeille. Le grand escalier est orné de peintures de Paul Gervais. Le puits de jour célèbre les arts, l’industrie et la gloire maritime de Port-Vendres. Les panneaux sculptés proviennent du pavillon chinois de l’Exposition Universelle de mil huit cent quatre-vingt-neuf. Un patio-jardin invite à la détente. Un atelier vide témoigne des origines industrielles de la fortune des Pams. De l’autre côté de la rue est un autre bâtiment JOB. Il ne se visite pas. Entre les deux flottent un drapeau tricolore et un drapeau européen.
A midi j’opte pour le Café de la Paix, place Arago, qui propose un menu du dimanche à vingt et un euros cinquante : noix de Saint-Jacques glacée à la clémentine, parillade de poissons (loup, cabillaud et saumon), choco mousse. Une cuisine élaborée mais un endroit rendu ennuyeux par sa clientèle de couples qui s’ennuient.
J’en sors néanmoins content, monte dans mon logis provisoire avec l’ascenseur, en redescends par le bel escalier, vais sur la droite, prends la deuxième à droite, la rue de la Main de Fer, et entre à la Casa Xanxo, un bâtiment édifié au début du seizième siècle par Bernat Xanxo, riche marchand drapier. Cette demeure gothique se composait d’entrepôts, d’une cave voûtée pour le stockage de marchandises et d’une grande salle de réception à l’étage. La Casa Xanxo a été l’objet de nombreux remaniements jusqu’en mil neuf cent quarante-deux. A l’étage noble, une frise énigmatique met en scène des personnages grotesques et des animaux. La Casa Xanxo accueille désormais le Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine de Perpignan. Elle se visite gratuitement. L’endroit manque de charme et de personnalité. Comme je ne m’intéresse guère à l’urbanisme et pas du tout à celui de Perpignan, j’y reste peu longtemps.
Je me présente à quatorze heures quinze, place Arago, à l’entrée de l’institution locale Café Vienne où déjeune la bourgeoisie à cheveux blancs. Une des nombreuses serveuses en tenue classique me trouve la table idéale, d’où j’ai vue sur une partie d’une des salles et du comptoir, pour boire un café à deux euros soixante. C’est un endroit où lire Casanova. Dehors, le vent souffle mais il ne pleut toujours pas.
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Vie locale : le huit avril l’Adjointe à la Mairie de Perpignan chargée de l’habitat (Rassemblement National) a reconnu des faits de « violences, menaces et outrages » sur une Policière lors d’un contrôle routier et d’un dépistage d’alcoolémie auquel elle a refusé de se soumettre. Elle a été condamnée à quatre mois de prison avec sursis et à une suspension de permis de conduire. Elle a ensuite démissionné. Cette femme s’appelle Bravo.
12 avril 2026
Sainte-Marie-la-Mer, qui est ignorée de mon vieux Guide du Routard, se situe entre Le Barcarès (au nord) et Canet (au sud). Le samedi est le meilleur jour pour y aller en transport collectif quand on se lève tôt car c’est celui où le premier bus Cinq démarre de la Gare dès huit heures cinq.
Je prends ce bus au Castillet devant lequel débute un rassemblement de voitures anciennes fâcheusement nommé La Nuit des Longs Capots. Sans surprise, le public tournant autour des véhicules de collection est presque exclusivement masculin.
Nous sommes quatre passagers dans ce bus qui passe par Bompas et Villelongue-de-la-Salanque et je suis seul avec le chauffeur lorsque je descends au terminus Sainte-Marie Plage.
Je vais d’abord jusqu’au Port qui ne valait pas ce détour puis je marche le long de la Méditerranée mais pas bien loin car il y a là près du sable deux cafés restaurants à vastes terrasses. Je choisis celle du Y Sem Be pour m’asseoir et commander un café (un euro soixante-dix) avec un verre d’eau puis j’ouvre Casanova. Se retrouvent là des gens du coin qui embrassent la patronne en arrivant. Tou(te)s parlent du temps, trente et un degrés hier et demain on va perdre dix ou quinze avec de la pluie et du vent aussi.
Vers onze heures, je reprends la balade du bord de mer, passe devant le petit marché hebdomadaire et arrive à une autre concentration de restaurants. Je fais le tour de leurs propositions et retiens une table à l’intérieur au dernier, L’NJ. Un vent frais se lève aussi m’assois-je à l’abri face au petit marché pour attendre midi.
Dans le menu à vingt et un euros me retiennent les escargots à la catalane et le toro à la gardianne. « Pour le dessert, on verra plus tard », me dit la patronne qui plie des serviettes en papier pour calmer ses nerfs. J’ai vue sur la dune qui cache le large et sur la promenade où passe peu de monde. Tiens, une jolie blonde qui court en tenant sa longue natte à la main. Dans cette salle mangent aussi deux femmes. « La mère de mon gendre », dit l’une en présentant l’autre. « La mère de ma belle-fille », dit l’autre en présentant la première. Deux autres femmes sont sous la véranda pour pouvoir fumer. C’est toute la clientèle d’un samedi midi. Un étrange lieu qui peut faire peur mais que j’ai choisi pour l’ardoise dehors : « Ici on cuisine ».
Le plat d’escargots à la catalane est excellent, ils sont seize qui baignent dans la sauce. Le toro à la gardianne ne me déçoit pas mais ne me fera pas oublier celui manger aux Saintes-Maries-de-la-Mer il y a des années. En dessert, je choisis une mousse au chocolat qui s’avère correcte. Pendant qu’elles règlent leur repas, les deux belles-mères parlent avec la patronne d’un point commun à toutes les trois : les suicides familiaux. « J’ai ma mère, mon oncle et mon arrière-grand-père qui se sont suicidés », dit la patronne. La mère s’est ratée. Elle est en mauvais état dans un Ehpad pour lequel son mari, le vieux cuisinier, soixante-quinze ans comme moi, paie trois mille euros par mois. Il a déjà vendu une maison pour ça. « Au revoir, monsieur, revenez quand vous voulez », me dit-il.
