Dernières notes
Loïc Boyer
Je suis l’auteur de textes courts qui furent publiés depuis mil neuf cent quatre-vingt-quinze dans des revues littéraires en France (Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous), en Belgique (Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre), au Canada (Les Saisons Littéraires) et en Italie (Les Cahiers du Ru).
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
Les courageuses Editions du Chardon ont publié en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Erotica, un recueil de vingt-huit de ces textes, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian, toujours disponible auprès de moi.
Je suis également l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans ou récits à ce jour inédits.
Depuis le onze novembre deux mille six, je publie mon Journal via Internet, un temps sous-titré Persiflages, moquages et autres énervages mâtinés de complimentages et de contentages. Sa première partie est lisible chez Eklablog, la deuxième ici.
Je vis au centre de Rouen dans un ancien monastère où autrefois les Sœurs de la Miséricorde se vouaient à l’éducation des jeunes filles.
31 décembre 2025
Le merle chanteur de la place des Carmes m’est un encouragement à affronter le froid de l’hiver ce mardi matin. Au moins, la bise ne souffle plus.
Le train pour Paris est désormais celui de sept heures vingt-six. Il est censé arriver dans la capitale à la même heure qu’avant, en ayant donc mis quatre minutes de moins. J’ai pour voisine une femme qui écrit dans un petit carnet. Qu’elle fasse la même chose que moi m’énerve. Délaissant mon carnet, j’ouvre Petites ignorances de la conversation de Charles Rozan. Les Editions de l’Equateur ne se sont pas foulées. C’est le fac-similé de l’édition Hetzel de mil huit cent soixante-neuf.
J’en suis à « Racine passera comme le café », expression oubliée aujourd’hui, inspirée de Madame de Sévigné qui pensait que le premier écrivait seulement pour plaire à la Champmeslé et que le second n’était qu’une mode déjà en déclin, quand ma voisine sort son carnet à dessin et entreprend de figurer à l’aquarelle une photo du ciel noir prise avec son smartphone. C’est vite fait et plutôt laid. François, notre chef de bord, est heureux d’annoncer que nous arrivons à Paris avec une minute d’avance.
Le chauffeur du bus Vingt-Neuf peste contre son véhicule en panne de chauffage et de micro. Il est de ceux qui veulent bien m’arrêter du bon côté de Bastille.
Malgré le froid, j’explore les stands de livres d’Émile et d’Amine au Marché d’Aligre. La quantité y est mais pas la qualité.
Je bois mon café assis au Camélia et y comble quelques-unes de mes ignorances. La vieille petite est là. Elle n’a pas encore commencé à acheter des jeux à perdre qu’elle soliloque déjà. Ce mardi, on est même plutôt dans la logorrhée. Elle saoule jusqu’à la patronne chinoise qui, heureusement pour elle, ne comprend qu’un mot sur deux.
À onze heures je suis étonné d’être le seul à entrer chez Book-Off. Hélas, cette tranquillité ne dure pas. Le plus pénible, ce sont les moutards chouinant devant les cartes Pokémon et leur mère débordée. « Allez, une brillante chacun et on y va. » Bonne idée. Il y a aussi des adultes pour acheter ça. Qu’en font-ils ?
Pour ma part, je ressors avec seulement deux livres à un euro : Lettres perdues et retrouvées de Bruno Schulz (Pandora) et Revenir Raconter d’Isabelle Cohen (Verdier).
Par le métro, je rejoins Sainte Opportune et, chez Au Diable des Lombards, je choisis deux plats de saison, le velouté de légumes et la saucisse au couteau lentilles.
Du sous-sol du Book-Off de Saint-Martin, je remonte avec cinq livres à un euro : Les cercueils de zinc de Svetlana Alexievitch (Christian Bourgois), Dans des cimetières sans gloire d’Eduardo Arroyo (Grasset), Devant ma mère de Pierre Pachet (L’un et l’autre/Gallimard), Lecture substantielle d’Alphonse Allais (Viviane Hamy) et Journal de Paul Klee (Les Cahiers Rouges/Grasset), ce dernier que j’ai peut-être déjà.
Je reprends Charles Rozan à L’Opportun. Derrière moi sont deux étudiantes. L’une prépare un mémoire dont le sujet est endométriose et ménopause. « Qu’est-ce qui t’a poussée vers la sage-femmerie ? » lui demande l’autre. Elles parlent d’accouchement par voie basse et par césarienne. La musique m’empêche d’entendre les détails. Je m’en réjouis.
Valérie Pécresse, la Souveraine d’Ile-de-France, Droitiste, augmente ses transports publics de cinq centimes par trajet dès le premier jour de la nouvelle année. Quand je descends du métro Quatorze à Saint-Lazare, je recharge ma carte de bus et ma carte de métro de dix voyages chacune.
Le train du retour conserve le même horaire, seize heures quarante, mais il doit désormais arriver à Rouen quatre minutes plus tôt. Ce qu’il réussit à la perfection.
*
Un grand nombre de locutions proverbiales, de dictons populaires et de phrases toutes faites, ont pris place dans notre langue, surtout dans la langue de la conversation, et, en général, on serait fort en peine d’expliquer le véritable sens des unes ou l’origine des autres. écrit Charles Rozan dans sa préface.
L’une des Petites ignorances de la conversation est l’expression Boire à tire-larigot. C’est l’occasion d’un point Rouen.
On raconte, et c’est d’un historien qu’on le tient, que, au XIIIe siècle, un archevêque de Rouen nommé Odon Rigault donna à cette ville une cloche d’une grosseur prodigieuse. Cette cloche, appelée la cloche Rigault et par abréviation la Rigault, ne pouvait être mise en mouvement sans de grands efforts. Les sonneurs qui la tiraient étaient naturellement d’autant plus altérés qu’ils avaient plus de peine, et l’on a été ainsi amené à regarder ceux qui buvaient beaucoup comme des gens qui auraient tiré la Rigault.
Rozan précise en note : M. Génin a prouvé par des exemples qu’on disait autrefois : Boire en tire la Rigault, expression qui, en effet, semble plus exacte : boire en homme qui tire la Rigault, en vrai tire la Rigault.
