Dernières notes
Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
5 avril 2026
« La tramontane, c'est enfin terminé ! » titre Actu Perpignan ce samedi matin (dix jours que ça durait cette plaisanterie). Je la sens pourtant encore lorsque, pédestrement, faute de bus à cette heure, je rejoins le Centre du Monde. Mon train liO à un euro de sept heures neuf est à quai quand j’arrive. Il dessert Rivesaltes (son muscat), Salses (son château), Leucate (ses marais salants), Port-la-Nouvelle (ses industries) et arrive à Narbonne, terminus, à sept heures cinquante-trois.
Une piste piétonnière et vélocipédique conduit au point central de la ville, constitué de son Hôtel de Ville et de sa Cathédrale, contigus et fortifiés. Près du premier, j’achète un pain au chocolat à un euro trente-cinq chez Maison Maury où l’on paie dans la machine à sous. Ce qui me permet de me débarrasser du billet de cinq euros que m’a refusé hier le serveur du Grand Café de la Poste au prétexte qu’il était scotché. « Ça passera pas dans la machine à la banque. » Ça passe dans la machine à la boulangerie.
À un autre angle de la place, j’entre au café Le Soleil Noir. Ce nom me fait penser à la maison d’édition de François Di Dio, dont un jour j’ai photographié la nièce, mais elle n’a pas voulu se déshabiller. Je suis le seul client et l’allongé vaut deux euros dix.
La tramontane était encore là quand je m’introduis dans la vieille ville. Pour preuve, ce petit papier qui vient vers moi dans la rue pavée. Je mets le pied dessus lorsque je reconnais un billet de cinq euros. Neuf celui-là. Le serveur du Grand Café de la Poste l’acceptera avec plaisir.
Les rues anciennes parcourues, je descends sur le quai du Canal de la Robine, passe sur l’autre rive où sont les Halles et le Marché et me rapproche de la rue où est la maison natale de Charles Trenet. Cette maison est devenue publique et payante. Une visite dont je me dispense. Je me contente de photographier le mur peint du quai de Lorraine où le Fou Chantant déclare : « Fidèle, je suis resté fidèle… à Narbonne mon amie ».
De retour à l’Hôtel de Ville, je m’assois sur un banc au soleil face au défunt grand magasin Aux Dames de France. Un Monoprix l’occupe en partie. Derrière moi, un panneau raconte la révolte des vignerons en mil neuf cent sept. Le Maire s’appelait Ernest Ferroul. Il démissionna sur cette place après avoir remplacé le drapeau tricolore par un drapeau noir. Il fut arrêté, ce qui entraîna le désordre. Un coup de feu partit. Les soldats ripostèrent sans ordre ni sommations. Quatre insurgés furent tués et aussi une jeune fille de vingt ans ans qui se trouvait là par hasard en ce jour de marché. « Ils demandaient du pain. On leur a donné du plomb. »
La Cathédrale ouvre à dix heures. J’y entre par le cloître et en fait le tour intérieur puis je retrouve le Canal de la Robine et prends place sur le quai, abrité du vent par une paroi vitrée, à la terrasse de The Blue Café où un expresso ne coûte qu’un euro quatre-vingts. Près de moi discutent deux autochtones. « Moi, dit l’un, je me suis pré inscrit. Si je suis tiré au sort, je la revendrai ma place pour le concert de Céline Dion. C’est mieux que si je gagnais à l’EuroMillions. »
Derrière les Halles est une autre église fortifiée et dans une rue perpendiculaire, ne payant pas de mine, mais agréable à l’intérieur, le restaurant japonais à volonté nommé Yoli. Une jolie petite serveuse européenne s’occupe de moi. « Avec plaisir », me dit-elle en m’expliquant la procédure. A la table voisine, une mère et ses filles collégiennes. Elle trouve que les cours d’éducation sexuelle sont parfois donnés un peu trop tôt. Réponse de la plus jeune des filles : « Ils sont obligés de faire la puberté avant qu’elle arrive. » Cette fille raconte ensuite à sa famille un épisode de la vie scolaire. Kevin a cherché sur YouTube une alarme incendie. Il l’a fait retentir dans la classe. On est tous descendus dans la cour et le prof : « Bah alors, ils sont où les autres ? »
Repu, je rejoins la place de l’Hôtel de Ville sur laquelle Le Soleil Noir a déployé une vaste terrasse. J’y bois le café (un euro quatre-vingts) face aux bâtiments fortifiés chauffé par le soleil avec un petit vent dans le dos puis rouvre Casanova.
Mon train liO à un euro pour rentrer est celui de quinze heures qui va à Porbou. D’où la présence d’Espagnol(e)s en nombre. Dans la conversation des deux filles d’outre couloir, je ne comprends qu’un seul mot : « discoteca ». Je me concentre sur le Canigou. Son sommet enneigé brille sous le soleil.
*
Casanova : Il est évident que la mer se retire vers le levant, et que dans trois ou quatre siècles Venise sera jointe à la terre ferme.
Une piste piétonnière et vélocipédique conduit au point central de la ville, constitué de son Hôtel de Ville et de sa Cathédrale, contigus et fortifiés. Près du premier, j’achète un pain au chocolat à un euro trente-cinq chez Maison Maury où l’on paie dans la machine à sous. Ce qui me permet de me débarrasser du billet de cinq euros que m’a refusé hier le serveur du Grand Café de la Poste au prétexte qu’il était scotché. « Ça passera pas dans la machine à la banque. » Ça passe dans la machine à la boulangerie.
À un autre angle de la place, j’entre au café Le Soleil Noir. Ce nom me fait penser à la maison d’édition de François Di Dio, dont un jour j’ai photographié la nièce, mais elle n’a pas voulu se déshabiller. Je suis le seul client et l’allongé vaut deux euros dix.
La tramontane était encore là quand je m’introduis dans la vieille ville. Pour preuve, ce petit papier qui vient vers moi dans la rue pavée. Je mets le pied dessus lorsque je reconnais un billet de cinq euros. Neuf celui-là. Le serveur du Grand Café de la Poste l’acceptera avec plaisir.
Les rues anciennes parcourues, je descends sur le quai du Canal de la Robine, passe sur l’autre rive où sont les Halles et le Marché et me rapproche de la rue où est la maison natale de Charles Trenet. Cette maison est devenue publique et payante. Une visite dont je me dispense. Je me contente de photographier le mur peint du quai de Lorraine où le Fou Chantant déclare : « Fidèle, je suis resté fidèle… à Narbonne mon amie ».