Sorti de là content, je prends le soleil sur un banc à l’abri du vent en bénéficiant de la bande son du restaurant El Pica Pica C'est l'amour à la plage (aou cha-cha-cha-cha).
Un arrêt du bus Dix est tout prêt, nommé Oméga. Je monte dans le quatorze heures cinq et en descends à l’arrêt Vauban. Je passe le pont du Canal de la Basse puis sous le Castillet pour m’asseoir à la terrasse du Grand Café de la Poste. Aucun vent ici, c’est le lieu parfait pour lire en écoutant sonner les quarts d’heure au carillon du bas de la rue Louis-Blanc.
Je prends ce bus au Castillet devant lequel débute un rassemblement de voitures anciennes fâcheusement nommé La Nuit des Longs Capots. Sans surprise, le public tournant autour des véhicules de collection est presque exclusivement masculin.
Nous sommes quatre passagers dans ce bus qui passe par Bompas et Villelongue-de-la-Salanque et je suis seul avec le chauffeur lorsque je descends au terminus Sainte-Marie Plage.
Je vais d’abord jusqu’au Port qui ne valait pas ce détour puis je marche le long de la Méditerranée mais pas bien loin car il y a là près du sable deux cafés restaurants à vastes terrasses. Je choisis celle du Y Sem Be pour m’asseoir et commander un café (un euro soixante-dix) avec un verre d’eau puis j’ouvre Casanova. Se retrouvent là des gens du coin qui embrassent la patronne en arrivant. Tou(te)s parlent du temps, trente et un degrés hier et demain on va perdre dix ou quinze avec de la pluie et du vent aussi.
Vers onze heures, je reprends la balade du bord de mer, passe devant le petit marché hebdomadaire et arrive à une autre concentration de restaurants. Je fais le tour de leurs propositions et retiens une table à l’intérieur au dernier, L’NJ. Un vent frais se lève aussi m’assois-je à l’abri face au petit marché pour attendre midi.
Dans le menu à vingt et un euros me retiennent les escargots à la catalane et le toro à la gardianne. « Pour le dessert, on verra plus tard », me dit la patronne qui plie des serviettes en papier pour calmer ses nerfs. J’ai vue sur la dune qui cache le large et sur la promenade où passe peu de monde. Tiens, une jolie blonde qui court en tenant sa longue natte à la main. Dans cette salle mangent aussi deux femmes. « La mère de mon gendre », dit l’une en présentant l’autre. « La mère de ma belle-fille », dit l’autre en présentant la première. Deux autres femmes sont sous la véranda pour pouvoir fumer. C’est toute la clientèle d’un samedi midi. Un étrange lieu qui peut faire peur mais que j’ai choisi pour l’ardoise dehors : « Ici on cuisine ».
Le plat d’escargots à la catalane est excellent, ils sont seize qui baignent dans la sauce. Le toro à la gardianne ne me déçoit pas mais ne me fera pas oublier celui manger aux Saintes-Maries-de-la-Mer il y a des années. En dessert, je choisis une mousse au chocolat qui s’avère correcte. Pendant qu’elles règlent leur repas, les deux belles-mères parlent avec la patronne d’un point commun à toutes les trois : les suicides familiaux. « J’ai ma mère, mon oncle et mon arrière-grand-père qui se sont suicidés », dit la patronne. La mère s’est ratée. Elle est en mauvais état dans un Ehpad pour lequel son mari, le vieux cuisinier, soixante-quinze ans comme moi, paie trois mille euros par mois. Il a déjà vendu une maison pour ça. « Au revoir, monsieur, revenez quand vous voulez », me dit-il.
Sorti de là content, je prends le soleil sur un banc à l’abri du vent en bénéficiant de la bande son du restaurant El Pica Pica C'est l'amour à la plage (aou cha-cha-cha-cha).
Un arrêt du bus Dix est tout prêt, nommé Oméga. Je monte dans le quatorze heures cinq et en descends à l’arrêt Vauban. Je passe le pont du Canal de la Basse puis sous le Castillet pour m’asseoir à la terrasse du Grand Café de la Poste. Aucun vent ici, c’est le lieu parfait pour lire en écoutant sonner les quarts d’heure au carillon du bas de la rue Louis-Blanc.
11 avril 2026
Un bruit de moteur automobile me surprend quand je sors de mon logis temporaire ce vendredi à sept heures moins dix. C’est la Police Municipale qui patrouille dans les rues quasiment désertes de l’hypercentre dont les trottoirs bénéficient d’un pavage coloré et luxueux, peut-être du marbre.
À l’arrêt Vauban, je prends un bus Sankéo numéro Un puis à la Gare Multimodale monte dans le car liO Cinq Cent Trois. Il part à huit heures moins cinq de la voie Vingt-Six. Nous ne sommes que sept passagers. On passe par Pia, par Claira et puis c’est Salses où je suis seul avec le chauffeur. Il m’arrête près de la place centrale.
Une flèche indique la Forteresse. Je marche jusqu’au bas du bourg, passe sous la voie ferrée et elle est là, sous le soleil, trop étendue pour tenir sur une seule photo. J’en fais le tour ce qui est en soi un exercice physique suffisant pour la journée. Ce chef-d’œuvre de l’architecture militaire est unique en Europe. C’est le premier spécimen de fortification rasante d’où l’on observe au loin sans être vu de loin. Elle fut édifiée à la demande des rois catholiques à la fin du quinzième siècle pour la défense du Royaume d’Aragon par un certain Francisco Ramiro Lopez qui y engloutit vingt pour cent du budget du Royaume. Quand elle fut abandonnée aux Français, Vauban, jaloux peut-être, demanda l’autorisation de la raser mais le Roi dût renoncer devant le coût de l’opération.