Le train pour Paris est désormais celui de sept heures vingt-six. Il est censé arriver dans la capitale à la même heure qu’avant, en ayant donc mis quatre minutes de moins. J’ai pour voisine une femme qui écrit dans un petit carnet. Qu’elle fasse la même chose que moi m’énerve. Délaissant mon carnet, j’ouvre Petites ignorances de la conversation de Charles Rozan. Les Editions de l’Equateur ne se sont pas foulées. C’est le fac-similé de l’édition Hetzel de mil huit cent soixante-neuf.
J’en suis à « Racine passera comme le café », expression oubliée aujourd’hui, inspirée de Madame de Sévigné qui pensait que le premier écrivait seulement pour plaire à la Champmeslé et que le second n’était qu’une mode déjà en déclin, quand ma voisine sort son carnet à dessin et entreprend de figurer à l’aquarelle une photo du ciel noir prise avec son smartphone. C’est vite fait et plutôt laid. François, notre chef de bord, est heureux d’annoncer que nous arrivons à Paris avec une minute d’avance.
Le chauffeur du bus Vingt-Neuf peste contre son véhicule en panne de chauffage et de micro. Il est de ceux qui veulent bien m’arrêter du bon côté de Bastille.
Malgré le froid, j’explore les stands de livres d’Émile et d’Amine au Marché d’Aligre. La quantité y est mais pas la qualité.
Je bois mon café assis au Camélia et y comble quelques-unes de mes ignorances. La vieille petite est là. Elle n’a pas encore commencé à acheter des jeux à perdre qu’elle soliloque déjà. Ce mardi, on est même plutôt dans la logorrhée. Elle saoule jusqu’à la patronne chinoise qui, heureusement pour elle, ne comprend qu’un mot sur deux.
À onze heures je suis étonné d’être le seul à entrer chez Book-Off. Hélas, cette tranquillité ne dure pas. Le plus pénible, ce sont les moutards chouinant devant les cartes Pokémon et leur mère débordée. « Allez, une brillante chacun et on y va. » Bonne idée. Il y a aussi des adultes pour acheter ça. Qu’en font-ils ?
Pour ma part, je ressors avec seulement deux livres à un euro : Lettres perdues et retrouvées de Bruno Schulz (Pandora) et Revenir Raconter d’Isabelle Cohen (Verdier).
Par le métro, je rejoins Sainte Opportune et, chez Au Diable des Lombards, je choisis deux plats de saison, le velouté de légumes et la saucisse au couteau lentilles.
Du sous-sol du Book-Off de Saint-Martin, je remonte avec cinq livres à un euro : Les cercueils de zinc de Svetlana Alexievitch (Christian Bourgois), Dans des cimetières sans gloire d’Eduardo Arroyo (Grasset), Devant ma mère de Pierre Pachet (L’un et l’autre/Gallimard), Lecture substantielle d’Alphonse Allais (Viviane Hamy) et Journal de Paul Klee (Les Cahiers Rouges/Grasset), ce dernier que j’ai peut-être déjà.
Je reprends Charles Rozan à L’Opportun. Derrière moi sont deux étudiantes. L’une prépare un mémoire dont le sujet est endométriose et ménopause. « Qu’est-ce qui t’a poussée vers la sage-femmerie ? » lui demande l’autre. Elles parlent d’accouchement par voie basse et par césarienne. La musique m’empêche d’entendre les détails. Je m’en réjouis.
Valérie Pécresse, la Souveraine d’Ile-de-France, Droitiste, augmente ses transports publics de cinq centimes par trajet dès le premier jour de la nouvelle année. Quand je descends du métro Quatorze à Saint-Lazare, je recharge ma carte de bus et ma carte de métro de dix voyages chacune.
Le train du retour conserve le même horaire, seize heures quarante, mais il doit désormais arriver à Rouen quatre minutes plus tôt. Ce qu’il réussit à la perfection.
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Un grand nombre de locutions proverbiales, de dictons populaires et de phrases toutes faites, ont pris place dans notre langue, surtout dans la langue de la conversation, et, en général, on serait fort en peine d’expliquer le véritable sens des unes ou l’origine des autres. écrit Charles Rozan dans sa préface.
L’une des Petites ignorances de la conversation est l’expression Boire à tire-larigot. C’est l’occasion d’un point Rouen.
On raconte, et c’est d’un historien qu’on le tient, que, au XIIIe siècle, un archevêque de Rouen nommé Odon Rigault donna à cette ville une cloche d’une grosseur prodigieuse. Cette cloche, appelée la cloche Rigault et par abréviation la Rigault, ne pouvait être mise en mouvement sans de grands efforts. Les sonneurs qui la tiraient étaient naturellement d’autant plus altérés qu’ils avaient plus de peine, et l’on a été ainsi amené à regarder ceux qui buvaient beaucoup comme des gens qui auraient tiré la Rigault.
Rozan précise en note : M. Génin a prouvé par des exemples qu’on disait autrefois : Boire en tire la Rigault, expression qui, en effet, semble plus exacte : boire en homme qui tire la Rigault, en vrai tire la Rigault.
29 décembre 2025
Ce dimanche coincé entre Noël et le Jour de l’An est le jour plus creux de l’année. Nombre de commerces ouverts dominicalement sont fermés. Ainsi la boulangerie où je voulais prendre le pain, place Saint-Marc, près du marché lui-même à demi-déserté par les vendeurs habituels qui font la trêve des confiseurs (comme on dit). Je me passe de rôtisserie, de fromagerie et de primeurs puis trouve une autre boulangerie rue Armand-Carrel avant de rentrer ne voulant plus subir le vent froid qui est toujours de mise. Quand donc cessera cette bise ?
C’est ce dimanche que choisit Brigitte Bardot pour mourir. C’est un jour comme un autre Et pourtant tu t’en vas. Plus que les films me sont présentes les chansons dans lesquelles l’ingénue libertine chantait sa liberté Je me donne à qui me plaît Nue au soleil Moi je joue Sidonie L’appareil à sous La Madrague C’est rigolo Je danse donc je suis Bubble Gum et les biens connues signées Serge Gainsbourg. Je me souviens combien m’émouvaient les premières quand je les entendais à la radio, à peine adolescent.
Sur les autres aspects de sa vie, je ne dirai rien.