De retour à l’Hôtel de Ville, je m’assois sur un banc au soleil face au défunt grand magasin Aux Dames de France. Un Monoprix l’occupe en partie. Derrière moi, un panneau raconte la révolte des vignerons en mil neuf cent sept. Le Maire s’appelait Ernest Ferroul. Il démissionna sur cette place après avoir remplacé le drapeau tricolore par un drapeau noir. Il fut arrêté, ce qui entraîna le désordre. Un coup de feu partit. Les soldats ripostèrent sans ordre ni sommations. Quatre insurgés furent tués et aussi une jeune fille de vingt ans ans qui se trouvait là par hasard en ce jour de marché. « Ils demandaient du pain. On leur a donné du plomb. »
La Cathédrale ouvre à dix heures. J’y entre par le cloître et en fait le tour intérieur puis je retrouve le Canal de la Robine et prends place sur le quai, abrité du vent par une paroi vitrée, à la terrasse de The Blue Café où un expresso ne coûte qu’un euro quatre-vingts. Près de moi discutent deux autochtones. « Moi, dit l’un, je me suis pré inscrit. Si je suis tiré au sort, je la revendrai ma place pour le concert de Céline Dion. C’est mieux que si je gagnais à l’EuroMillions. »
Derrière les Halles est une autre église fortifiée et dans une rue perpendiculaire, ne payant pas de mine, mais agréable à l’intérieur, le restaurant japonais à volonté nommé Yoli. Une jolie petite serveuse européenne s’occupe de moi. « Avec plaisir », me dit-elle en m’expliquant la procédure. A la table voisine, une mère et ses filles collégiennes. Elle trouve que les cours d’éducation sexuelle sont parfois donnés un peu trop tôt. Réponse de la plus jeune des filles : « Ils sont obligés de faire la puberté avant qu’elle arrive. » Cette fille raconte ensuite à sa famille un épisode de la vie scolaire. Kevin a cherché sur YouTube une alarme incendie. Il l’a fait retentir dans la classe. On est tous descendus dans la cour et le prof : « Bah alors, ils sont où les autres ? »
Repu, je rejoins la place de l’Hôtel de Ville sur laquelle Le Soleil Noir a déployé une vaste terrasse. J’y bois le café (un euro quatre-vingts) face aux bâtiments fortifiés chauffé par le soleil avec un petit vent dans le dos puis rouvre Casanova.
Mon train liO à un euro pour rentrer est celui de quinze heures qui va à Porbou. D’où la présence d’Espagnol(e)s en nombre. Dans la conversation des deux filles d’outre couloir, je ne comprends qu’un seul mot : « discoteca ». Je me concentre sur le Canigou. Son sommet enneigé brille sous le soleil.
*
Casanova : Il est évident que la mer se retire vers le levant, et que dans trois ou quatre siècles Venise sera jointe à la terre ferme.
4 avril 2026
« C’est le grand bal de la fourrière, constate le patron du Café de la Source ce vendredi matin, ils arrêtent pas, toutes les voitures ils les enlèvent. » Alors que la tramontane qui rend fou souffle toujours, la ville prépare la procession de la Sanch. Elle démarrera à quinze heures de l’église Saint-Jacques pour un circuit passant par les autres édifices religieux. « Qu’est-ce qui se cache sous les cagoules ? » demande une femme. « Moi je sais, lui répond un habitué de comptoir, c’est que des mecs d’extrême-droite. » « Le Ku Klux Klan », ajoute le patron. « Oui mais quand même, y a pas que de l’extrême-droite dans la religion », dit tout bas la femme à sa copine. « Bon allez, bonne Sanch ! » leur souhaite le patron quand elles s’en vont.
Le vent froid est une invitation à aller lire Casanova au Grand Café de la Poste. Pour la mettre sur le trottoir le spéculatif vieillard lui faisait apprendre à danser ; car il est, disait-il, impossible que la bille entre dans la blouse tant que personne ne la pousse. Ici aussi, on parle de la Sanch où l’on attend quinze mille personnes. » Quand t’as pas le moral, c’est pas ça qu’il faut aller voir. »
Deux trentenaires prétentieuses se sont donné rendez-vous dans ce café, des Parisiennes qui parlent des galeries d’art de Saint-Germain et du Marais. Celle qui coince ses lunettes sous son nez quand elle textote monopolise la parole : « un lieu plutôt spiritualiste » « un espace vibratoire » « l’hybridation de la peinture et de la nature » « la quintessence » « c’est pas sociétal, c’est plus minéral ». Bibi et Biscotte sont les noms de leurs minuscules chiens.
Vers onze heures trente, je retiens une table à La Carmagnole, rue de la Révolution Française. Au bout de cette rue, j’entre dans la Chapelle du Tiers-Ordre de l’ancien Couvent des Dominicains. Y sont exposées les photos d’une nommée Alice Lapeyre sous l’intitulé Dérive chromatique, des images retravaillées par infographie qui plairaient sans doute aux deux Parisiennes. Je m’intéresse quant à moi au plafond de ce bâtiment, peint façon Chapelle Sixtine.
La Carmagnole est un petit restaurant dont le menu du jour est à vingt euros. J’opte pour le brick de camembert tomates séchées et le calamar farci à la catalane (excellent). J’attends un certain temps mon dessert, un gâteau au chocolat avec ganache de chocolat, car c’est complet et la restauratrice est seule pour faire le service. Son chihuahua sous le bras, une des dernières arrivées fait une photo avec sa tablette de l’ardoise où est inscrit le menu.
La Procession de la Sanch à l’origine accompagnait les condamnés à mort d’où les cagoules qui rendaient anonyme. Aujourd’hui, chaque Vendredi Saint, ce défilé symbolise le chemin de croix du Christ. Il rassemble les paroisses membres de l’archiconfrérie qui apportent leurs misteris (pièces de bois et statues grandeur nature). Les « caparutxos » vêtus de grandes robes noires, pour expier leurs péchés, défilent au son de la cloche de fer du pénitent vêtu de rouge en tête de cortège, le Regidor. Ce défilé est inscrit à l’inventaire national du patrimoine culturel immémorial.
Pour en jouir, je me cale à l’abri du vent derrière une femme en fauteuil roulant en bas de la rue François-Rabelais, là où la procession tournera à gauche vers la Cathédrale. Cet évènement est sonorisé et encadré par des Policiers de toutes les sortes, certains munis d’un fusil mitrailleur. Les porteurs et porteuses des lourds misteris possèdent une canne en u qui leur permet de les poser lors des arrêts. L’Archevêque prend la parole. Il dit que ce n’est pas un corso fleuri, évoque les conflits mondiaux, puis cet idéologue y va de son couplet anti-avortement et anti suicide assisté. Si les hommes marchent à visage caché, les femmes sont à découvert. Beaucoup portent une mantille. La mantille va bien aux jeunes filles, me dis-je en les regardant passer. Je suis sûr que Casanova le pensait aussi.
*
La procession de la Sanch se vante d’exister depuis six cent neuf ans. En fait, elle a été interrompue au dix-huitième siècle à la suite des débordements des flagellants, a resurgi sans flagellants une année, en mil neuf cent quarante-trois (tiens donc), puis sous sa forme actuelle depuis mil neuf cent cinquante.