En remontant, je trouve à droite, en face de l’église, la Maison de Claude Simon, héritée de sa mère, où il venait chaque été avec sa troisième femme, Réa, un vaste bâtiment aux volets clos, ancienne demeure à usage viticole de pur style dix-septième catalan. Une plaque commémorative est fixée sur le mur. La médiathèque de Salses s’appelle Claude Simon. Une école de Salses s’appelle Claude Simon.
Salses-le-Château est un bourg plutôt mort. De retour sur la place centrale, j’ouvre une boite à livres à la vitre cassée et n’y trouve que des ouvrages sales loin de faire mériter à leurs auteurs un Prix Nobel. Sur cette même place, je m’assois à l’une des deux tables de trottoir du seul troquet, nommé Café de France, et regarde passer les quelques autochtones qui vont à la boulangerie, tout en lisant Casanova, un euro soixante seulement le café.
À l’arrêt du car, un siège métallique me permet d’attendre confortablement le onze heures cinq du retour. Nous sommes sept passagers quand il quitte Salses-le-Château. La plupart descendent au centre commercial de Claira. Je suis seul avec le chauffeur lorsqu’il arrive à la Gare Multimodale de Perpignan. Il est midi et quelque.
Près de cette Gare est un restaurant nommé Le Perroquet dont la salle veillotte est décorée de perroquets. Il propose un menu à seize euros quatre-vingt-dix : boudin catalan, saucisse catalane grillée et glace fraise nougat. Nous sommes cinq à y manger. Ce n’est pas le meilleur repas depuis mon arrivée.
Je descends en ville avec un bus Trois à rallonge bondé de jeunesse qui va faire bronzette à Canet-Plage À l’arrêt Catalogne Point Chaud il faut y caser une femme à poussette et deux hommes en fauteuil. C’est chaud. À l’arrêt suivant, le Castillet, le chauffeur se lève et demande « Messieurs les handicapés, vous descendrez à quel arrêt ? » « Ouala, comme il parle ! » clame à l’unisson la jeunesse correctement politique. « Tu dis ça encore une fois et c’est toi qui vas te retrouver en fauteuil », crie un excité. Heureusement, c’est là que je descends.
Je m’installe sous les platanes à la terrasse du Grand Café de la Poste pour un café verre d’eau lecture. Il est ponctué par le carillon qui se situe à l’angle de la rue Louis-Blanc, cinq cloches de taille croissante qui surmontent une pendule. Il supplée celui de la Cathédrale resté silencieux après les Pâques. Comme il fait chaud et que je reste là un moment, je commande ensuite un diabolo menthe. Six euros pour le tout.
Rentré à mon logis temporaire, j’en ouvre la fenêtre qui domine la placette et assiste à l’arrivée d’enfants de maternelle qui visitent les fontaines de la ville. Ils en sont à la dernière. J’apprends de la guide qu’il s’agit d’une fontaine Wallace. Quatre femmes soutiennent un dôme. L’une représente la bonté, une autre la simplicité, une autre la charité et la dernière la sobriété.
*
C’est malheureux d’hériter d’une maison de famille. On pourrait la vendre mais on n’ose pas. En conséquence, on est obligé de passer ses congés toujours au même endroit.
À l’arrêt Vauban, je prends un bus Sankéo numéro Un puis à la Gare Multimodale monte dans le car liO Cinq Cent Trois. Il part à huit heures moins cinq de la voie Vingt-Six. Nous ne sommes que sept passagers. On passe par Pia, par Claira et puis c’est Salses où je suis seul avec le chauffeur. Il m’arrête près de la place centrale.
Une flèche indique la Forteresse. Je marche jusqu’au bas du bourg, passe sous la voie ferrée et elle est là, sous le soleil, trop étendue pour tenir sur une seule photo. J’en fais le tour ce qui est en soi un exercice physique suffisant pour la journée. Ce chef-d’œuvre de l’architecture militaire est unique en Europe. C’est le premier spécimen de fortification rasante d’où l’on observe au loin sans être vu de loin. Elle fut édifiée à la demande des rois catholiques à la fin du quinzième siècle pour la défense du Royaume d’Aragon par un certain Francisco Ramiro Lopez qui y engloutit vingt pour cent du budget du Royaume. Quand elle fut abandonnée aux Français, Vauban, jaloux peut-être, demanda l’autorisation de la raser mais le Roi dût renoncer devant le coût de l’opération.
En remontant, je trouve à droite, en face de l’église, la Maison de Claude Simon, héritée de sa mère, où il venait chaque été avec sa troisième femme, Réa, un vaste bâtiment aux volets clos, ancienne demeure à usage viticole de pur style dix-septième catalan. Une plaque commémorative est fixée sur le mur. La médiathèque de Salses s’appelle Claude Simon. Une école de Salses s’appelle Claude Simon.
Salses-le-Château est un bourg plutôt mort. De retour sur la place centrale, j’ouvre une boite à livres à la vitre cassée et n’y trouve que des ouvrages sales loin de faire mériter à leurs auteurs un Prix Nobel. Sur cette même place, je m’assois à l’une des deux tables de trottoir du seul troquet, nommé Café de France, et regarde passer les quelques autochtones qui vont à la boulangerie, tout en lisant Casanova, un euro soixante seulement le café.
À l’arrêt du car, un siège métallique me permet d’attendre confortablement le onze heures cinq du retour. Nous sommes sept passagers quand il quitte Salses-le-Château. La plupart descendent au centre commercial de Claira. Je suis seul avec le chauffeur lorsqu’il arrive à la Gare Multimodale de Perpignan. Il est midi et quelque.
Près de cette Gare est un restaurant nommé Le Perroquet dont la salle veillotte est décorée de perroquets. Il propose un menu à seize euros quatre-vingt-dix : boudin catalan, saucisse catalane grillée et glace fraise nougat. Nous sommes cinq à y manger. Ce n’est pas le meilleur repas depuis mon arrivée.