C’est ce dimanche que choisit Brigitte Bardot pour mourir. C’est un jour comme un autre Et pourtant tu t’en vas. Plus que les films me sont présentes les chansons dans lesquelles l’ingénue libertine chantait sa liberté Je me donne à qui me plaît Nue au soleil Moi je joue Sidonie L’appareil à sous La Madrague C’est rigolo Je danse donc je suis Bubble Gum et les biens connues signées Serge Gainsbourg. Je me souviens combien m’émouvaient les premières quand je les entendais à la radio, à peine adolescent.
Sur les autres aspects de sa vie, je ne dirai rien.
26 décembre 2025
Ça m’aurait plu de passer une journée à Dieppe avant la fin de l’année deux mille vingt-cinq. Le ciel est bleu, le soleil brille, oui mais le froid terrifique me fait renoncer à l’escapade.
Je reste à la maison où je n’ai pas bien chaud. Dans cette passoire thermique, le meilleur endroit pour lire, c’est au fond du lit sous la couette. C’est là que je passe de livre en livre.
Vider les lieux d’Olivier Rolin, un récit autobiographique qui relate un évènement que j’aurais dû vivre également si les héritiers de ma propriétaire avaient choisi de ne pas renouveler mon bail. On habite un très vieil appartement, on y a passé la moitié de sa vie, entassé un prodigieux bric-à-brac, journaux, lettres, photos, livres surtout, des livres partout - et puis un jour on est viré, il faut prendre ses cliques et ses claques. Un déménagement, écrit Michel Leiris, c’est « une fin du monde au petit-pied », et c’est aussi un jugement dernier : chaque objet, pour être sauvé, est sommé de dire son histoire… Malheureusement, ces objets permettent à Olivier Rollin d’évoquer les souvenirs de ses lointains voyages et les livres dans lesquels il les a racontés, livres que je n’ai pas lus et que je ne lirai jamais. Je n’ai été retenu que par ce qu’il raconte sur son départ obligé et les évocations des anciennes habitantes de sa rue : Adrienne Monnier et Sylvia Beach.
Climats de France de Marie Richeux dans lequel elle évoque son adolescence à Meudon-la-Forêt dans un immeuble construit par Fernand Pouillon et son voyage à Alger pour y voir un autre immeuble de cet architecte. Cela m’a moyennement intéressé. Elle écrit dès sa première page que M.L.F. (pour Meudon-la-Forêt) est un acronyme. Il ne faut pas prendre tous les sigles pour des acronymes. Je lui écris via son Book Club de France Culture pour le lui apprendre afin qu’elle puisse corriger au cas où il y aurait une réédition. Point de réponse.
La vie drôle de Curnonsky, inventeur de Bibendum et futur Prince des gastronomes, un recueil de textes ironiques, parus initialement dans Le Journal de mil neuf cent onze à mil neuf cent treize. Ils me plaisent bien.
Enfin et surtout Odes de David Van Reybrouck dans lequel l’auteur raconte sous diverses formes ses dilections, ce qui me permet de découvrir Sony Labou Tansi et Wendy Rene. Je note ça, tiré de l’Ode à la chanson la plus amoureuse de la pop : La semaine dernière, je marchais dans le centre d’Arezzo où il fallait absolument que je me rende pour ne rien faire. Il y est question du Musée des Relations brisées de Zagreb. La chanson, c’est Love Street des Doors : C’est la chanson la plus amoureuse de toute l’histoire de la pop et elle est beaucoup trop courte. Courte à désespérer. et ça, tiré de l’Ode au vestiaire : Honnêtement, au fil de toutes ces années, jamais je n’ai manqué une seule fois de me demander : Qu’est-ce que je suis en train de faire ici ? Dans ce livre aussi, à l’intérieur de l’Ode à la sexualité fluide, il y a un sigle qualifié d’acronyme, le fameux LGBTQIAP+. C’est la faute de la traductrice qui s’appelle Isabelle Rosselin.
Je ne sais quand je marcherai une nouvelle fois dans le centre de Dieppe où il faut absolument que je me rende pour ne rien faire.
Je reste à la maison où je n’ai pas bien chaud. Dans cette passoire thermique, le meilleur endroit pour lire, c’est au fond du lit sous la couette. C’est là que je passe de livre en livre.
Vider les lieux d’Olivier Rolin, un récit autobiographique qui relate un évènement que j’aurais dû vivre également si les héritiers de ma propriétaire avaient choisi de ne pas renouveler mon bail. On habite un très vieil appartement, on y a passé la moitié de sa vie, entassé un prodigieux bric-à-brac, journaux, lettres, photos, livres surtout, des livres partout - et puis un jour on est viré, il faut prendre ses cliques et ses claques. Un déménagement, écrit Michel Leiris, c’est « une fin du monde au petit-pied », et c’est aussi un jugement dernier : chaque objet, pour être sauvé, est sommé de dire son histoire… Malheureusement, ces objets permettent à Olivier Rollin d’évoquer les souvenirs de ses lointains voyages et les livres dans lesquels il les a racontés, livres que je n’ai pas lus et que je ne lirai jamais. Je n’ai été retenu que par ce qu’il raconte sur son départ obligé et les évocations des anciennes habitantes de sa rue : Adrienne Monnier et Sylvia Beach.
Climats de France de Marie Richeux dans lequel elle évoque son adolescence à Meudon-la-Forêt dans un immeuble construit par Fernand Pouillon et son voyage à Alger pour y voir un autre immeuble de cet architecte. Cela m’a moyennement intéressé. Elle écrit dès sa première page que M.L.F. (pour Meudon-la-Forêt) est un acronyme. Il ne faut pas prendre tous les sigles pour des acronymes. Je lui écris via son Book Club de France Culture pour le lui apprendre afin qu’elle puisse corriger au cas où il y aurait une réédition. Point de réponse.
La vie drôle de Curnonsky, inventeur de Bibendum et futur Prince des gastronomes, un recueil de textes ironiques, parus initialement dans Le Journal de mil neuf cent onze à mil neuf cent treize. Ils me plaisent bien.