Le vent froid est une invitation à aller lire Casanova au Grand Café de la Poste. Pour la mettre sur le trottoir le spéculatif vieillard lui faisait apprendre à danser ; car il est, disait-il, impossible que la bille entre dans la blouse tant que personne ne la pousse. Ici aussi, on parle de la Sanch où l’on attend quinze mille personnes. » Quand t’as pas le moral, c’est pas ça qu’il faut aller voir. »
Deux trentenaires prétentieuses se sont donné rendez-vous dans ce café, des Parisiennes qui parlent des galeries d’art de Saint-Germain et du Marais. Celle qui coince ses lunettes sous son nez quand elle textote monopolise la parole : « un lieu plutôt spiritualiste » « un espace vibratoire » « l’hybridation de la peinture et de la nature » « la quintessence » « c’est pas sociétal, c’est plus minéral ». Bibi et Biscotte sont les noms de leurs minuscules chiens.
Vers onze heures trente, je retiens une table à La Carmagnole, rue de la Révolution Française. Au bout de cette rue, j’entre dans la Chapelle du Tiers-Ordre de l’ancien Couvent des Dominicains. Y sont exposées les photos d’une nommée Alice Lapeyre sous l’intitulé Dérive chromatique, des images retravaillées par infographie qui plairaient sans doute aux deux Parisiennes. Je m’intéresse quant à moi au plafond de ce bâtiment, peint façon Chapelle Sixtine.
La Carmagnole est un petit restaurant dont le menu du jour est à vingt euros. J’opte pour le brick de camembert tomates séchées et le calamar farci à la catalane (excellent). J’attends un certain temps mon dessert, un gâteau au chocolat avec ganache de chocolat, car c’est complet et la restauratrice est seule pour faire le service. Son chihuahua sous le bras, une des dernières arrivées fait une photo avec sa tablette de l’ardoise où est inscrit le menu.
La Procession de la Sanch à l’origine accompagnait les condamnés à mort d’où les cagoules qui rendaient anonyme. Aujourd’hui, chaque Vendredi Saint, ce défilé symbolise le chemin de croix du Christ. Il rassemble les paroisses membres de l’archiconfrérie qui apportent leurs misteris (pièces de bois et statues grandeur nature). Les « caparutxos » vêtus de grandes robes noires, pour expier leurs péchés, défilent au son de la cloche de fer du pénitent vêtu de rouge en tête de cortège, le Regidor. Ce défilé est inscrit à l’inventaire national du patrimoine culturel immémorial.
Pour en jouir, je me cale à l’abri du vent derrière une femme en fauteuil roulant en bas de la rue François-Rabelais, là où la procession tournera à gauche vers la Cathédrale. Cet évènement est sonorisé et encadré par des Policiers de toutes les sortes, certains munis d’un fusil mitrailleur. Les porteurs et porteuses des lourds misteris possèdent une canne en u qui leur permet de les poser lors des arrêts. L’Archevêque prend la parole. Il dit que ce n’est pas un corso fleuri, évoque les conflits mondiaux, puis cet idéologue y va de son couplet anti-avortement et anti suicide assisté. Si les hommes marchent à visage caché, les femmes sont à découvert. Beaucoup portent une mantille. La mantille va bien aux jeunes filles, me dis-je en les regardant passer. Je suis sûr que Casanova le pensait aussi.
*
La procession de la Sanch se vante d’exister depuis six cent neuf ans. En fait, elle a été interrompue au dix-huitième siècle à la suite des débordements des flagellants, a resurgi sans flagellants une année, en mil neuf cent quarante-trois (tiens donc), puis sous sa forme actuelle depuis mil neuf cent cinquante.
3 avril 2026
Une boulangerie qui annonce ouvrir à sept heures, c’est prêt à l’usage à l’heure dite. Un troquet qui annonce ouvrir à sept heures, c’est, à l’heure dite, une terrasse et une véranda encore à installer. Je le constate une fois de plus rue du Maréchal-Foch, ce jeudi, après avoir marché dans les rues désertes de Perpignan.
Un pain au chocolat à un euro quinze en main, je suis autorisé à entrer malgré tout au Café de la Source où un habitué de comptoir m’a précédé. La sono diffuse des vieux succès remixés de la chanson française, Mouloudji Aznavour Les Rita Mitsouko. Je parcours L’Indépendant, journal de l’Aude et des Pyrénées-Orientales. « Une paella lance la saison de pétanque », c’est l’information la plus marquante. Quatre-vingt-dix-neuf kilomètres heure, la vitesse annoncée de la tramontane. Charles Trenet chante Douce France et le dandy arrive, lorsque je sors. Je passe chez Sankéo pour un horaire de bus qui me manquait puis chez Monoprix pour un paquet de lessive à la main (un euro quarante-neuf).
Un peu après neuf heures, j’entre dans la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste (dite Saint-Jean-le-Neuf) qui date du quatorzième siècle et est de style gothique méridional. L’intérieur en est fort beau. Elle fait partie d’un ensemble religieux urbain comprenant aussi le cloître-cimetière Campo Santo, l'église Saint-Jean-le-Vieux, la chapelle Saint-Jean-l'Évangéliste (dite de la Funéraria) et la chapelle du Dévot-Christ avec sa statue en bois du Christ.
Un religieux en soutane noire met la dernière touche à la décoration de la sacristie fleurie de blanc. Une femme installe une table de cierges à vendre. Je m’étonne auprès d’elle de ne pas entendre sonner les heures depuis mon arrivée à Perpignan. « C’est que nous sommes dans la semaine de Pâques, me dit-elle, dès dimanche vous pourrez l’entendre. » Je viens de gagner le concours de la question idiote.
Après cette visite, je prends la rue de la Jeanne. Elle me mène au Roy d’Ys, un petit resto qui, je l’ai appris via le réseau social Effe Bé, propose ce jeudi, en plat du jour, un confit de canard pommes sarladaises. Je réserve l’une des quelques tables pour midi.
Faisant face à la tramontane glaciale, je rejoins le Grand Café de la Poste par le boulevard Wilson. « Moi, je suis contre manger la viande du cheval, déclare une fille à ses deux copines, c’est comme si je mangeais du chien. » Il est ensuite question entre elles d’omelette pascale. Mon café bu, je retrouve Casanova narrant ses premières expériences sexuelles.
J’entre à midi pile au Roi d’Ys où un homme seul et une femme seule sont déjà attablés. « Vous ne vous trompez pas d’endroit, c’est très très bon, c’est moi qui vous le dis », me dit-elle. Il n’y a que cinq tables ici et deux dehors, inutilisables car balayées par le vent. Babette, c’est le prénom de la bavarde. Lui s’appelle Serge. Ça doit être compliqué de les avoir tous les jours comme clients et de rester calme. Ce confit de canard est trop sec à mon goût. La mousse au chocolat qui suit, fort bonne. Ça fait dix-sept euros. Le patron et sa femme sont d’anciens Rouennais. Les parents d’elle tenaient Le Roy d’Ys en haut de la rue de la République. Lui habitait rue Saint-Nicolas à cent mètres de mon domicile. Ils ont ouvert ici depuis deux mois.