Je descends en ville avec un bus Trois à rallonge bondé de jeunesse qui va faire bronzette à Canet-Plage À l’arrêt Catalogne Point Chaud il faut y caser une femme à poussette et deux hommes en fauteuil. C’est chaud. À l’arrêt suivant, le Castillet, le chauffeur se lève et demande « Messieurs les handicapés, vous descendrez à quel arrêt ? » « Ouala, comme il parle ! » clame à l’unisson la jeunesse correctement politique. « Tu dis ça encore une fois et c’est toi qui vas te retrouver en fauteuil », crie un excité. Heureusement, c’est là que je descends.
Je m’installe sous les platanes à la terrasse du Grand Café de la Poste pour un café verre d’eau lecture. Il est ponctué par le carillon qui se situe à l’angle de la rue Louis-Blanc, cinq cloches de taille croissante qui surmontent une pendule. Il supplée celui de la Cathédrale resté silencieux après les Pâques. Comme il fait chaud et que je reste là un moment, je commande ensuite un diabolo menthe. Six euros pour le tout.
Rentré à mon logis temporaire, j’en ouvre la fenêtre qui domine la placette et assiste à l’arrivée d’enfants de maternelle qui visitent les fontaines de la ville. Ils en sont à la dernière. J’apprends de la guide qu’il s’agit d’une fontaine Wallace. Quatre femmes soutiennent un dôme. L’une représente la bonté, une autre la simplicité, une autre la charité et la dernière la sobriété.
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C’est malheureux d’hériter d’une maison de famille. On pourrait la vendre mais on n’ose pas. En conséquence, on est obligé de passer ses congés toujours au même endroit.
10 avril 2026
Je retourne à La Source ce jeudi boire l’allongé avec le pain au chocolat de la petite boulangerie dont j’ignore le nom de la même rue. Tandis que le patron sort la terrasse, je suis seul en salle.
De là, je descends au bord du Canal de la Basse, mince cours d’eau urbain, pour prendre avec vue sur le Canigou le bus Trois à l’arrêt Arago. Son terminus est Canet Sud.
C’est là que je descends et trouve la mer avec l’aide de deux autochtones. Je mets un pied devant l’autre sur la longue promenade Charles-Trenet. À ma droite, la plage de sable fin que des engins de chantier s’emploient à remettre en état avant l’arrivée des vacanciers du printemps. À ma gauche, des immeubles franchement laids. Arrivé au carrousel, je poursuis jusqu’au Port. Je fais le tour d’une partie en photographiant les quelques bateaux qui sortent de la banalité.
Il y a quand même là deux petits bateaux de pêche amarrés derrière des cahutes métalliques où les pêcheurs vendent une maigre récolte. Sur l’un de ces bateaux, un homme avec une épuisette. Je lui demande la permission avant de faire une photo. « Que au bateau », me répond-il. « Vous êtes dessus », lui fais-je remarquer. « Allez-y, c’est pas grave », conclut-il.
Après cette longue marche, un banc de béton me recueille au bord du chenal qu’une drague cure. J’observe les rares entrées et sorties.
À onze heures, direction Brasserie Le France où je peux choper une table de premier rang côté plage pour un café sans verre d’eau et Casanova. Je demande au serveur si je pourrai la garder pour le déjeuner. C’est oui, me dit-il, en m’apportant le noir breuvage accompagné d’un mini croissant offert. Une femme part furieuse car elle a entendu depuis les toilettes un serveur parler d’elle en l’appelant « la pétasse qui voulait du sucre ».
Si j’ai choisi un jeudi pour retourner à Canet-Plage, c’est que ce jour-là on sert le couscous royal avec légumes à volonté pour le prix de seize euros cinquante à Brasserie Le France. Il y a un monde fou ce midi. Servi l’un des premiers, je n’ai pas à trouver que c’est long, comme beaucoup, et obtiens assez facilement le supplément de légumes.
Un bus Trois arrive à treize heures dix-huit pour me ramener à l’arrêt Wilson de Perpignan. Un trentenaire qui porte son casque sur sa casquette demande à y mettre sa bicyclette. Refus du chauffeur qui avance l’absence d’assurance pour ce genre de transport. Ma voisine trentenaire me dit qu’il aurait dû le laisser monter. Je lui réponds que lorsqu’on a un vélo, on pédale. « Je pense qu’il va attendre le prochain », me dit-elle. « Le prochain, c’est dans une demi-heure, il y serait avant s’il avait le courage de pédaler. »
Il est quatorze heures quand j’arrive au bout de ma rue. Presque en face est le raccourci qui débouche sur la vaste place de la République, carrée et entourée de terrasses. Je choisis la première ayant des tables à l’ombre pour un café verre d’eau lecture, celle de la brasserie Les 3 Minots.
*
Un livre que je ne connaissais pas : Le Tramway de Claude Simon (Éditions de Minuit), un récit qui se déroule entre Canet et Perpignan autour de la ligne qui réunissait jadis les deux communes.
De là, je descends au bord du Canal de la Basse, mince cours d’eau urbain, pour prendre avec vue sur le Canigou le bus Trois à l’arrêt Arago. Son terminus est Canet Sud.
C’est là que je descends et trouve la mer avec l’aide de deux autochtones. Je mets un pied devant l’autre sur la longue promenade Charles-Trenet. À ma droite, la plage de sable fin que des engins de chantier s’emploient à remettre en état avant l’arrivée des vacanciers du printemps. À ma gauche, des immeubles franchement laids. Arrivé au carrousel, je poursuis jusqu’au Port. Je fais le tour d’une partie en photographiant les quelques bateaux qui sortent de la banalité.
Il y a quand même là deux petits bateaux de pêche amarrés derrière des cahutes métalliques où les pêcheurs vendent une maigre récolte. Sur l’un de ces bateaux, un homme avec une épuisette. Je lui demande la permission avant de faire une photo. « Que au bateau », me répond-il. « Vous êtes dessus », lui fais-je remarquer. « Allez-y, c’est pas grave », conclut-il.