Enfin et surtout Odes de David Van Reybrouck dans lequel l’auteur raconte sous diverses formes ses dilections, ce qui me permet de découvrir Sony Labou Tansi et Wendy Rene. Je note ça, tiré de l’Ode à la chanson la plus amoureuse de la pop : La semaine dernière, je marchais dans le centre d’Arezzo où il fallait absolument que je me rende pour ne rien faire. Il y est question du Musée des Relations brisées de Zagreb. La chanson, c’est Love Street des Doors : C’est la chanson la plus amoureuse de toute l’histoire de la pop et elle est beaucoup trop courte. Courte à désespérer. et ça, tiré de l’Ode au vestiaire : Honnêtement, au fil de toutes ces années, jamais je n’ai manqué une seule fois de me demander : Qu’est-ce que je suis en train de faire ici ? Dans ce livre aussi, à l’intérieur de l’Ode à la sexualité fluide, il y a un sigle qualifié d’acronyme, le fameux LGBTQIAP+. C’est la faute de la traductrice qui s’appelle Isabelle Rosselin.
Je ne sais quand je marcherai une nouvelle fois dans le centre de Dieppe où il faut absolument que je me rende pour ne rien faire.
25 décembre 2025
Réveillé, je ne sais pourquoi, au milieu de la nuit, je regarde le radio-réveil. Il est minuit sept. À quel moment aura lieu le carillonnage de Noël ?
Pour l’instant, je n’entends que la bise qui souffle dans le jardin et le bruit des feuilles mortes qu’elle fait courir sur le pavage. C’est une nuit on ne peut plus calme, aucune fête dans le voisinage, aucun passage dans la ruelle. La journée qui l’a précédée a été paisible et ensoleillée mais balayée par le vent froid. Un vent d’hiver sifflant soufflant dans les grands sapins verts. Celui du Marché de Noël brillait de toutes ces lumières.
Ce sapin est artificiel. Comme la joie chez certains qui s’apprêtaient à faire la fête. Au café où je lis l’après-midi, une famille près de moi semblait satisfaite d’avoir trouvé le cadeau qui manquait : un déboucheur de bouteille automatique. Au retour, la Cathédrale toute blanche se détachait sur un ciel tout bleu.
Soudain les cloches se déclenchent. Il est minuit quarante-sept, la messe est dite. Cette nappe musicale répétitive dure onze minutes.
Pour annoncer la naissance de l’enfant nommé Jésus, les cloches sonnent avec modération. Beaucoup plus de bruit est fait chaque année à Pâques, lorsque le même individu est censé ressusciter.
Le vent reprend ses tours. Je me demande combien de temps je vais mettre pour me rendormir.
Pour l’instant, je n’entends que la bise qui souffle dans le jardin et le bruit des feuilles mortes qu’elle fait courir sur le pavage. C’est une nuit on ne peut plus calme, aucune fête dans le voisinage, aucun passage dans la ruelle. La journée qui l’a précédée a été paisible et ensoleillée mais balayée par le vent froid. Un vent d’hiver sifflant soufflant dans les grands sapins verts. Celui du Marché de Noël brillait de toutes ces lumières.
Ce sapin est artificiel. Comme la joie chez certains qui s’apprêtaient à faire la fête. Au café où je lis l’après-midi, une famille près de moi semblait satisfaite d’avoir trouvé le cadeau qui manquait : un déboucheur de bouteille automatique. Au retour, la Cathédrale toute blanche se détachait sur un ciel tout bleu.
Soudain les cloches se déclenchent. Il est minuit quarante-sept, la messe est dite. Cette nappe musicale répétitive dure onze minutes.
Pour annoncer la naissance de l’enfant nommé Jésus, les cloches sonnent avec modération. Beaucoup plus de bruit est fait chaque année à Pâques, lorsque le même individu est censé ressusciter.
Le vent reprend ses tours. Je me demande combien de temps je vais mettre pour me rendormir.
23 décembre 2025
Ce lundi, je traverse pédestrement la Seine par le pont Corneille toujours en travaux puis prends sur la gauche en direction de la Clinique Mathilde au sein de laquelle tourne l’usine ophtalmologique.
J’ai rendez-vous à quinze heures pour ma visite annuelle. Je monte au troisième étage où je dois d’abord subir l’examen dit de champ visuel. N’en ayant pas eu depuis deux mille vingt-deux, je ne sais plus trop où ça se passe. Je demande à la première salle d’attente que je trouve si c’est ici. Une des présentes me dit que son compagnon a aussi ce rendez-vous et qu’elle ne sait pas s’ils sont au bon endroit. Quand passe une médecin nous nous adressons à elle et elle nous envoie au bout du couloir.
Cependant que le mari de la présente passe son examen, elle discute avec moi, m’apprenant que, malgré son jeune âge, son mari est lui aussi atteint d’un glaucome dont il ne sait l’origine, n’en ayant pas dans sa famille. Alors que moi si : mon père, mon frère, ma sœur.
Quand vient mon tour, je suis seul en compagnie d’une médecin alors que, la fois précédente, l’homme qui s’était occupé de moi faisait plusieurs examens en parallèle. Elle me rappelle comment ça fonctionne et me voici cliquant à chaque fois que je vois apparaître une petite lumière, d’abord avec l’œil gauche puis avec l’œil droit puis, me dit-elle, il faut recommencer l’œil gauche. « Je n’aime pas cet examen », lui dis-je. « Je suis désolée », me dit-elle. « Oh, vous n’y êtes pour rien ! » Elle est douce et gentille mais ne me dit rien du résultat. L’ophtalmo s’en chargera.
Je descends à l’étage au-dessous. Ma Carte Vitale remise à la secrétaire, j’attends que l’on m’appelle. C’est une jeune femme blonde qui m’introduit dans le bureau du boss, lequel n’y est pas. Elle me dit qu’elle est étudiante en médecine et qu’elle va remplir quelques informations dans mon dossier puis elle mesure ma tension en m’envoyant un petit jet d’air dans chaque œil. Celle-ci est bonne.