La tramontane souffle encore plus violemment quand vers quatorze heures un bus Bé me dépose devant la Brasserie de la Gare, face à icelle, le centre du monde selon Dali. Mon café bu, je reprends Casanova : … elle se fâche de ce que je ne lui cache pas le trop visible effet de ses charmes, et elle se refuse à un soulagement qui dans un instant m’aurait calmé.
Ce qui ne se calme pas non plus, c’est la tramontane. Je crains que l’abribus sous lequel j’attends le bus Bé du retour au Castillet ne s’envole avant son arrivée.
*
Les Perpignanaises et les Perpignanais n’ont qu’une question à la bouche : Comment que ça va être la Sanch demain, si ça souffle encore comme ça ?
Un pain au chocolat à un euro quinze en main, je suis autorisé à entrer malgré tout au Café de la Source où un habitué de comptoir m’a précédé. La sono diffuse des vieux succès remixés de la chanson française, Mouloudji Aznavour Les Rita Mitsouko. Je parcours L’Indépendant, journal de l’Aude et des Pyrénées-Orientales. « Une paella lance la saison de pétanque », c’est l’information la plus marquante. Quatre-vingt-dix-neuf kilomètres heure, la vitesse annoncée de la tramontane. Charles Trenet chante Douce France et le dandy arrive, lorsque je sors. Je passe chez Sankéo pour un horaire de bus qui me manquait puis chez Monoprix pour un paquet de lessive à la main (un euro quarante-neuf).
Un peu après neuf heures, j’entre dans la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste (dite Saint-Jean-le-Neuf) qui date du quatorzième siècle et est de style gothique méridional. L’intérieur en est fort beau. Elle fait partie d’un ensemble religieux urbain comprenant aussi le cloître-cimetière Campo Santo, l'église Saint-Jean-le-Vieux, la chapelle Saint-Jean-l'Évangéliste (dite de la Funéraria) et la chapelle du Dévot-Christ avec sa statue en bois du Christ.
Un religieux en soutane noire met la dernière touche à la décoration de la sacristie fleurie de blanc. Une femme installe une table de cierges à vendre. Je m’étonne auprès d’elle de ne pas entendre sonner les heures depuis mon arrivée à Perpignan. « C’est que nous sommes dans la semaine de Pâques, me dit-elle, dès dimanche vous pourrez l’entendre. » Je viens de gagner le concours de la question idiote.
Après cette visite, je prends la rue de la Jeanne. Elle me mène au Roy d’Ys, un petit resto qui, je l’ai appris via le réseau social Effe Bé, propose ce jeudi, en plat du jour, un confit de canard pommes sarladaises. Je réserve l’une des quelques tables pour midi.
Faisant face à la tramontane glaciale, je rejoins le Grand Café de la Poste par le boulevard Wilson. « Moi, je suis contre manger la viande du cheval, déclare une fille à ses deux copines, c’est comme si je mangeais du chien. » Il est ensuite question entre elles d’omelette pascale. Mon café bu, je retrouve Casanova narrant ses premières expériences sexuelles.
J’entre à midi pile au Roi d’Ys où un homme seul et une femme seule sont déjà attablés. « Vous ne vous trompez pas d’endroit, c’est très très bon, c’est moi qui vous le dis », me dit-elle. Il n’y a que cinq tables ici et deux dehors, inutilisables car balayées par le vent. Babette, c’est le prénom de la bavarde. Lui s’appelle Serge. Ça doit être compliqué de les avoir tous les jours comme clients et de rester calme. Ce confit de canard est trop sec à mon goût. La mousse au chocolat qui suit, fort bonne. Ça fait dix-sept euros. Le patron et sa femme sont d’anciens Rouennais. Les parents d’elle tenaient Le Roy d’Ys en haut de la rue de la République. Lui habitait rue Saint-Nicolas à cent mètres de mon domicile. Ils ont ouvert ici depuis deux mois.
La tramontane souffle encore plus violemment quand vers quatorze heures un bus Bé me dépose devant la Brasserie de la Gare, face à icelle, le centre du monde selon Dali. Mon café bu, je reprends Casanova : … elle se fâche de ce que je ne lui cache pas le trop visible effet de ses charmes, et elle se refuse à un soulagement qui dans un instant m’aurait calmé.
Ce qui ne se calme pas non plus, c’est la tramontane. Je crains que l’abribus sous lequel j’attends le bus Bé du retour au Castillet ne s’envole avant son arrivée.
*
Les Perpignanaises et les Perpignanais n’ont qu’une question à la bouche : Comment que ça va être la Sanch demain, si ça souffle encore comme ça ?
2 avril 2026
Quel vent durant toute la nuit ! La tramontane dans ses œuvres : bourrasques sifflantes et volets qui claquent. Malgré cela, je dors bien dans mon petit lit.
Craignant une ville lente au démarrage, je ne mets le pied dehors, où le vent froid souffle toujours, qu’à huit heures. Je zone à la recherche d’une boulangerie et d’un café ouverts, me résigne à acheter un pain au chocolat à un euro vingt chez La Mie Câline, puis en trouve une vraie, rue du Maréchal-Foch, trop tard. Un peu plus loin est le Café de la Source face à l’imposant Centre d’Art Contemporain. C’est un agréable troquet à clientèle locale, dont un quatuor de trentenaires, parmi lesquels un religieux en soutane. Il a une théorie sur les gens du Nord. Comme il y fait froid, on reste dans sa chambre et on étudie, donc on y est plus intelligent que dans le Sud. « Tu peux aussi passer ton temps à picoler dans ta chambre quand il fait froid », lui rétorque un autre. Également présent, à ma gauche, lisant L’Indépendant, un quinquagénaire dandy à veste jaune, pantalon à carreaux noirs et blancs, lunettes vertes, petit chapeau rond marron, chaussures blanches.
C’est mon jour d’organisation. Je passe d’abord chez Sankéo, le réseau de bus, où une guichetière m’établit une carte mensuelle en illimité à vingt-trois euros. Je l’utilise pour aller à la Gare où je me mets dans la file d’attente du guichet pour prendre des billets à un euro, une offre spéciale pour ce samedi et ce dimanche en Occitanie. Il en reste peu, mais je réussis quand même à obtenir les deux destinations que je voulais en acceptant les horaires disponibles. Puis je vais tout près, à la Gare Routière. Heureusement, je suis le seul au guichet des cars régionaux liO dont l’employée, très aimable par ailleurs, est fort lente. C’est surtout la faute de la procédure qui oblige à d’abord remplir tout sur un papier avant de le mettre dans l’ordinateur. J’en repars avec une carte dix voyages à quinze euros.