Après cette longue marche, un banc de béton me recueille au bord du chenal qu’une drague cure. J’observe les rares entrées et sorties.
À onze heures, direction Brasserie Le France où je peux choper une table de premier rang côté plage pour un café sans verre d’eau et Casanova. Je demande au serveur si je pourrai la garder pour le déjeuner. C’est oui, me dit-il, en m’apportant le noir breuvage accompagné d’un mini croissant offert. Une femme part furieuse car elle a entendu depuis les toilettes un serveur parler d’elle en l’appelant « la pétasse qui voulait du sucre ».
Si j’ai choisi un jeudi pour retourner à Canet-Plage, c’est que ce jour-là on sert le couscous royal avec légumes à volonté pour le prix de seize euros cinquante à Brasserie Le France. Il y a un monde fou ce midi. Servi l’un des premiers, je n’ai pas à trouver que c’est long, comme beaucoup, et obtiens assez facilement le supplément de légumes.
Un bus Trois arrive à treize heures dix-huit pour me ramener à l’arrêt Wilson de Perpignan. Un trentenaire qui porte son casque sur sa casquette demande à y mettre sa bicyclette. Refus du chauffeur qui avance l’absence d’assurance pour ce genre de transport. Ma voisine trentenaire me dit qu’il aurait dû le laisser monter. Je lui réponds que lorsqu’on a un vélo, on pédale. « Je pense qu’il va attendre le prochain », me dit-elle. « Le prochain, c’est dans une demi-heure, il y serait avant s’il avait le courage de pédaler. »
Il est quatorze heures quand j’arrive au bout de ma rue. Presque en face est le raccourci qui débouche sur la vaste place de la République, carrée et entourée de terrasses. Je choisis la première ayant des tables à l’ombre pour un café verre d’eau lecture, celle de la brasserie Les 3 Minots.
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Un livre que je ne connaissais pas : Le Tramway de Claude Simon (Éditions de Minuit), un récit qui se déroule entre Canet et Perpignan autour de la ligne qui réunissait jadis les deux communes.
9 avril 2026
Un ronronnement, celui des machines à laver du salon Dessange au rez-de-chaussée, lequel occupe aussi le premier étage, c’est ce qui pourrait me réveiller chaque jour de bon matin si je n’étais déjà debout. Mis à part ce léger bruit matinal, l’immeuble perpignanais où je dors est silencieux. De même que les bâtiments voisins autour de la placette dont les quelques appartements habités gardent même le jour leurs volets à peu près clos. En face le mannequin de Lacoste a troqué sa tenue noire pour une tenue claire, printanière. Personne ne s’attarde sur la placette vidéosurveillée et la rue étroite est strictement piétonnière, un calme parfait.
Ce mercredi je vise Le Barcarès que mon vieux Routard appelle Port-Barcarès avant de n’en dire que du mal en quelques lignes. On y va avec le Dix qu’après mon petit déjeuner je vais prendre à l’arrêt Catalogne Point Chaud, ainsi nommé parce qu’y passent la plupart des bus Sankéo. Beaucoup de jeunesse dans ce bus Dix qui est en fait un car (sièges alignés avec ceintures de sécurité) parce qu’il va loin et prend des quatre voies. Une heure dix de route en passant par Saint-Hippolyte et Saint-Laurent-de-la-Salanque.
La jeunesse descend avant que l’on ait quitté Perpignan, à l’arrêt Lycée Mayol. Nous sommes peu à poursuivre et à subir la radio du chauffeur où sévissent l’Appoline de Malherbe et le fils Sarkozy.
Je descends à l’arrêt Mairie. Ayant besoin d’un second petit-déjeuner, je trouve une boulangerie artisanale où le pain au chocolat est à un euro trente puis j’entre au Front de Mer où l’allongé verre d’eau est à deux euros et la clientèle pittoresque.
Le Barcarès ressemble aussi à Stella-Plage. En plus kitsch que Canet-Plage. D’autant qu’une ébouriffante décoration pascale occupe la place de la République autour de laquelle sont les commerces et les restaurants. En son centre, un immense bateau à grimper fait la joie des enfants. La mer est loin car la plage est large.
L’aimable jeune femme de l’Office du Tourisme me fournit un plan de la vaste commune dont je n’explore aujourd’hui que le centre. Je marche avec la Méditerranée à bâbord jusqu’au marché hebdomadaire où l’on peut s’habiller à trois, cinq ou dix euros, puis je fais demi-tour jusqu’à apercevoir les mâts dans le Port.
Revenu au centre, je me pose sur un bloc en béton à l’endroit où poussent sur la plage des palmiers malingres et inclinés vers le large. Quelques moustiques m’obligent à lever le camp.
Je me replie au Front de Mer pour un café verre d’eau en terrasse sur fond de bruit de travaux. On refait la place de la République. Dix heures sonnent à la jolie petite église. Ouvrant mon livre de voyage, je trouve Casanova occupé à faire jouir dans le même lit les deux sœurs Lucrèce et Angélique.
Vers onze heures et demie, je réserve à l’autre bout de la place une table au soleil au Casablanca puis marche un peu sur la Vélosud avant de rejoindre le marché et de m’asseoir sur le muret derrière un marchand de légumes : « Les artichauts deux euros, le litre de gasoil pareil ! » A sa droite un baratineur à micro envoûte une dizaine de retraité(e)s : « Un homme ne ronfle pas, il ronronne, et un chat qui ronronne est un chat heureux. » Il s’agit d’un vendeur d’oreillers avec lesquels on est sûr de dormir, échappant ainsi à tous les malheurs qui guettent les insomniaques. Des complices cernent les envoûté(e)s de chaises sur lesquelles elles et eux finissent pas s’asseoir.