Quand le boss entre je lui demande ce qu’il en est de mon champ visuel. Là, c’est moins bien, surtout pour l’œil droit, l’œil gauche est toujours à peu près le même, mais le résultat est toujours difficile à interpréter. « C’est comme un jeu vidéo, me dit-il, il y a des jours où on est moins bon que d’autres. Il faudra en faire un chaque année à partir de maintenant. »
Il me renvoie en salle d’attente où sont surtout des vieilles et des vieux comme moi, une majorité devant subir une opération de la cataracte. Une orthoptiste m’appelle pour la suite des examens. Elle contrôle ma vue. Celle-ci est inchangée, de près comme de loin. Elle me fait passer l’océté qui permet de juger de l’état du nerf optique, examen fort important pour ce dont je souffre. De retour en salle d’attente, je n’ai plus qu’à patienter jusqu’à ce qu’une dernière fois, le boss m’appelle.
Il me dit que le résultat de l’océté est à peu près semblable à ce qu’il était l’année précédente mais qu’il faudra vraiment refaire un schéma visuel l’an prochain. Je lui parle des gouttes de Cosidime qui me donnent une sorte d’allergie. « C’est peut-être le conservateur », me dit-il. « Je croyais qu’il n’y avait pas de conservateur dans le Cosidime. Le pharmacien m’a dit que c’était pour cela qu’il ne fallait pas utiliser un flacon plus de vingt-huit jours. » « Vous me mettez le doute », me dit-il. Il vérifie via son ordinateur. Effectivement, il n’y a pas de conservateur. Il me propose de le remplacer par un médicament équivalent. « Il faut qu’il soit au moins aussi efficace que celui que je prends », lui dis-je. « Il faudra le vérifier, je vous donnerai un nouveau rendez-vous pour mesurer la tension oculaire dans quatre mois. » « Dans ce cas, je préfère garder ce Cosidime. » Je lui souhaite de bonnes fêtes et vais régler mon dû à la secrétaire.
Je sors de là à moitié anxieux et rejoins l’arrêt de bus devant la Bibliothèque Simone de Beauvoir. Il est dix-sept heures. Au bout de dix minutes apparaît un Effe Sept. En traversant le pont Corneille, grâce à mon opération de la cataracte de l’an dernier, je vois fort bien le coucher de soleil sur l’endroit d’où je viens, une réussite dont je suis redevable au boss, mais je trouve inquiétant qu’il en sache moins que moi sur un médicament qu’il prescrit.
J’ai rendez-vous à quinze heures pour ma visite annuelle. Je monte au troisième étage où je dois d’abord subir l’examen dit de champ visuel. N’en ayant pas eu depuis deux mille vingt-deux, je ne sais plus trop où ça se passe. Je demande à la première salle d’attente que je trouve si c’est ici. Une des présentes me dit que son compagnon a aussi ce rendez-vous et qu’elle ne sait pas s’ils sont au bon endroit. Quand passe une médecin nous nous adressons à elle et elle nous envoie au bout du couloir.
Cependant que le mari de la présente passe son examen, elle discute avec moi, m’apprenant que, malgré son jeune âge, son mari est lui aussi atteint d’un glaucome dont il ne sait l’origine, n’en ayant pas dans sa famille. Alors que moi si : mon père, mon frère, ma sœur.
Quand vient mon tour, je suis seul en compagnie d’une médecin alors que, la fois précédente, l’homme qui s’était occupé de moi faisait plusieurs examens en parallèle. Elle me rappelle comment ça fonctionne et me voici cliquant à chaque fois que je vois apparaître une petite lumière, d’abord avec l’œil gauche puis avec l’œil droit puis, me dit-elle, il faut recommencer l’œil gauche. « Je n’aime pas cet examen », lui dis-je. « Je suis désolée », me dit-elle. « Oh, vous n’y êtes pour rien ! » Elle est douce et gentille mais ne me dit rien du résultat. L’ophtalmo s’en chargera.
Je descends à l’étage au-dessous. Ma Carte Vitale remise à la secrétaire, j’attends que l’on m’appelle. C’est une jeune femme blonde qui m’introduit dans le bureau du boss, lequel n’y est pas. Elle me dit qu’elle est étudiante en médecine et qu’elle va remplir quelques informations dans mon dossier puis elle mesure ma tension en m’envoyant un petit jet d’air dans chaque œil. Celle-ci est bonne.
Quand le boss entre je lui demande ce qu’il en est de mon champ visuel. Là, c’est moins bien, surtout pour l’œil droit, l’œil gauche est toujours à peu près le même, mais le résultat est toujours difficile à interpréter. « C’est comme un jeu vidéo, me dit-il, il y a des jours où on est moins bon que d’autres. Il faudra en faire un chaque année à partir de maintenant. »
Il me renvoie en salle d’attente où sont surtout des vieilles et des vieux comme moi, une majorité devant subir une opération de la cataracte. Une orthoptiste m’appelle pour la suite des examens. Elle contrôle ma vue. Celle-ci est inchangée, de près comme de loin. Elle me fait passer l’océté qui permet de juger de l’état du nerf optique, examen fort important pour ce dont je souffre. De retour en salle d’attente, je n’ai plus qu’à patienter jusqu’à ce qu’une dernière fois, le boss m’appelle.
Il me dit que le résultat de l’océté est à peu près semblable à ce qu’il était l’année précédente mais qu’il faudra vraiment refaire un schéma visuel l’an prochain. Je lui parle des gouttes de Cosidime qui me donnent une sorte d’allergie. « C’est peut-être le conservateur », me dit-il. « Je croyais qu’il n’y avait pas de conservateur dans le Cosidime. Le pharmacien m’a dit que c’était pour cela qu’il ne fallait pas utiliser un flacon plus de vingt-huit jours. » « Vous me mettez le doute », me dit-il. Il vérifie via son ordinateur. Effectivement, il n’y a pas de conservateur. Il me propose de le remplacer par un médicament équivalent. « Il faut qu’il soit au moins aussi efficace que celui que je prends », lui dis-je. « Il faudra le vérifier, je vous donnerai un nouveau rendez-vous pour mesurer la tension oculaire dans quatre mois. » « Dans ce cas, je préfère garder ce Cosidime. » Je lui souhaite de bonnes fêtes et vais régler mon dû à la secrétaire.
Je sors de là à moitié anxieux et rejoins l’arrêt de bus devant la Bibliothèque Simone de Beauvoir. Il est dix-sept heures. Au bout de dix minutes apparaît un Effe Sept. En traversant le pont Corneille, grâce à mon opération de la cataracte de l’an dernier, je vois fort bien le coucher de soleil sur l’endroit d’où je viens, une réussite dont je suis redevable au boss, mais je trouve inquiétant qu’il en sache moins que moi sur un médicament qu’il prescrit.