Bien content, je m’apprête à attendre un bus pour redescendre au centre-ville quand je ne trouve plus ma toute nouvelle carte mensuelle. Je vais prendre un café à deux euros à la Brasserie de la Gare dans laquelle trône une sculpture métallique représentant Salvador Dali qui a rendu la Gare de Perpignan célèbre, puis je fouille dans mon portefeuille, dans mes poches intérieures, dans mon sac à dos. Rien. Elle a dû tomber lors de sa première utilisation. C’est malin. C’est la première fois de ma vie qu’il m’arrive ce genre de désagrément.
Je rejoins donc à pied l’Office du Tourisme, ma dernière étape. Sa responsable fait de son mieux pour me trouver la documentation demandée mais ici on vise à l’excellence et donc à la diminution du papier, me dit-elle. Elle m’apprend que le Centre d’Art Contemporain est fermé et mis en vente. Les descendants de Walter Benjamin avait fait retirer son nom du bâtiment à l’arrivée du Maire Rassemblement National.
À midi, j’entre à nouveau au Café de la Source pour y déjeuner du menu du jour à vingt euros quatre-vingt-dix : salade de noix et de fromage, travers de porc caramélisé et crème catalane. La clientèle est d’habitués, dont à ma gauche deux femmes juges aux affaires matrimoniales. Elles parlent boulot, de violences conjugales aggravées avec escalade de balcon.
Vers quatorze heures, je mets le cap sur le Castillet au pied duquel s’épanouit le Grand Café de la Poste. Portant machinalement la main à la poche extérieure de ma veste en djine noire, j’y trouve ma carte de bus. C’est comme si je m’étais fait une blague de premier avril. Elle est bien bonne. Le café l’est aussi et à un euro quatre-vingt-dix dans cet endroit un peu bourgeois où la jeunesse est perchée aux tables hautes. Une fois bu, j’ouvre le premier volume d’Histoire de ma vie, les mémoires de Giacomo Casanova chez Bouquins Laffont. Je pense qu’il est temps pour moi de les relire.
*
Au Café de la Source, une ardoise que j’aimerais voir partout : « Les téléphones en haut-parleur sont interdits. »
*
Et toujours cette affreuse tramontane. Non seulement ça souffle, mais c’est froid. Le cuisinier du Café de la Source : « Si ça continue, je déménage dans le Sud. »
Craignant une ville lente au démarrage, je ne mets le pied dehors, où le vent froid souffle toujours, qu’à huit heures. Je zone à la recherche d’une boulangerie et d’un café ouverts, me résigne à acheter un pain au chocolat à un euro vingt chez La Mie Câline, puis en trouve une vraie, rue du Maréchal-Foch, trop tard. Un peu plus loin est le Café de la Source face à l’imposant Centre d’Art Contemporain. C’est un agréable troquet à clientèle locale, dont un quatuor de trentenaires, parmi lesquels un religieux en soutane. Il a une théorie sur les gens du Nord. Comme il y fait froid, on reste dans sa chambre et on étudie, donc on y est plus intelligent que dans le Sud. « Tu peux aussi passer ton temps à picoler dans ta chambre quand il fait froid », lui rétorque un autre. Également présent, à ma gauche, lisant L’Indépendant, un quinquagénaire dandy à veste jaune, pantalon à carreaux noirs et blancs, lunettes vertes, petit chapeau rond marron, chaussures blanches.
C’est mon jour d’organisation. Je passe d’abord chez Sankéo, le réseau de bus, où une guichetière m’établit une carte mensuelle en illimité à vingt-trois euros. Je l’utilise pour aller à la Gare où je me mets dans la file d’attente du guichet pour prendre des billets à un euro, une offre spéciale pour ce samedi et ce dimanche en Occitanie. Il en reste peu, mais je réussis quand même à obtenir les deux destinations que je voulais en acceptant les horaires disponibles. Puis je vais tout près, à la Gare Routière. Heureusement, je suis le seul au guichet des cars régionaux liO dont l’employée, très aimable par ailleurs, est fort lente. C’est surtout la faute de la procédure qui oblige à d’abord remplir tout sur un papier avant de le mettre dans l’ordinateur. J’en repars avec une carte dix voyages à quinze euros.
Bien content, je m’apprête à attendre un bus pour redescendre au centre-ville quand je ne trouve plus ma toute nouvelle carte mensuelle. Je vais prendre un café à deux euros à la Brasserie de la Gare dans laquelle trône une sculpture métallique représentant Salvador Dali qui a rendu la Gare de Perpignan célèbre, puis je fouille dans mon portefeuille, dans mes poches intérieures, dans mon sac à dos. Rien. Elle a dû tomber lors de sa première utilisation. C’est malin. C’est la première fois de ma vie qu’il m’arrive ce genre de désagrément.
Je rejoins donc à pied l’Office du Tourisme, ma dernière étape. Sa responsable fait de son mieux pour me trouver la documentation demandée mais ici on vise à l’excellence et donc à la diminution du papier, me dit-elle. Elle m’apprend que le Centre d’Art Contemporain est fermé et mis en vente. Les descendants de Walter Benjamin avait fait retirer son nom du bâtiment à l’arrivée du Maire Rassemblement National.
À midi, j’entre à nouveau au Café de la Source pour y déjeuner du menu du jour à vingt euros quatre-vingt-dix : salade de noix et de fromage, travers de porc caramélisé et crème catalane. La clientèle est d’habitués, dont à ma gauche deux femmes juges aux affaires matrimoniales. Elles parlent boulot, de violences conjugales aggravées avec escalade de balcon.
Vers quatorze heures, je mets le cap sur le Castillet au pied duquel s’épanouit le Grand Café de la Poste. Portant machinalement la main à la poche extérieure de ma veste en djine noire, j’y trouve ma carte de bus. C’est comme si je m’étais fait une blague de premier avril. Elle est bien bonne. Le café l’est aussi et à un euro quatre-vingt-dix dans cet endroit un peu bourgeois où la jeunesse est perchée aux tables hautes. Une fois bu, j’ouvre le premier volume d’Histoire de ma vie, les mémoires de Giacomo Casanova chez Bouquins Laffont. Je pense qu’il est temps pour moi de les relire.
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Au Café de la Source, une ardoise que j’aimerais voir partout : « Les téléphones en haut-parleur sont interdits. »
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Et toujours cette affreuse tramontane. Non seulement ça souffle, mais c’est froid. Le cuisinier du Café de la Source : « Si ça continue, je déménage dans le Sud. »
1er avril 2026
Sous quelques gouttes de pluie, je rejoins la Gare de Rouen ce mardi, dernier jour de mars. Dans le sept heures vingt-six pour Paris j’ai une place isolée en première classe où il m’est facile de garder valise et sac à dos. Dix minutes avant l’arrivée s’agglutinent dans cette voiture de tête les saumons ayant remonté la rame. Ils sont toujours pressés d’aller travailler.