Au Casablanca (« restaurant familial depuis 1963 »), dans le menu du jour à dix-neuf euros cinquante, je choisis le carpaccio de bœuf et copeaux de parmesan, le filet mignon de porc caramel et la pomme au four façon Tatin. Un quart de vin blanc et le café sont inclus. J’en suis au dessert que des camionnettes blanches surgissent à contresens signalant la fin du marché. Un couple en revient. « Non mais la prochaine fois, on se fera pas avoir », dit l’homme. Il n’a pourtant pas d’oreiller sous le bras.
*
Il est impossible qu’un homme habitué à faire des vers s’en abstienne d’abord qu’une belle pensée se présente à son esprit. Le « d’abord que » de Casanova vaut « dès que ». Il lui est coutumier.
Casanova écrivait en français. Je me suis toujours demandé pourquoi les libraires rangent ses mémoires dans le rayon littérature italienne.
Ce mercredi je vise Le Barcarès que mon vieux Routard appelle Port-Barcarès avant de n’en dire que du mal en quelques lignes. On y va avec le Dix qu’après mon petit déjeuner je vais prendre à l’arrêt Catalogne Point Chaud, ainsi nommé parce qu’y passent la plupart des bus Sankéo. Beaucoup de jeunesse dans ce bus Dix qui est en fait un car (sièges alignés avec ceintures de sécurité) parce qu’il va loin et prend des quatre voies. Une heure dix de route en passant par Saint-Hippolyte et Saint-Laurent-de-la-Salanque.
La jeunesse descend avant que l’on ait quitté Perpignan, à l’arrêt Lycée Mayol. Nous sommes peu à poursuivre et à subir la radio du chauffeur où sévissent l’Appoline de Malherbe et le fils Sarkozy.
Je descends à l’arrêt Mairie. Ayant besoin d’un second petit-déjeuner, je trouve une boulangerie artisanale où le pain au chocolat est à un euro trente puis j’entre au Front de Mer où l’allongé verre d’eau est à deux euros et la clientèle pittoresque.
Le Barcarès ressemble aussi à Stella-Plage. En plus kitsch que Canet-Plage. D’autant qu’une ébouriffante décoration pascale occupe la place de la République autour de laquelle sont les commerces et les restaurants. En son centre, un immense bateau à grimper fait la joie des enfants. La mer est loin car la plage est large.
L’aimable jeune femme de l’Office du Tourisme me fournit un plan de la vaste commune dont je n’explore aujourd’hui que le centre. Je marche avec la Méditerranée à bâbord jusqu’au marché hebdomadaire où l’on peut s’habiller à trois, cinq ou dix euros, puis je fais demi-tour jusqu’à apercevoir les mâts dans le Port.
Revenu au centre, je me pose sur un bloc en béton à l’endroit où poussent sur la plage des palmiers malingres et inclinés vers le large. Quelques moustiques m’obligent à lever le camp.
Je me replie au Front de Mer pour un café verre d’eau en terrasse sur fond de bruit de travaux. On refait la place de la République. Dix heures sonnent à la jolie petite église. Ouvrant mon livre de voyage, je trouve Casanova occupé à faire jouir dans le même lit les deux sœurs Lucrèce et Angélique.
Vers onze heures et demie, je réserve à l’autre bout de la place une table au soleil au Casablanca puis marche un peu sur la Vélosud avant de rejoindre le marché et de m’asseoir sur le muret derrière un marchand de légumes : « Les artichauts deux euros, le litre de gasoil pareil ! » A sa droite un baratineur à micro envoûte une dizaine de retraité(e)s : « Un homme ne ronfle pas, il ronronne, et un chat qui ronronne est un chat heureux. » Il s’agit d’un vendeur d’oreillers avec lesquels on est sûr de dormir, échappant ainsi à tous les malheurs qui guettent les insomniaques. Des complices cernent les envoûté(e)s de chaises sur lesquelles elles et eux finissent pas s’asseoir.
Au Casablanca (« restaurant familial depuis 1963 »), dans le menu du jour à dix-neuf euros cinquante, je choisis le carpaccio de bœuf et copeaux de parmesan, le filet mignon de porc caramel et la pomme au four façon Tatin. Un quart de vin blanc et le café sont inclus. J’en suis au dessert que des camionnettes blanches surgissent à contresens signalant la fin du marché. Un couple en revient. « Non mais la prochaine fois, on se fera pas avoir », dit l’homme. Il n’a pourtant pas d’oreiller sous le bras.
*
Il est impossible qu’un homme habitué à faire des vers s’en abstienne d’abord qu’une belle pensée se présente à son esprit. Le « d’abord que » de Casanova vaut « dès que ». Il lui est coutumier.
Casanova écrivait en français. Je me suis toujours demandé pourquoi les libraires rangent ses mémoires dans le rayon littérature italienne.
8 avril 2026
Revoir Collioure, c’est le jour et pour cela je petit-déjeune dès sept heures ce mardi, perché face à la vitre de Secrets de Pains.
Plusieurs bus s’arrêtent à la même heure, sept heures quarante-huit, à Vauban derrière les Galeries Lafayette. Je prends le premier venu. La Gare Multimodale est derrière la Gare Ferroviaire. Le car liO numéro Cinq Cent Quarante part de la voie Vingt-Trois à huit heures dix. J’y bipe pour la première fois ma carte dix voyages.
Dans ce véhicule un peu vieux sont surtout des jeunes (des scolaires, comme on dit). Nous passons à Elme puis elles et eux descendent à Argelès-sur-Mer, loin du Port. Certain(e)s tirent une valise pour une semaine d’internat raccourcie d’une journée grâce à Pâques.
Depuis le départ, au loin sur la droite, le Canigou nous suit. Nous le perdons de vue quand le chauffeur tourne à gauche pour emprunter la route de la Corniche de la Côte Vermeille. C’est par ce bord de mer accidenté que nous arrivons à Collioure où j’ai séjourné dans un logis Air Bibi une douzaine de jours en octobre deux mille dix-neuf.