20 décembre 2025
Parmi les raccourcis rouennais que j’utilise, mon préféré du moment est celui qui me permet d’éviter le Marché de Noël dont je déplore la bruyante sonorisation musicale et l’infecte odeur de vin chaud. Il me permet de regagner mon logis lorsque je sors de la boulangerie Les Délices de la Calende dont je suis devenu client quotidien.
Je n’ai même plus à monter les marches, ni à passer la double porte à battants depuis qu’une ouverture coulissante s’ouvrant automatiquement, à destination notamment des personnes en fauteuil, permet d’entrer dans cette Cathédrale qui fait la renommée de la ville. Ma baguette à la main, une artisane (comme on dit à la boulangerie), je passe devant l’autel et ressors à l’autre extrémité du transept dans la Cour des Libraires par une porte que beaucoup croient fermée tant elle est dans l’obscurité.
C’est aussi par ce chemin que je passe l’après-midi lorsque je reviens de mon café lecture. Jamais je n’ai autant fréquenté l’église.
*
Jusqu’au vingt-huit décembre, ce fichu Marché de Noël de Rouen et il faudra encore attendre son démontage. Comme chaque année, il est peu fréquenté. Rien à voir avec ceux d’Alsace dont je vois des images effrayantes. La rue montante de Ribeauvillé totalement encombrée. Celles de Colmar impraticables. À Riquewihr, des dizaines de cars touristiques ne trouvant à se garer que dans les vignes. Les habitants n’en peuvent plus. À Colmar, ils ont lancé une pétition contre le surtourisme. Déjà, lorsque j’y étais au mois de juin, à partir de dix heures du matin le centre de cette si jolie ville était infréquentable.
*
Après Le Sacre, c’est au tour du Café de Rouen d’être fermé administrativement par la Préfecture pour avoir servi de l’alcool à des clients manifestement ivres. Une sanction qui tombe au pire moment pour ce commerce, celui de l’affluence de Noël.
Quand je passe devant ce vendredi matin, c’est ouvert mais pour travaux. Sur la vitrine, l’arrêté préfectoral est affiché en tout petits caractères ; on ne peut le lire.
Ce Café de Rouen est le plus détestable de la ville. On y fait payer le verre d’eau vingt centimes et on oblige au renouvellement des consommations toutes les vingt minutes. Je me réjouis de ce qui lui arrive.
Je n’ai même plus à monter les marches, ni à passer la double porte à battants depuis qu’une ouverture coulissante s’ouvrant automatiquement, à destination notamment des personnes en fauteuil, permet d’entrer dans cette Cathédrale qui fait la renommée de la ville. Ma baguette à la main, une artisane (comme on dit à la boulangerie), je passe devant l’autel et ressors à l’autre extrémité du transept dans la Cour des Libraires par une porte que beaucoup croient fermée tant elle est dans l’obscurité.
C’est aussi par ce chemin que je passe l’après-midi lorsque je reviens de mon café lecture. Jamais je n’ai autant fréquenté l’église.
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Jusqu’au vingt-huit décembre, ce fichu Marché de Noël de Rouen et il faudra encore attendre son démontage. Comme chaque année, il est peu fréquenté. Rien à voir avec ceux d’Alsace dont je vois des images effrayantes. La rue montante de Ribeauvillé totalement encombrée. Celles de Colmar impraticables. À Riquewihr, des dizaines de cars touristiques ne trouvant à se garer que dans les vignes. Les habitants n’en peuvent plus. À Colmar, ils ont lancé une pétition contre le surtourisme. Déjà, lorsque j’y étais au mois de juin, à partir de dix heures du matin le centre de cette si jolie ville était infréquentable.
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Après Le Sacre, c’est au tour du Café de Rouen d’être fermé administrativement par la Préfecture pour avoir servi de l’alcool à des clients manifestement ivres. Une sanction qui tombe au pire moment pour ce commerce, celui de l’affluence de Noël.
Quand je passe devant ce vendredi matin, c’est ouvert mais pour travaux. Sur la vitrine, l’arrêté préfectoral est affiché en tout petits caractères ; on ne peut le lire.
Ce Café de Rouen est le plus détestable de la ville. On y fait payer le verre d’eau vingt centimes et on oblige au renouvellement des consommations toutes les vingt minutes. Je me réjouis de ce qui lui arrive.
18 décembre 2025
Obligé par les Fêtes de quitter Rouen avec le huit heures zéro quatre ce mercredi, un train des familles, de couples et d’isolés peu habitués aux voyages sur voie ferrée, certains perdus, comme cette femme à grosse valise montée dans la voiture Trois alors qu’elle devrait être dans la Seize, c’est-à-dire dans l’autre rame qu’elle ne peut rejoindre par l’intérieur. Je lis L’Art de choisir sa maîtresse et autres conseils indispensables de Benjamin Franklin tandis que, deux sièges devant, une mère donne une leçon de lecture à son moutard ânonnant, un livre vite lu, de peu de contenu, qui sera revendu.
La traversée de Paris en bus Vingt-Neuf, le tour du Marché d’Aligre pour que dalle, un café au comptoir du Camélia, j’entre à onze heures chez Book-Off, la rue du Faubourg-Saint-Antoine ayant ressorti ses vieilles guirlandes électriques de Joyeux Noël. Je mets dans mon panier cinq livres à un euro : Les Jeux olympiques de littérature de Louis Chevaillier (Grasset), La Bastoche, une histoire du Paris populaire et criminel de Claude Dubois (Tempus), Désirée de Frédéric Roux (Allia), Le dernier bateau d’Odessa d’Erzsébet Fuchs (Mercure de France) avec une dédicace de l’auteure « A Mathilde de la part de sa fille Michèle ainsi que de ma part » et Let go de Chloé Mons (Médiapop Editions) dans lequel elle évoque, dix ans après, la mort et les obsèques de son mari.