Un métro Quatorze me conduit à la Gare de Lyon. Aux Terrasses de Lyon, le café que je bois en attendant l’heure de mon Tégévé est à deux euros soixante-dix.
J’ai la place Six Cent Treize en deuxième classe dans le dix heures quarante-deux pour Perpignan. C’est un train de vieux. Avant même le départ, on y demande un médecin en voiture Sept. Le départ est différé de quelques minutes. Mon voisin lit La nouvelle interprétation des rêves de Tobie Nathan, mais pas longtemps. Le voisin d’outre couloir lit Après Dieu de Richard Malka, à petites doses. Sa voisine : Une nouvelle vie de Françoise Bourdin, par épisodes. Je ne lis pas. Je regarde le paysage dont le défilé me donne des pensées moroses relatives au temps passé qui ne reviendra plus.
Mon voisin ne cesse de bouger. Il se tache avec son sandouiche à la tomate. J’aurais préféré avoir à sa place la petite Asiatique de devant qui regarde des vidéos de petites Asiatiques qui se dandinent. Des panneaux solaires remplacent les éoliennes. Valence Tégévé est le premier arrêt : un endroit sinistre. Heureusement après, que la montagne est belle, ses sommets encore enneigés. Puis c’est la Provence et Nîmes où je change de place pour charger mon smartphone. Ensuite des vignes, des oliviers, des villages sur les coteaux, un ciel bleu et du vent.
Un arrêt inopiné juste avant Montpellier. Il est dû à une personne aux abords des voies. Ça repart et voici Montpellier et ses tramouais colorés. Nous avons maintenant quinze minutes de retard. C’est ensuite Sète où peut-être je retournerai un jour. Je suis heureux d’avoir une vue sur la Pointe Courte quand on repart. Peu avant Agde un nouvel arrêt en pleine voie non expliqué au-dessus d’un petit cours d’eau puis c’est le Canal du Midi qui est peu de chose, Béziers et sa belle église et Narbonne dont on ne voit rien. Ensuite un étang boueux avec des flamands plus ou moins roses et un îlot aux maisons en ruine. Un beau château que je crois être celui de Salses et nous arrivons au terminus : Perpignan.
Il me faut ensuite trouver la bonne sortie de la Gare. Celle qui mène au centre n’est pas du côté où l’on a envie d’aller. En principe, il y a une navette gratuite qui fait le tour de la ville mais je ne sais où la trouver et personne ne sait me l’indiquer. Je vais vers l’hyper centre à pied en tirant ma valise face à un vent de tous les diables. Les personnes auxquelles je m’adresse en chemin me mettent dans la bonne direction sauf une femme qui ne sait ni lire le plan sur son téléphone ni le mien en papier.
J’arrive enfin dans la rue que je cherchais près de La Loge où est l’Hôtel de Ville et son Maire que je n’ai guère envie de croiser. J’ai du mal à ouvrir la boîte à clés. Je respire quand j’ai le sésame en main. Un ascenseur me mène au troisième étage. J’en descends un demi à pied et me voici dans un nouveau logis Air Bibi. Il est petit mais très bien situé. Ma fenêtre donne sur une jolie placette avec une fontaine à l’arrêt.
*
Dans le Rouen Paris, des voyageurs sans place, assis sur les marches ou les coffres à bagages. Ils ont été induits en erreur par un affichage précoce qui leur indiquait la voie Deux. Ils sont montés dans le direct pour la capitale qui y stationnait encore alors qu’ils devaient prendre l’omnibus suivant pour en descendre à Oissel, Val-de-Reuil, Gaillon Aubevoye ou Vernon Giverny. Ils n’ont plus qu’à faire le chemin dans l’autre sens avec le prochain omnibus pour Rouen qui part de la voie Dix-Huit, leur annonce la cheffe de bord qui va les accompagner, sinon ils ne pourraient pas franchir les barrières à Pécresse.
Un métro Quatorze me conduit à la Gare de Lyon. Aux Terrasses de Lyon, le café que je bois en attendant l’heure de mon Tégévé est à deux euros soixante-dix.
J’ai la place Six Cent Treize en deuxième classe dans le dix heures quarante-deux pour Perpignan. C’est un train de vieux. Avant même le départ, on y demande un médecin en voiture Sept. Le départ est différé de quelques minutes. Mon voisin lit La nouvelle interprétation des rêves de Tobie Nathan, mais pas longtemps. Le voisin d’outre couloir lit Après Dieu de Richard Malka, à petites doses. Sa voisine : Une nouvelle vie de Françoise Bourdin, par épisodes. Je ne lis pas. Je regarde le paysage dont le défilé me donne des pensées moroses relatives au temps passé qui ne reviendra plus.
Mon voisin ne cesse de bouger. Il se tache avec son sandouiche à la tomate. J’aurais préféré avoir à sa place la petite Asiatique de devant qui regarde des vidéos de petites Asiatiques qui se dandinent. Des panneaux solaires remplacent les éoliennes. Valence Tégévé est le premier arrêt : un endroit sinistre. Heureusement après, que la montagne est belle, ses sommets encore enneigés. Puis c’est la Provence et Nîmes où je change de place pour charger mon smartphone. Ensuite des vignes, des oliviers, des villages sur les coteaux, un ciel bleu et du vent.
Un arrêt inopiné juste avant Montpellier. Il est dû à une personne aux abords des voies. Ça repart et voici Montpellier et ses tramouais colorés. Nous avons maintenant quinze minutes de retard. C’est ensuite Sète où peut-être je retournerai un jour. Je suis heureux d’avoir une vue sur la Pointe Courte quand on repart. Peu avant Agde un nouvel arrêt en pleine voie non expliqué au-dessus d’un petit cours d’eau puis c’est le Canal du Midi qui est peu de chose, Béziers et sa belle église et Narbonne dont on ne voit rien. Ensuite un étang boueux avec des flamands plus ou moins roses et un îlot aux maisons en ruine. Un beau château que je crois être celui de Salses et nous arrivons au terminus : Perpignan.
Il me faut ensuite trouver la bonne sortie de la Gare. Celle qui mène au centre n’est pas du côté où l’on a envie d’aller. En principe, il y a une navette gratuite qui fait le tour de la ville mais je ne sais où la trouver et personne ne sait me l’indiquer. Je vais vers l’hyper centre à pied en tirant ma valise face à un vent de tous les diables. Les personnes auxquelles je m’adresse en chemin me mettent dans la bonne direction sauf une femme qui ne sait ni lire le plan sur son téléphone ni le mien en papier.