Je retrouve immédiatement mes marques, suivant d’abord le chemin côtier pour voir cette magnifique cité d’en face puis je longe le Château Royal, arrive dans l’anse où s’entraînent toujours les militaires, passe près de l’église Notre-Dame-des-Anges au clocher phallique, atteins la chapelle Saint-Vincent sur son presque îlot, fais une photo de la croix au Christ rouillé, marche jusqu’au phare du bout de la digue et contemple de loin le Fort Saint-Elme et le Moulin sur le mont en face.
En revenant sur mes pas je croise deux classes maternelles en sortie éducative qui me font songer au passé puis je m’installe au-dessus de la plage Boramar à une table de premier rang de la vaste terrasse du Petit Café pour un café verre d’eau à deux euros dix. J’observe les soldats qui plongent, nagent et courent dans le sable caillouteux tout en lisant un peu Casanova -N’êtes-vous pas allé baiser le pied du Saint-Père ? -Pas encore, Monseigneur.
De cette terrasse, des pères et des mères surveillent leur descendance qui joue dans le sable caillouteux. Un couple en profite pour se disputailler. Elle à lui : « C’est pas ta méchanceté qui te fera repousser tes cheveux. » Un autre couple est à l’unisson pour juger le fiston qui n’arrive pas à remettre ses affaires dans son sac. Elle : « Il va falloir un diplôme pour ranger un sac maintenant ? » Lui : « Il est bête mon fils, il réfléchit à rien du tout. »
Il est midi, la foule a tout envahi. De banals plats du jour affichés à vingt et un euros, ou plus, me mènent jusqu’à une petite boulangerie presque dévalisée mais où il reste assez pour moi : une part de pizza que je fais réchauffer et une fougassette aux fruits, le tout pour sept euros. Je les consomme sur un banc à l’ombre près du Port en choutant dans le pigeon qui convoite mes miettes.
Avant de rentrer, je passe revoir la rue étroite et un peu glauque en bas de laquelle j’ai logé, rue de la Convention c’est son nom. La boîte à clés est là. L’amie de la propriétaire avait oublié de me donner le code. Le Cam Pla, restaurant où j’avais trouvé de l’aide, est toujours présent, mais fermé le mardi. En échange de cette aide, j’avais dû commander des lasagnes pour dîner, alors que je ne fais que grignoter le soir.
Plusieurs bus s’arrêtent à la même heure, sept heures quarante-huit, à Vauban derrière les Galeries Lafayette. Je prends le premier venu. La Gare Multimodale est derrière la Gare Ferroviaire. Le car liO numéro Cinq Cent Quarante part de la voie Vingt-Trois à huit heures dix. J’y bipe pour la première fois ma carte dix voyages.
Dans ce véhicule un peu vieux sont surtout des jeunes (des scolaires, comme on dit). Nous passons à Elme puis elles et eux descendent à Argelès-sur-Mer, loin du Port. Certain(e)s tirent une valise pour une semaine d’internat raccourcie d’une journée grâce à Pâques.
Depuis le départ, au loin sur la droite, le Canigou nous suit. Nous le perdons de vue quand le chauffeur tourne à gauche pour emprunter la route de la Corniche de la Côte Vermeille. C’est par ce bord de mer accidenté que nous arrivons à Collioure où j’ai séjourné dans un logis Air Bibi une douzaine de jours en octobre deux mille dix-neuf.
Je retrouve immédiatement mes marques, suivant d’abord le chemin côtier pour voir cette magnifique cité d’en face puis je longe le Château Royal, arrive dans l’anse où s’entraînent toujours les militaires, passe près de l’église Notre-Dame-des-Anges au clocher phallique, atteins la chapelle Saint-Vincent sur son presque îlot, fais une photo de la croix au Christ rouillé, marche jusqu’au phare du bout de la digue et contemple de loin le Fort Saint-Elme et le Moulin sur le mont en face.
En revenant sur mes pas je croise deux classes maternelles en sortie éducative qui me font songer au passé puis je m’installe au-dessus de la plage Boramar à une table de premier rang de la vaste terrasse du Petit Café pour un café verre d’eau à deux euros dix. J’observe les soldats qui plongent, nagent et courent dans le sable caillouteux tout en lisant un peu Casanova -N’êtes-vous pas allé baiser le pied du Saint-Père ? -Pas encore, Monseigneur.
De cette terrasse, des pères et des mères surveillent leur descendance qui joue dans le sable caillouteux. Un couple en profite pour se disputailler. Elle à lui : « C’est pas ta méchanceté qui te fera repousser tes cheveux. » Un autre couple est à l’unisson pour juger le fiston qui n’arrive pas à remettre ses affaires dans son sac. Elle : « Il va falloir un diplôme pour ranger un sac maintenant ? » Lui : « Il est bête mon fils, il réfléchit à rien du tout. »
Il est midi, la foule a tout envahi. De banals plats du jour affichés à vingt et un euros, ou plus, me mènent jusqu’à une petite boulangerie presque dévalisée mais où il reste assez pour moi : une part de pizza que je fais réchauffer et une fougassette aux fruits, le tout pour sept euros. Je les consomme sur un banc à l’ombre près du Port en choutant dans le pigeon qui convoite mes miettes.
Avant de rentrer, je passe revoir la rue étroite et un peu glauque en bas de laquelle j’ai logé, rue de la Convention c’est son nom. La boîte à clés est là. L’amie de la propriétaire avait oublié de me donner le code. Le Cam Pla, restaurant où j’avais trouvé de l’aide, est toujours présent, mais fermé le mardi. En échange de cette aide, j’avais dû commander des lasagnes pour dîner, alors que je ne fais que grignoter le soir.
7 avril 2026
Secrets de Pains est ouvert en ce Lundi de Pâques. C’est l’aubaine des esseulés levés tôt. Un pain au chocolat et un allongé se paient deux euros soixante-dix dans la machine à sous. Il est loisible de les consommer sur une chaise haute face à la vitre en regardant la ville se réveiller peu à peu.