Dans le métro Un, mes voisines s’organisent. « Il nous restera le fromage à acheter. » « On ira lundi. » « C’est quand Noël ? » Il serait temps de le savoir. Point de mercredi à Paris pour moi durant deux semaines et même, pas de Paris du tout la semaine prochaine, impossible, à cause de ce Noël, de trouver un billet à sept euros soixante-dix, même en s’y prenant deux mois à l’avance. Au Diable des Lombards, c’est avocat gratiné au parmesan et pièce de bœuf sauce poivre frites.
Au sous-sol du Book-Off de Saint-Martin je côtoie une étudiante intéressée par le Platon à un euro du rayon Philosophie. « J’en ai vu trois ce matin au Book-Off de Ledru-Rollin », lui dis-je. « Je ne savais pas qu’il y avait un autre Book-Off », me dit-elle. « Il y en a même trois. » Je ne rechigne jamais à instruire les jeunes filles. Je mets dans mon panier six livres à un euro : M. & M. de Michèle Hechter (L’un et l’autre/Gallimard), La Rose blanche (Six Allemands contre le nazisme) d’Inge Scholl (Minuit), Le Chant des livres de Gérard Guégan (Grasset), Bal à Espelette (Lettres trouvées) de Paul Gadenne (Actes Sud), Les quarante médaillons de l’Académie de Jules Barbey d’Aurevilly (Les Cahiers Rouges/Grasset) et le numéro six du Très Précis de conjugaisons ordinaires, consacré au sexe, de David Poullard et Guillaume Rannou (Le Monte-en-l’air) où l’on apprend à conjuguer les verbes cunnilingoire et clitorire (entre autres).
Sous la véranda de L’Importun, je lis Aquarelles d’Henri Miller. Ce livre, je le découvre, reprend une longue lettre à Emile Schnellock qui doit donc figurer dans sa correspondance avec celui-ci que j’ai lue il y a fort longtemps. Il est vite lu, de peu de contenu et sera revendu.
Dans la voiture Cinq du seize heures quarante du retour, je ne lis pas. Ma voisine de devant déplie Le Canard Enchaîné en mangeant des amandes grillées de chez Monoprix, bientôt elle délaisse son journal au profit de son smartphone puis de son ordinateur, bref, elle se remet au travail, pas longtemps toutefois, retour au Canard et aux amandes, et elle s’endort.
La traversée de Paris en bus Vingt-Neuf, le tour du Marché d’Aligre pour que dalle, un café au comptoir du Camélia, j’entre à onze heures chez Book-Off, la rue du Faubourg-Saint-Antoine ayant ressorti ses vieilles guirlandes électriques de Joyeux Noël. Je mets dans mon panier cinq livres à un euro : Les Jeux olympiques de littérature de Louis Chevaillier (Grasset), La Bastoche, une histoire du Paris populaire et criminel de Claude Dubois (Tempus), Désirée de Frédéric Roux (Allia), Le dernier bateau d’Odessa d’Erzsébet Fuchs (Mercure de France) avec une dédicace de l’auteure « A Mathilde de la part de sa fille Michèle ainsi que de ma part » et Let go de Chloé Mons (Médiapop Editions) dans lequel elle évoque, dix ans après, la mort et les obsèques de son mari.
Dans le métro Un, mes voisines s’organisent. « Il nous restera le fromage à acheter. » « On ira lundi. » « C’est quand Noël ? » Il serait temps de le savoir. Point de mercredi à Paris pour moi durant deux semaines et même, pas de Paris du tout la semaine prochaine, impossible, à cause de ce Noël, de trouver un billet à sept euros soixante-dix, même en s’y prenant deux mois à l’avance. Au Diable des Lombards, c’est avocat gratiné au parmesan et pièce de bœuf sauce poivre frites.
Au sous-sol du Book-Off de Saint-Martin je côtoie une étudiante intéressée par le Platon à un euro du rayon Philosophie. « J’en ai vu trois ce matin au Book-Off de Ledru-Rollin », lui dis-je. « Je ne savais pas qu’il y avait un autre Book-Off », me dit-elle. « Il y en a même trois. » Je ne rechigne jamais à instruire les jeunes filles. Je mets dans mon panier six livres à un euro : M. & M. de Michèle Hechter (L’un et l’autre/Gallimard), La Rose blanche (Six Allemands contre le nazisme) d’Inge Scholl (Minuit), Le Chant des livres de Gérard Guégan (Grasset), Bal à Espelette (Lettres trouvées) de Paul Gadenne (Actes Sud), Les quarante médaillons de l’Académie de Jules Barbey d’Aurevilly (Les Cahiers Rouges/Grasset) et le numéro six du Très Précis de conjugaisons ordinaires, consacré au sexe, de David Poullard et Guillaume Rannou (Le Monte-en-l’air) où l’on apprend à conjuguer les verbes cunnilingoire et clitorire (entre autres).
Sous la véranda de L’Importun, je lis Aquarelles d’Henri Miller. Ce livre, je le découvre, reprend une longue lettre à Emile Schnellock qui doit donc figurer dans sa correspondance avec celui-ci que j’ai lue il y a fort longtemps. Il est vite lu, de peu de contenu et sera revendu.
Dans la voiture Cinq du seize heures quarante du retour, je ne lis pas. Ma voisine de devant déplie Le Canard Enchaîné en mangeant des amandes grillées de chez Monoprix, bientôt elle délaisse son journal au profit de son smartphone puis de son ordinateur, bref, elle se remet au travail, pas longtemps toutefois, retour au Canard et aux amandes, et elle s’endort.
15 décembre 2025
Au café où je lis l’après-midi, je passe d’une énorme correspondance, celle de Friedrich Glauser, « Chacun cherche son paradis… », aux Éditions d’en bas, à une autre, celle de Mme Andouyn de Pompéry avec son cousin de Kergus, À mon cher cousin…, surtitrée « Une femme en Bretagne à la fin du XVIIIe siècle », aux Éditions du Layeur. Friedrich Glauser, écrivain suisse morphinomane sous tutelle. Mme Andouyn de Pompéry, femme libre et mariée de Basse Bretagne.