J’arrive enfin dans la rue que je cherchais près de La Loge où est l’Hôtel de Ville et son Maire que je n’ai guère envie de croiser. J’ai du mal à ouvrir la boîte à clés. Je respire quand j’ai le sésame en main. Un ascenseur me mène au troisième étage. J’en descends un demi à pied et me voici dans un nouveau logis Air Bibi. Il est petit mais très bien situé. Ma fenêtre donne sur une jolie placette avec une fontaine à l’arrêt.
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Dans le Rouen Paris, des voyageurs sans place, assis sur les marches ou les coffres à bagages. Ils ont été induits en erreur par un affichage précoce qui leur indiquait la voie Deux. Ils sont montés dans le direct pour la capitale qui y stationnait encore alors qu’ils devaient prendre l’omnibus suivant pour en descendre à Oissel, Val-de-Reuil, Gaillon Aubevoye ou Vernon Giverny. Ils n’ont plus qu’à faire le chemin dans l’autre sens avec le prochain omnibus pour Rouen qui part de la voie Dix-Huit, leur annonce la cheffe de bord qui va les accompagner, sinon ils ne pourraient pas franchir les barrières à Pécresse.
30 mars 2026
J’attends qu’il soit huit heures pour sortir de chez moi ce dimanche afin de rejoindre le vide grenier des Rameaux du quartier Augustins Molière à deux pas de mon domicile. J’en parcours des allées où les déballeurs sont loin d’être tous installés. Des voitures stationnées bloquent les emplacements où doivent s’installer des vendeurs. La fourrière est à l’ouvrage mais une voiture à la fois, ça prend du temps. Faisant fi d’un froid de canard, je m’intéresse à ce que proposent les déjà prêts. Cachés parmi les livres inintéressants que propose une femme, j’ai l’heureuse surprise de découvrir Tristan Tzara, une biographie signée par Henri Béhar dans la collection « Les Roumains à Paris » de chez Oxus et Poésies complètes de Tristan Tzara dans la collection « Mille & Une Pages » de chez Flammarion, un pavé de mille sept cent quarante pages. Le premier est en très bon état, le second a sa tranche latérale piquée, ce qui me sert d’argument pour obtenir l’ensemble pour deux euros. Cette affaire faite, je ne m’attarde pas. Il fait vraiment trop froid le jour du passage à l’heure d’été.
L’après-midi, je traverse la ville pour rejoindre la rue Cauchoise. La veille, j’ai déposé chez Souffleur De Rêves une pile de livres que je voulais vendre. Le maître des lieux n’était pas là. Sa compagne n’était pas habilitée à fixer un prix d’achat. Lorsque je pousse la porte, c’est encore elle qui m’accueille. Elle me dit que son compagnon me propose vingt euros pour les seize livres. Je ne m’attendais pas à un prix mirobolant mais quand même. Je choisis de tout récupérer. Les bouquinistes ont pour point commun de se plaindre des particuliers qui vendent leurs livres via Internet mais ils les y poussent.
*
Installation du nouveau Conseil Municipal de Rouen, Marie-Andrée Malleville, non seulement renommée à la Culture, mais en plus promue Première Adjointe. L’avenir dira s’il s’agit d’une nouvelle illustration du Principe de Peter.
L’après-midi, je traverse la ville pour rejoindre la rue Cauchoise. La veille, j’ai déposé chez Souffleur De Rêves une pile de livres que je voulais vendre. Le maître des lieux n’était pas là. Sa compagne n’était pas habilitée à fixer un prix d’achat. Lorsque je pousse la porte, c’est encore elle qui m’accueille. Elle me dit que son compagnon me propose vingt euros pour les seize livres. Je ne m’attendais pas à un prix mirobolant mais quand même. Je choisis de tout récupérer. Les bouquinistes ont pour point commun de se plaindre des particuliers qui vendent leurs livres via Internet mais ils les y poussent.
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Installation du nouveau Conseil Municipal de Rouen, Marie-Andrée Malleville, non seulement renommée à la Culture, mais en plus promue Première Adjointe. L’avenir dira s’il s’agit d’une nouvelle illustration du Principe de Peter.
26 mars 2026
Un vent violent, des averses, du grésil, des températures en chute libre sont promis à la Normandie ce mercredi, apprends-je la veille en fin d’après-midi. J’annule aussitôt mon escapade hebdomadaire à Paris.
Vers onze heures, au lieu d’entrer au Book-Off de Ledru-Rollin, j’affronte le vent et la giboulée pour une traversée de la ville jusqu’à la rue Cauchoise que je remonte à moitié. Sur la gauche est l’entrée d’une vaste cour au fond de laquelle se trouvait le siège des éditions Petit à Petit qui ont périclité et ont été reprises par Hachette, c’est-à-dire Bolloré. À leur place, depuis le quatorze mars, se trouve Souffleur De Rêves, un lieu mêlant « filmerie, bouquinerie, café et scène de théâtre » avec à sa tête, l’humoriste Antoine Lucciardi.
J’en pousse la porte et suis accueilli par un bonjour chaleureux que je ne sais pas où situer. « Je suis ici », me dit le maître des lieux caché au fond derrière son ordinateur. « Vous avez un endroit où mettre le parapluie ? » lui demandé-je. « Ah non, on n’a pas prévu ça mais vous pouvez l’accrocher à une chaise si vous voulez. » Ce que je fais avant d’explorer les livres peu nombreux, mais choisis, installés pour certains dans des casiers muraux. De la littérature, du théâtre, rien qui me fasse signe. « Si je peux vous être utile. » Je lui dis que je suis surtout intéressé par les écrits autobiographiques : les correspondances, les journaux et autres. Il a peu de choses dans le domaine. « Quand même vous avez le Journal de Jules Renard. » Oui et il a eu la correspondance Flaubert Sand. » Je lui demande à quelles conditions il rachète des livres. En quantité restreinte, au tiers ou au quart du prix auquel il les revendra. Je reprends mon parapluie et cherche par quelle porte sortir. « Par les deux, c’est comme dans un vaudeville », me dit-il. « Oui je vois ça et sans doute que le mari est dans le placard. »
Je repasserai chez Souffleur De Rêves, me dis-je en ouvrant mon parapluie entre les tables de sa petite terrasse. La difficulté est ensuite de le maintenir ouvert sans qu’il se retourne. Aujourd’hui souffle davantage le vent que les rêves.
*
Un homme sympathique « l’humoriste rouennais Antoine Lucciardi » (ainsi le nomment les médias locaux). Jamais entendu parler de lui. Je n’écoute pas Ici Normandie où il tient chronique pour faire rire. J’en ai entendu une, sur le réseau social Effe Bé, consacrée aux Maires de Louviers, ma ville natale, qui ne m’a pas fait rire, ni même sourire. Je ne fréquente pas non plus le Théâtre à l’Ouest, « le temple de l’humour », où il se produit dans des seuls en scène (comme on dit).