Aujourd’hui, je désire aller en bord de mer. Le bus Trois y conduit, même les jours fériés, que l’on prend au pied de la statue de François Arago. Je monte dans le premier, celui de neuf heures neuf. Il mène à Canet-Plage (commune de Canet-en-Roussillon). Cette plage de sable fin est située à douze kilomètres de Perpignan et fait douze kilomètres de long.
Je marche en direction de la grande roue sur la promenade qui longe la large plage. « On s’en doute, le front de mer est du genre bétonné », regrette mon vieux Guide du Routard datant de deux mille seize. Certains immeubles ne manquent pas de charme et témoignent d’une l’architecture inventive. Quelques-uns sont décrépits. Des appartements sont à vendre. Un abruti fait voler son drone sur la plage. Un homme appelle le petit Nathan qui n’attend pas.
Arrivé à l’entrée du port de plaisance où se trouve la grande roue, immobile à cette heure, je reviens sur mes pas. À mi-chemin, je m’assois sur un banc en béton face à la mer lointaine en attendant que derrière mon dos ouvre la solderie Maxi-Livres, une survivance de la franchise disparue. J’y vois beaucoup de daube et plutôt chère. Je poursuis jusqu’au joli carrousel dont la sono diffuse des succès d’hier joués à l’accordéon Sous aucun prétexte Étoile des neiges Itsi bitsi petit bikini. Une ambiance qui me rappelle celle de Stella Plage dans le Pas-de-Calais et j’aime ça.
À onze heures, je vais boire un café à la mieux située des terrasses de l’endroit, celle de la Brasserie Le France, où il coûte deux euros. Le verre d’eau, c’est directement à la fontaine. S’il faut travailler, je m’en passerai. Le soleil tente de percer les nuages, en vain. Comme je suis bien là, à lire Casanova, j’y reste jusqu’à l’heure du repas. Au menu du jour férié : œuf poché à la truffe, agneau de Pâques et tarte de poires aux amandes. Le tout pour vingt-quatre euros quatre-vingt-dix. Un bon pain rustique accompagne cette bonne nourriture.
On ne verra pas le soleil aujourd’hui dans cet endroit paisible et désuet. Je retourne lire le dos au carrousel puis vais boire un café verre d’eau dans une gargote « arabe » située dans une rue perpendiculaire à la mer, par où je suis arrivé ce matin, mon point de repère étant un bâtiment recouvert entièrement d’un filet protégeant contre les chutes de pierres. Celle que je pense être la patronne est bien embêtée. Elle s’est battue avec quelqu’une et il y avait des caméras. « Rien que pour les appareils auditifs, j’en ai pour la peau des fesses. Et il y a la Rolex. Comment veux-tu que je paye. Je crois que je vais aller la voir et lui dire que j’ai pas les moyens. »
*
Vu depuis le bus au centre de Canet-en-Roussillon : un lycée nommé Rosa Luxemburg.
Aujourd’hui, je désire aller en bord de mer. Le bus Trois y conduit, même les jours fériés, que l’on prend au pied de la statue de François Arago. Je monte dans le premier, celui de neuf heures neuf. Il mène à Canet-Plage (commune de Canet-en-Roussillon). Cette plage de sable fin est située à douze kilomètres de Perpignan et fait douze kilomètres de long.
Je marche en direction de la grande roue sur la promenade qui longe la large plage. « On s’en doute, le front de mer est du genre bétonné », regrette mon vieux Guide du Routard datant de deux mille seize. Certains immeubles ne manquent pas de charme et témoignent d’une l’architecture inventive. Quelques-uns sont décrépits. Des appartements sont à vendre. Un abruti fait voler son drone sur la plage. Un homme appelle le petit Nathan qui n’attend pas.
Arrivé à l’entrée du port de plaisance où se trouve la grande roue, immobile à cette heure, je reviens sur mes pas. À mi-chemin, je m’assois sur un banc en béton face à la mer lointaine en attendant que derrière mon dos ouvre la solderie Maxi-Livres, une survivance de la franchise disparue. J’y vois beaucoup de daube et plutôt chère. Je poursuis jusqu’au joli carrousel dont la sono diffuse des succès d’hier joués à l’accordéon Sous aucun prétexte Étoile des neiges Itsi bitsi petit bikini. Une ambiance qui me rappelle celle de Stella Plage dans le Pas-de-Calais et j’aime ça.
À onze heures, je vais boire un café à la mieux située des terrasses de l’endroit, celle de la Brasserie Le France, où il coûte deux euros. Le verre d’eau, c’est directement à la fontaine. S’il faut travailler, je m’en passerai. Le soleil tente de percer les nuages, en vain. Comme je suis bien là, à lire Casanova, j’y reste jusqu’à l’heure du repas. Au menu du jour férié : œuf poché à la truffe, agneau de Pâques et tarte de poires aux amandes. Le tout pour vingt-quatre euros quatre-vingt-dix. Un bon pain rustique accompagne cette bonne nourriture.
On ne verra pas le soleil aujourd’hui dans cet endroit paisible et désuet. Je retourne lire le dos au carrousel puis vais boire un café verre d’eau dans une gargote « arabe » située dans une rue perpendiculaire à la mer, par où je suis arrivé ce matin, mon point de repère étant un bâtiment recouvert entièrement d’un filet protégeant contre les chutes de pierres. Celle que je pense être la patronne est bien embêtée. Elle s’est battue avec quelqu’une et il y avait des caméras. « Rien que pour les appareils auditifs, j’en ai pour la peau des fesses. Et il y a la Rolex. Comment veux-tu que je paye. Je crois que je vais aller la voir et lui dire que j’ai pas les moyens. »
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Vu depuis le bus au centre de Canet-en-Roussillon : un lycée nommé Rosa Luxemburg.
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