Du premier, l’extrait d’une lettre à Berthe Bendel, qu’après de longues démarches imposées par son tuteur, il aurait épousée, s’il n’était pas mort la veille du mariage :
La prochaine fois, tu dois mieux emballer le paquet, Berthe, sinon la poste va faire faillite. Elle a fait une réclamation en la personne d’un facteur, on me l’a transmis - ils ont dû appliquer un bandage d’urgence à la poste, non, un emballage d’urgence, et se sont indignés. Mon enfant, épargne à l’avenir l’indignation à la poste, je t’en prie, nous autres Suisses sommes un peuple sérieux, un paquet mal fait, où le papier se déchire, n’est pas un péché véniel mais mortel, ce qui doit te sauter aux yeux en tant que catholique pieuse. C’est une preuve de paresse, et la paresse se situe au même plan que l’avarice, la luxure (les Suisses parlent de bien-être), la gourmandise, la colère, l’orgueil et l’envie. Nous sommes protestants, parfaitement, mais nous évaluons les péchés de notre prochain d’un point de vue de Rome. Ainsi soit-il. Ne te fais plus attraper, sinon le directeur de la poste viendra te chercher… (lettre non datée écrite à la Waldau, hôpital psychiatrique, début janvier mil neuf cent trente-six)
De la seconde, l’extrait d’une lettre sur le plaisir d’écrire, surtout à ce cousin dont elle est quelque peu amoureuse :
J’ai appris avec grand plaisir votre résurrection, mon cher cousin ; je ne m’étais donc pas trompée au ton de votre dernière lettre, le malaise que vous éprouviez la rendait triste et laconique ; et moi qui ai la mauvaise habitude de mettre toujours les choses au pire, j’attribuais ce changement à votre cœur plutôt qu’à vos reins, qui étaient cependant les seuls coupables. Ils ne vous ont pas fait souffrir longtemps, ce qui m’oblige à leur pardonner l’erreur qui m’a affectée mal à propos pendant quelques jours. « Douteriez-vous de mes sentiments ? » Et sûrement que j’en doute, quand vous êtes embarrassé pour m’écrire ; songez donc qu’on ne pense ni au style, ni aux choses quand on reçoit une lettre d’un bon ami. Quoique tout cela soit charmant, c’est lui qu’on voit par-dessus tout.
Si on aimait les lettres pour les nouvelles seulement, eh ! bon Dieu ! les gazettes en fourmillent ; si c’était pour la diction pure et élégante, n’a-t-on pas des volumes en ce genre ? C’est donc pour être l’objet de la pensée d’un être qui nous intéresse, qu’on veut recevoir de ses lettres ; s’écrire est la seule ressource qui reste à des amis séparés : qui la néglige n’aime pas ou aime bien faiblement. Écrivez-moi donc, mon cher cousin, tant que vos affaires ou votre santé n’y mettront pas d’obstacles. Vous avez assez d’esprit pour embellir des riens, et mon cœur assez de sentiments pour y trouver un charme qui pourrait flatter votre orgueil si vous en aviez. Votre romance est délicieuse pour les paroles et la musique ; les ritournelles sont charmantes et je n’en critique point le luxe. Je ne suis point de caractère à me fâcher de ce que la mariée soit trop belle. (le treize août mil sept cent quatre-vingt-onze)
Du premier, l’extrait d’une lettre à Berthe Bendel, qu’après de longues démarches imposées par son tuteur, il aurait épousée, s’il n’était pas mort la veille du mariage :
La prochaine fois, tu dois mieux emballer le paquet, Berthe, sinon la poste va faire faillite. Elle a fait une réclamation en la personne d’un facteur, on me l’a transmis - ils ont dû appliquer un bandage d’urgence à la poste, non, un emballage d’urgence, et se sont indignés. Mon enfant, épargne à l’avenir l’indignation à la poste, je t’en prie, nous autres Suisses sommes un peuple sérieux, un paquet mal fait, où le papier se déchire, n’est pas un péché véniel mais mortel, ce qui doit te sauter aux yeux en tant que catholique pieuse. C’est une preuve de paresse, et la paresse se situe au même plan que l’avarice, la luxure (les Suisses parlent de bien-être), la gourmandise, la colère, l’orgueil et l’envie. Nous sommes protestants, parfaitement, mais nous évaluons les péchés de notre prochain d’un point de vue de Rome. Ainsi soit-il. Ne te fais plus attraper, sinon le directeur de la poste viendra te chercher… (lettre non datée écrite à la Waldau, hôpital psychiatrique, début janvier mil neuf cent trente-six)
De la seconde, l’extrait d’une lettre sur le plaisir d’écrire, surtout à ce cousin dont elle est quelque peu amoureuse :
J’ai appris avec grand plaisir votre résurrection, mon cher cousin ; je ne m’étais donc pas trompée au ton de votre dernière lettre, le malaise que vous éprouviez la rendait triste et laconique ; et moi qui ai la mauvaise habitude de mettre toujours les choses au pire, j’attribuais ce changement à votre cœur plutôt qu’à vos reins, qui étaient cependant les seuls coupables. Ils ne vous ont pas fait souffrir longtemps, ce qui m’oblige à leur pardonner l’erreur qui m’a affectée mal à propos pendant quelques jours. « Douteriez-vous de mes sentiments ? » Et sûrement que j’en doute, quand vous êtes embarrassé pour m’écrire ; songez donc qu’on ne pense ni au style, ni aux choses quand on reçoit une lettre d’un bon ami. Quoique tout cela soit charmant, c’est lui qu’on voit par-dessus tout.
Si on aimait les lettres pour les nouvelles seulement, eh ! bon Dieu ! les gazettes en fourmillent ; si c’était pour la diction pure et élégante, n’a-t-on pas des volumes en ce genre ? C’est donc pour être l’objet de la pensée d’un être qui nous intéresse, qu’on veut recevoir de ses lettres ; s’écrire est la seule ressource qui reste à des amis séparés : qui la néglige n’aime pas ou aime bien faiblement. Écrivez-moi donc, mon cher cousin, tant que vos affaires ou votre santé n’y mettront pas d’obstacles. Vous avez assez d’esprit pour embellir des riens, et mon cœur assez de sentiments pour y trouver un charme qui pourrait flatter votre orgueil si vous en aviez. Votre romance est délicieuse pour les paroles et la musique ; les ritournelles sont charmantes et je n’en critique point le luxe. Je ne suis point de caractère à me fâcher de ce que la mariée soit trop belle. (le treize août mil sept cent quatre-vingt-onze)
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