Vers onze heures, au lieu d’entrer au Book-Off de Ledru-Rollin, j’affronte le vent et la giboulée pour une traversée de la ville jusqu’à la rue Cauchoise que je remonte à moitié. Sur la gauche est l’entrée d’une vaste cour au fond de laquelle se trouvait le siège des éditions Petit à Petit qui ont périclité et ont été reprises par Hachette, c’est-à-dire Bolloré. À leur place, depuis le quatorze mars, se trouve Souffleur De Rêves, un lieu mêlant « filmerie, bouquinerie, café et scène de théâtre » avec à sa tête, l’humoriste Antoine Lucciardi.
J’en pousse la porte et suis accueilli par un bonjour chaleureux que je ne sais pas où situer. « Je suis ici », me dit le maître des lieux caché au fond derrière son ordinateur. « Vous avez un endroit où mettre le parapluie ? » lui demandé-je. « Ah non, on n’a pas prévu ça mais vous pouvez l’accrocher à une chaise si vous voulez. » Ce que je fais avant d’explorer les livres peu nombreux, mais choisis, installés pour certains dans des casiers muraux. De la littérature, du théâtre, rien qui me fasse signe. « Si je peux vous être utile. » Je lui dis que je suis surtout intéressé par les écrits autobiographiques : les correspondances, les journaux et autres. Il a peu de choses dans le domaine. « Quand même vous avez le Journal de Jules Renard. » Oui et il a eu la correspondance Flaubert Sand. » Je lui demande à quelles conditions il rachète des livres. En quantité restreinte, au tiers ou au quart du prix auquel il les revendra. Je reprends mon parapluie et cherche par quelle porte sortir. « Par les deux, c’est comme dans un vaudeville », me dit-il. « Oui je vois ça et sans doute que le mari est dans le placard. »
Je repasserai chez Souffleur De Rêves, me dis-je en ouvrant mon parapluie entre les tables de sa petite terrasse. La difficulté est ensuite de le maintenir ouvert sans qu’il se retourne. Aujourd’hui souffle davantage le vent que les rêves.
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Un homme sympathique « l’humoriste rouennais Antoine Lucciardi » (ainsi le nomment les médias locaux). Jamais entendu parler de lui. Je n’écoute pas Ici Normandie où il tient chronique pour faire rire. J’en ai entendu une, sur le réseau social Effe Bé, consacrée aux Maires de Louviers, ma ville natale, qui ne m’a pas fait rire, ni même sourire. Je ne fréquente pas non plus le Théâtre à l’Ouest, « le temple de l’humour », où il se produit dans des seuls en scène (comme on dit).
24 mars 2026
S’il en est un qui nous a quittés (comme la plupart disent) ou qui a disparu (comme la plupart disent), bref, qui est mort, au bon moment, c’est Lionel Jospin ce lundi matin au milieu des commentaires sur les résultats des Municipales et les perspectives de la Présidentielle de dans un an.
Je me souviens de la secousse du vingt et un avril deux mille deux. Combien dégoûté j’arrivais le lendemain matin à l’École Maternelle du Chapitre à Bihorel, où j’avais cette année-là une classe de Moyenne Section, avec à la main Libération dont la une affichait en lettres énormes NON. La femme de service attachée à ma classe (Agente Territoriale Spécialisée des Ecoles Maternelles) ayant une fille membre de l’association Aides me dit dans l’après-midi qu’elle savait par celle-ci qu’une manifestation anti Le Pen aurait lieu à Rouen dès ce lundi soir.
Ce fut la première d’une série quasi quotidienne dont je ne manquais aucune puis, le dimanche du second tour, pour la première fois de ma vie, contre le père Le Pen, je votais à droite pour Chirac.
Ce vote à droite au second tour de la Présidentielle ne fut pas le dernier. J’ai réitéré deux fois contre la fille Le Pen pour Macron.
Il me faudra récidiver dans un an car il est exclu qu’un candidat de la gauche non mélenchoniste soit au second tour. Un candidat de la droite le sera, sauf si le sélectionné de ce second tour est Mélenchon lui-même, et dans ce cas il est sûr que Bardella (ou la fille Le Pen) sera élu(e).
Nous verrons ce qui arrivera, comme dirait Donald Trump.
*
Quelle rigolade (un) : Emmanuel Grégoire et sa bande déboulant à bicyclette dans les rues de Paris pour rejoindre l’Hôtel de Ville. Qui plus est en Vélib’, ce qui laisse à penser que ce nouveau Maire n’a pas de bicyclette personnelle.
Quelle rigolade (deux) : Nicolas Mayer-Rossignol et sa bande, dont la Députée Florence Herouin-Léautey, à bicyclette itou dans les rues de Rouen le soir de la victoire, mais à pied à côté de leur propre machine pour cause de foule les entourant. Sur les onze secondes de vidéo que j’ai vues, l’absence remarquée de l’écologiste Jean-Michel Bérégovoy que je n’imagine même pas sur une bicyclette.
Je me souviens de la secousse du vingt et un avril deux mille deux. Combien dégoûté j’arrivais le lendemain matin à l’École Maternelle du Chapitre à Bihorel, où j’avais cette année-là une classe de Moyenne Section, avec à la main Libération dont la une affichait en lettres énormes NON. La femme de service attachée à ma classe (Agente Territoriale Spécialisée des Ecoles Maternelles) ayant une fille membre de l’association Aides me dit dans l’après-midi qu’elle savait par celle-ci qu’une manifestation anti Le Pen aurait lieu à Rouen dès ce lundi soir.
Ce fut la première d’une série quasi quotidienne dont je ne manquais aucune puis, le dimanche du second tour, pour la première fois de ma vie, contre le père Le Pen, je votais à droite pour Chirac.
Ce vote à droite au second tour de la Présidentielle ne fut pas le dernier. J’ai réitéré deux fois contre la fille Le Pen pour Macron.
Il me faudra récidiver dans un an car il est exclu qu’un candidat de la gauche non mélenchoniste soit au second tour. Un candidat de la droite le sera, sauf si le sélectionné de ce second tour est Mélenchon lui-même, et dans ce cas il est sûr que Bardella (ou la fille Le Pen) sera élu(e).
Nous verrons ce qui arrivera, comme dirait Donald Trump.
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Quelle rigolade (un) : Emmanuel Grégoire et sa bande déboulant à bicyclette dans les rues de Paris pour rejoindre l’Hôtel de Ville. Qui plus est en Vélib’, ce qui laisse à penser que ce nouveau Maire n’a pas de bicyclette personnelle.
Quelle rigolade (deux) : Nicolas Mayer-Rossignol et sa bande, dont la Députée Florence Herouin-Léautey, à bicyclette itou dans les rues de Rouen le soir de la victoire, mais à pied à côté de leur propre machine pour cause de foule les entourant. Sur les onze secondes de vidéo que j’ai vues, l’absence remarquée de l’écologiste Jean-Michel Bérégovoy que je n’imagine même pas sur une bicyclette.
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